USA/MIDTERMS-Ce qu'il faut savoir sur les élections de mi-mandat aux USA
information fournie par Reuters 23/10/2026 à 13:46

par Richard Cowan

Le vote anticipé bat son plein en vue des élections de mi-mandat du 3 novembre aux États-Unis, qui vont entièrement renouveler la Chambre des représentants ainsi qu'un tiers du Sénat et les gouverneurs d'une quarantaine d'États.

Organisées à mi-parcours de chaque mandat présidentiel de quatre ans, les "midterms" revêtent cette année un enjeu particulier en raison de la polarisation extrême de la vie politique américaine et de la volonté de plus en assumée de Donald Trump de s'affranchir de tout contre-pouvoir, notamment législatif, tant que le Congrès lui est acquis.

Signe de l'importance du scrutin, un montant record de 3,8 milliards de dollars (3,36 milliards d'euros) avait déjà été dépensé en publicités politiques en date du 12 octobre, dont 366 millions de dollars par le seul Elon Musk en faveur de candidats républicains, selon l'organisation AdImpact, qui mesure ces dépenses.

Les élections sénatoriales au Texas, en Ohio et au Michigan, qui pourraient décider du contrôle de la chambre haute, se taillent la part du lion.

Le taux de participation aux élections de mi-mandat est traditionnellement moins élevé que les années de présidentielle (environ 100 millions de suffrages exprimés en 2022, contre 155 millions lors de l'élection de Donald Trump deux ans plus tard), ce qui rend la motivation des électeurs des deux camps à se déplacer d'autant plus cruciale.

Le vote anticipé et les sondages d'intention de vote donnent un avantage aux démocrates sur ce point, mais le fait que le vote se déroule au niveau des Etats et que très peu d'entre eux soient réellement susceptibles de basculer d'un camp à l'autre, rend l'issue des élections très incertaine.

LE CONTRÔLE DU CONGRÈS EN JEU

Encouragés par les sondages, leurs succès aux élections qui se sont tenues depuis 2024 et l'impopularité record de Donald Trump, les démocrates espèrent reprendre le contrôle du Congrès pour avoir un droit de regard sur la politique du locataire de la Maison blanche.

Ils n'ont besoin que d'un gain net de quatre sièges pour faire basculer la Chambre des représentants, où les républicains disposent d'une courte majorité de 218 sièges contre 214, ce qui semble largement à leur portée malgré le redécoupage électoral opéré en urgence par les républicains dans certains Etats pour sécuriser des sièges.

Les démocrates espèrent aussi obtenir la majorité au Sénat, un défi bien plus relevé vu que les républicains y détiennent une majorité de 53 sièges contre 47 et que sur le tiers de sièges qui seront renouvelés le 3 novembre, une grande majorité concernent des Etats qui ont assez nettement voté en faveur de Donald Trump il y a deux ans. Dix scrutins, notamment dans le Maine, l'Ohio, la Caroline du Nord, l'Iowa et la Géorgie, pourraient être décisifs.

QUEL IMPACT SUR LA PRÉSIDENCE TRUMP ?

Les élections de mi-mandat font régulièrement office de vote sanction pour le parti au pouvoir. Souvent remportées par l'opposition, elles ont maintes fois entraîné des changements de cap politique à la Maison Blanche lors des deux dernières années de présidence.

Elles peuvent aussi donner de précieuses indications aux candidats à la présidentielle de 2028 sur les messages qui résonnent le plus auprès des électeurs.

Pour autant, il n'est pas certain qu'une victoire des démocrates infléchirait l'agenda politique de Donald Trump, qui fait peu de cas de ses contempteurs et n'a pas à assurer sa réélection en 2028, vu qu'il ne pourra pas se représenter.

Son ministre des Finances, Scott Bessent, a affirmé cette semaine que cela aurait "très peu" d'impact, le président ayant pris l'habitude de gouverner par décrets, notamment en matière de droits de douane, et pouvant opposer son veto aux lois votées par le Congrès.

QUE DISENT LES SONDAGES ?

La cote de popularité de Donald Trump est à son plus bas niveau historique, à 31%, selon un sondage Reuters/Ipsos réalisé ce mois-ci.

Les enjeux nationaux, comme la hausse des prix - notamment du diesel -, ont sérieusement érodé le soutien dont bénéficient les républicains, qui s'étaient précisément engagés à les faire baisser après des années de forte inflation suite à la pandémie de Covid-19.

La guerre en Iran, qui contredit elle aussi une promesse de campagne de Donald Trump, est également très impopulaire.

Les enquêtes d'opinion montrent que les électeurs démocrates sont beaucoup plus motivés que les républicains pour se rendre aux urnes cette année, une tendance qui s'est confirmée depuis le début du vote anticipé et qui pourrait augurer d'une "vague bleue" le 3 novembre, même si son ampleur reste à déterminer.

Autre source de préoccupation pour les républicains, il semble que nombre d'électeurs d'origine latino-américaine, qui s'étaient tournés vers Donald Trump en 2024, pourraient revenir vers les démocrates en raison de leur frustration face à la situation économique et à certaines mesures de la Maison blanche en matière d'immigration.

Pour autant, une large victoire des démocrates est loin d'être assurée. Les républicains, qui disposent de fonds bien supérieurs pour influencer les campagnes électorales, notamment dans la dernière ligne droite dans les circonscriptions les plus disputées, peuvent aussi compter sur le scepticisme qui entoure leurs rivaux depuis la présidence Biden, d'autant que ceux-ci ne se sont pas réellement remis en ordre de bataille depuis la défaite de Kamala Harris à la présidentielle.

Les succès remportés lors des primaires démocrates par des candidats ancrés très à gauche, cibles d'attaques virulentes de la part des républicains, pourraient aussi faire office de repoussoir dans certaines circonscriptions.

QUEL PRÉSIDENT POUR LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS ?

Si les démocrates obtiennent la majorité à la Chambre des représentants, son prochain président — deuxième dans l'ordre de succession à la présidence, après le vice-président J.D. Vance — sera probablement l'élu new-yorkais Hakeem Jeffries, actuel chef de file des démocrates à la Chambre.

Hakeem Jeffries serait le premier Afro-Américain à occuper cette fonction influente et il serait notamment en mesure de charger les commissions de la Chambre de mener des enquêtes sur toute une série d'activités controversées de Donald Trump et de son entourage. L'élu new-yorkais a déclaré à plusieurs reprises que les démocrates se pencheraient sur ce qu'il a qualifié de "niveaux de corruption sans précédent" sous l'administration Trump.

Le nouveau président de la Chambre serait également chargé de faire adopter les priorités législatives des démocrates, qui ont promis de rendre plus abordables les soins de santé, les produits alimentaires, le logement ou encore l'énergie.

Si les républicains conservent leur majorité, Mike Johnson aurait de bonnes chances de conserver son poste, à moins d'être contesté au sein de son propre camp. Il devrait continuer à dérouler l'agenda politique de Donald Trump, qui promet de nouvelles baisses d’impôts, des augmentations massives des dépenses de défense et des coupes plus importantes dans le filet de sécurité sociale, dans la lignée de la "One Big Beautiful Bill" adoptée en 2025.

L'une des grandes inconnues est l'ampleur de l'ingérence de l'administration Trump dans les élections, notamment en cas de majorité étroite, le locataire de la Maison blanche n'ayant de cesse d'imputer ses échecs électoraux à des fraudes dont il n'a jamais fourni la preuve. Les responsables de l'organisation des élections au niveau des États et les élus démocrates au Congrès se préparent à d'éventuelles batailles judiciaires pour faire valider les résultats des scrutins.

(Rédigé par Richard Cowan ; version française Tangi Salaün, édité par Benoît Van Overstraeten)