USA/MIDTERMS-Hakeem Jeffries favori pour le poste de "speaker" à la Chambre
information fournie par Reuters 04/11/2026 à 08:46

par Richard Cowan

Les résultats des élections américaines de mi-mandat donnent à Hakeem Jeffries une bonne chance de devenir le premier président noir de la Chambre des représentants, avec le double défi de s'opposer au président Donald Trump et de trouver une voie médiane entre les modérés et l'aile gauche du Parti démocrate.

Les démocrates nouvellement élus lors de ces midterms se réuniront à huis clos dans le courant du mois pour désigner leur candidat au poste de "speaker", mais aucun rival sérieux n'émerge face à l'actuel chef de la minorité démocrate à la chambre basse du Congrès, selon de nombreuses sources au sein du parti.

"Aujourd'hui commence le grand retour de l'Amérique", a lancé le représentant de la 8e circonscription de New York lors d'un discours mardi soir, alors que les projections des médias donnaient les démocrates vainqueurs dans les deux chambres du Congrès.

"Le peuple américain s'est exprimé et a clairement fait comprendre qu'il en a assez de l'extrémisme, assez de la corruption. Il veut un Congrès qui obtienne des résultats pour le peuple américain", a-t-il déclaré.

Hakeem Jeffries s'est en pris aux lois votées depuis deux ans par la majorité républicaine sortante, promettant notamment d'annuler les sévères coupes imposées aux programmes sociaux par le "Big Beautiful Bill" voté le 4 juillet 2025.

Tout en promettant que le groupe parlementaire démocrate consacrerait l'essentiel de ses efforts à la défense du pouvoir d'achat des classes modestes et moyennes, l'élu de Brooklyn a également promis des enquêtes sur les relations de l'administration Trump avec le monde de l'entreprise et les donateurs ayant financé ses campagnes et ses projets. Il s'est toutefois gardé d'affirmer que la Chambre des représentants, sous sa direction, se lancerait dans une troisième procédure de destitution à l'encontre de Trump.

QUE DONNER À L'AILE GAUCHE ?

Le président de la Chambre des représentants, troisième personnage de l'Etat derrière le président et le vice-président, joue un rôle clé en fixant l'agenda législatif.

Son élection a lieu en janvier. On ignore encore l'ampleur de la majorité dont les démocrates disposeront à la Chambre des représentants mais Hakeem Jeffries s'élance dans la course avec le statut de favori pour devenir le 57e "speaker" de l'histoire des Etats-Unis depuis 1789.

Il lui faudra toutefois surmonter les réticences des élus les plus à gauche de son parti, comme l'élue de New York Darializa Avila Chevalier qui, dans une interview publiée le 30 septembre dans Vanity Fair, refusait de s'engager à voter pour lui et listait une série de revendications à satisfaire selon elle, comme une réforme du droit de vote, une couverture santé universelle ou l'arrêt de ventes d'armes offensives à Israël.

Les groupes pro-israéliens figurent cependant parmi les plus gros contributeurs de campagne en faveur de Hakeem Jeffries, et il s'est montré tiède face aux propositions d'un "Medicare for All", trop coûteux aux yeux de l'aile centriste du parti.

"La question est de savoir ce qu'il devra donner [à l'aile gauche] pour la rallier", sans s'aliéner les modérés, résume Michele Swers, professeur à l'Université de Georgetown.

Agé de 56 ans, Hakeem Jeffries a la réputation de chercher à bâtir des compromis, contrairement à l'ancienne présidente démocrate de la Chambre Nancy Pelosi, plus "verticale". Ce qui ne l'empêche pas de lâcher ses coups pour rallier ses troupes.

"Une fois majoritaires, l'une des premières choses que nous ferons sera de chasser Pete Hegseth de la ville", a-t-il dit lors d'un meeting trois jours avant les élections de mi-mandat, par allusion au chef controversé du Pentagone.

PRIORITÉ À LA "CRISE DU COÛT DE LA VIE"

Hakeem Jeffries promet cependant que les démocrates s'attaqueront avant tout à la "crise du coût de la vie", désignée dans les sondages comme la préoccupation majeure des électeurs américains. "L'Amérique coûte trop cher", a-t-il répété inlassablement lors de ses apparitions publiques.

Un assistant parlementaire démocrate interrogé sur la question a estimé qu'il existait plusieurs projets de loi susceptibles de faire consensus au sein du camp démocrate : l'élargissement du crédit d'impôt pour les familles avec enfants, la création d'un crédit d'impôt pour faciliter l'accès à la propriété, la fin de la guerre en Iran ou le rétablissement des subventions en faveur des énergies non fossiles.

Des textes selon lui relativement faciles à voter, même si certains devraient se heurter au veto de Donald Trump.

Un défi plus ardu consistera à nouer un dialogue avec les républicains pour l'adoption de textes législatifs sur le plafond de la dette ou les dépenses fédérales.

Kate deGruyter, porte-parole de Third Way, un think tank démocrate modéré, juge que Hakeem Jeffries devra aussi résister aux appels lancés par l'aile progressiste en faveur d'une procédure de destitution ("impeachment") contre Donald Trump.

"Je ne pense pas qu'engager une bataille majeure autour d'une procédure de destitution soit une démarche utile", a-t-elle déclaré.

Les élus progressistes nouvellement élus "s'attendent probablement à pouvoir changer le monde dès leur premier jour à Washington", déclare David Miller, professeur de sciences politiques à l'American University. Le défi pour Jeffries sera de tempérer ces attentes, "étant donné que les démocrates ne contrôlent pas la Maison blanche".

(Jean-Stéphane Brosse pour la version française)