USA/MIDTERMS-Comment les démocrates sont allés conquérir l'Amérique rurale information fournie par Reuters 04/11/2026 à 21:23
par Leah Douglas et Yasmeen Abutaleb
Il y a parfois des "bons problèmes" à avoir, comme lors d'une collecte de fonds dans le comté de Warren, en plein coeur de l'Iowa, organisée par les démocrates en octobre 2025, durant laquelle le président local du parti, Jim Culbert, a dû commander des pizzas parce que la nourriture commençait à manquer en raison de la foule plus importante qu'attendu.
"Ne pas avoir assez à manger, c'est un bon problème", dit-il alors aux bénévoles, comme il l'a raconté à Reuters.
Cette forte affluence, environ un an avant les élections de mi-mandat au Congrès, donne un aperçu de l'enthousiasme grandissant en faveur des démocrates dans l'Amérique rurale, un traditionnel bastion républicain.
Et le verdict des urnes, mardi soir, est venu confirmer cette bascule, contribuant à permettre au Parti démocrate de s'emparer de la majorité au Sénat et à la Chambre des représentants, un revers pour Donald Trump.
Les républicains du chef de la Maison blanche ont perdu des sièges au Congrès et des postes de gouverneur dans plusieurs Etats conservateurs, dont l'Iowa, le Kansas, le Texas et le Wisconsin - des zones où les agriculteurs, entre autres, ont subi les répercussions de la politique de droits de douane de Donald Trump et la flambée des prix des carburants en raison de la guerre déclenchée contre l'Iran.
Il s'agit, pour les démocrates, de la concrétisation d'efforts déployés pendant des années pour être plus compétitifs dans les communautés rurales. Des stratèges du parti ont déclaré que cela s'inscrivait dans une démarche plus large orchestrée par le Comité national démocrate (DNC) pour reprendre des zones jadis négligées par la gauche.
Plutôt de que concentrer les ressources sur une poignée d'Etats disputés, ont-ils dit, les responsables du Parti démocrate ont choisi d'investir dans toutes les antennes locales et de pousser pour des candidats dans toutes les courses électorales.
"Beaucoup de gens dans l'Amérique rurale se sentaient laissés pour compte parce que (les démocrates) ne s'étaient pas déplacés pour aller à leur rencontre", a déclaré à Reuters la démocrate Rebecca Cooke, qui a battu mardi l'élu républicain sortant Derrick Van Orden dans une circonscription clé du Wisconsin. Désormais, a-t-elle ajouté, "aucune communauté n'est trop petite" pour s'y rendre.
"NOUS OPÉRIONS AVEC UNE CARTE TROP ÉTROITE"
Reste à savoir si cette vague bleue peut perdurer en vue du prochain cycle électoral, avec la présidentielle de 2028, alors que les "midterms" ont été perçues avant tout comme un référendum contre la politique de Donald Trump au cours des deux premières années de son second mandat.
D'autant plus que dominer une élection ne garantit pas, pour le parti concerné, de récidiver deux ans plus tard, les élections de mi-mandat jouant traditionnellement en défaveur du camp présidentiel. Les républicains ont conservé des sièges dans des Etats ruraux comme l'Arkansas, l'Oklahoma et le Nebraska.
Pour que leurs gains enregistrés cette année s'inscrivent dans le temps, les démocrates vont devoir maintenir leur stratégie expansionniste, en investissant du temps et de l'argent dans des communautés rurales, ont souligné auprès de Reuters trois stratèges démocrates.
"Nous opérions avec une carte très étroite, trop étroite", a dit l'un d'entre eux, Simon Rosenberg. La nouvelle stratégie "est en substance un rejet de la façon dont le parti avait fonctionné dans des années récentes, en se focalisant sur six ou sept Etats".
Aucun commentaire n'a été obtenu dans l'immédiat auprès du Comité national républicain (RNC) à propos des pertes subies par le parti dans des Etats ruraux.
Pendant les onze derniers mois, chaque semaine, la démocrate Christina Bohannan, en lice dans l'Iowa pour un siège à la Chambre des représentants, a organisé ce qu'elle a dénommé les "Mardis de petite ville" - des rencontres avec les électeurs de villes rurales.
Son directeur de campagne, Dan Driscoll, a déclaré que les équipes de Bohannan ont régulièrement entendu de la part des habitants qu'aucune campagne politique ne les avait jamais contactés auparavant. La démarche s'est avérée payante, mardi soir, avec une victoire au détriment de l'élue républicaine sortante Mariannette Miller-Meeks.
La cote de popularité en déclin de Donald Trump a également profité à des candidats démocrates. Seulement 45% des sondés ont dit en octobre approuver l'action du président républicain, contre 60% au début de son second mandat, d'après une enquête d'opinion Reuters/Ipsos.
(Leah Douglas et Yasmeen Abutaleb, avec a contribution de Tim Reid et Jason Lange; version française Jean Terzian)