USA/MIDTERMS-Des candidats au Sénat refusent de s'engager sur le respect du verdict des urnes information fournie par Reuters 15/10/2026 à 13:22
par David Morgan
A peine plus de la moitié des candidats des grands partis engagés dans les courses les plus serrées pour le Sénat américain ont déclaré à Reuters qu'ils accepteraient les résultats de l'élection quel qu'en soit l'issue, tandis que certains laissent planer le doute à moins d'un mois des élections de mi-mandat du 3 novembre.
Reuters a demandé aux candidats républicains et démocrates au Sénat ainsi qu'à leurs équipes de campagne s'ils accepteraient les résultats électoraux dans 13 États susceptibles de déterminer quel parti contrôlera la chambre haute du Congrès durant les dernières années de la présidence de Donald Trump.
Il leur a également demandé leur position sur une éventuelle intervention de l'administration Trump dans le processus électoral. Reuters a interrogé certains candidats en personne mais a adressé la plupart de ses questions par courriel ou par message texte.
Ces réponses contrastées illustrent l'incertitude qui plane sur ces élections de mi-mandat près de six ans après que Donald Trump a tenté d'inverser sa défaite électorale de 2020 face à l'ancien président démocrate Joe Biden.
Avant le scrutin de cette année, Donald Trump a multiplié les initiatives visant à fédéraliser l'organisation des élections, traditionnellement gérées par les États, à obtenir l'accès aux listes électorales et aux données de vote des États, et à accuser sans preuve les démocrates de fraude électorale.
Les républicains disposent actuellement d'une majorité de 53 sièges contre 47 au Sénat. Mais la cote de popularité historiquement basse de Donald Trump, ainsi que la hausse des prix de l'énergie et d'autres biens imputée à sa politique tarifaire et à la guerre avec l'Iran, ont affaibli les républicains, y compris dans des États habituellement acquis à leur parti, nourrissant les espoirs démocrates de prendre le contrôle du Sénat.
Les démocrates sont déjà donnés favoris pour remporter la Chambre des représentants, selon des analystes indépendants.
Parmi les 26 équipes de campagne interrogées, celles de neuf démocrates, d'un candidat indépendant et de quatre républicains ont déclaré que leurs candidats accepteraient les résultats sans condition.
Alors que les responsables électoraux des États et des collectivités locales se préparent à la possibilité d'une intervention de l'administration Trump, des démocrates ont critiqué les restrictions électorales soutenues par les républicains et souligné la nécessité de s'assurer que tous les votes valides soient comptabilisés, tandis que certains républicains ont accusé les démocrates de saper la confiance du public dans les élections.
Dans quatre scrutins, en Alaska, dans l'Iowa, le Maine et le New Hampshire, les équipes des deux partis ont affirmé qu'elles accepteraient les résultats sans condition. Dans cinq autres États — Kansas, Michigan, Nebraska, Ohio et Caroline du Sud — les démocrates ont signalé qu'ils accepteraient le verdict des urnes tandis que les républicains ont apporté des réponses ambiguës ou n'ont pas répondu à la question.
Dans les autres élections, en Caroline du Nord, en Géorgie, au Minnesota et au Texas, au moins une équipe de campagne n'a pas répondu aux questions de Reuters.
OBLITÉRER TOUTE INGÉRENCE
"Nous nous attendons à une élection équitable dans laquelle chaque électeur géorgien éligible pourra avoir la certitude que sa voix a été entendue", a déclaré Ellie Dougherty, porte-parole de campagne du sénateur démocrate Jon Ossoff, qui brigue un second mandat en Géorgie.
"Mais s'il existe des doutes crédibles concernant une ingérence de l'administration Trump, ou de toute autre entité, nous mobiliserons toute la force de notre dispositif juridique pour anéantir cette ingérence", a-t-elle ajouté dans un communiqué.
L'équipe de campagne du républicain Mike Collins, adversaire de Jon Ossoff, n'a pas répondu aux demandes répétées de Reuters.
La sénatrice du Maine Susan Collins est la seule républicaine dont l'équipe de campagne a abordé la question d'une éventuelle intervention dans l'élection de novembre, affirmant qu'elle "s'opposerait à toute tentative de compromettre le résultat d'élections libres et régulières dans le Maine et dans l'ensemble du pays".
Le sénateur du Kansas Roger Marshall, l'un des huit sénateurs républicains qui ont voté contre la certification de la victoire de Joe Biden à la présidentielle de 2020, a balayé la question d'une éventuelle intervention.
"Je n'ai pas passé une seule minute à réfléchir à cela, et je pense simplement qu'il s'agit d'une hypothèse, donc je ne vais pas m'y aventurer."
Il a toutefois exprimé ses inquiétudes concernant l'intégrité du vote à l'échelle nationale, notamment le vote par correspondance.
La Maison blanche a déclaré dans un communiqué que Donald Trump "a fait davantage que n'importe quel autre président pour garantir des élections libres et régulières" et a rappelé ses demandes en faveur de la présentation d'une pièce d'identité et d'une preuve de citoyenneté pour voter, des mesures que le Congrès n'a pas adoptées.
"Toute personne qui vote illégalement lors de nos élections devra rendre des comptes", a déclaré Lauren Bis, une porte-parole de la Maison blanche.
L'incertitude exprimée par certains responsables politiques intervient alors qu'une grande majorité des électeurs américains disent avoir confiance dans l'intégrité du processus électoral.
Soixante-seize pour cent des électeurs inscrits ont exprimé cette confiance dans un sondage Reuters/Ipsos réalisé du 30 septembre au 5 octobre. Ce chiffre est en hausse par rapport aux 69% relevés en 2022, principalement grâce à une confiance accrue chez les républicains.
(Reportage David Morgan à Washington; version française Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)