USA-Le succès des progressistes complique la stratégie démocrate pour les "midterms" information fournie par Reuters 02/07/2026 à 17:15
par Tim Reid et Helen Coster
Les démocrates abordent les élections de mi-mandat de novembre dans un contexte qui leur est favorable, mais une série de primaires remportées par l'aile gauche du parti risquent de compliquer leur stratégie visant à axer la campagne sur le coût de la vie.
Certains candidats socialistes préconisant une réorientation plus large des dépenses publiques et des priorités du pays, les républicains en profitent pour présenter les démocrates comme des extrémistes et ainsi tenter de détourner l'attention de l'impopularité de Donald Trump, suscitée notamment par la politique économique du président américain et par les hausses de prix.
Quatre progressistes, dont trois socialistes, ont remporté des primaires démocrates très disputées à New York la semaine dernière et dans le Colorado mardi. Mais la série ne se limite pas aux bastions libéraux et d'autres progressistes se sont également imposés dans le Kentucky, le New Jersey, l'Ohio, la Pennsylvanie et le Texas.
Nombre de ces candidats avancent que, pour lutter contre le coût élevé de la vie, il faut taxer les riches, réduire les dépenses militaires, s'opposer au soutien des Etats-Unis accordé à Israël, développer des programmes financés par l'État - notamment une couverture médicale universelle - et supprimer la police de l'immigration (ICE) en réaffectant ses fonds à des programmes sociaux.
"Il s'agit des choix que nous faisons pour proposer des solutions au problème du coût de la vie", a déclaré à Reuters Adam Hamawy, démocrate du New Jersey qui a remporté le mois dernier une primaire pour la Chambre des représentants après avoir défendu un programme progressiste.
"Il s'agit de décider où investir dans des programmes qui aideront nos communautés, et non d'aider le complexe militaro-industriel, de larguer des bombes et de provoquer de la souffrance à l'étranger", a également fait valoir cet ancien chirurgien militaire de l'armée américaine.
TRUMP BRANDIT LA MENACE COMMUNISTE
Si des idées de cette nature trouvent un écho auprès d'une partie de la base démocrate, les enquêtes d'opinion montrent que les électeurs se concentrent avant tout sur des préoccupations quotidiennes telles que le coût de l'alimentation, du logement et des soins de santé.
Selon un sondage Reuters/Ipsos réalisé en juin, le coût de la vie est ainsi la principale préoccupation de près de la moitié des électeurs inscrits.
Les républicains misent désormais sur le fait que les victoires des candidats de l'aile gauche du parti démocrate leur permettent d'entraîner le camp adverse sur un terrain moins favorable, à savoir celui du socialisme, de la lutte contre l'immigration clandestine et de la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza.
Dans un discours prononcé la semaine dernière, Donald Trump a donné un avant-goût de ce qui est désormais devenu un angle d'attaque privilégié par les républicains, qualifiant les candidats de gauche victorieux de communistes et de "plus grande menace pour (le) pays depuis sa fondation".
Selon Mike Marinella, attaché de presse du Comité national républicain du Congrès (NRCC), son groupe "fait clairement savoir que le même programme socialiste qui s'impose à New York se propage dans des circonscriptions clés à travers le pays".
Cette stratégie est déjà à l'oeuvre. Alors que Denise Powell, candidate démocrate dans la deuxième circonscription du Nebraska, compte parmi les modérés, un spot en ligne du NRCC diffusé au mois de mai l'a présentée comme "un agent politique au service de la machine financière obscure d'extrême gauche, qui tente d'imposer ici ses politiques d'extrême gauche".
LES RÉPUBLICAINS DÉNONCENT UN PARTI QUI PENCHE À GAUCHE
Dans un communiqué, le directeur de campagne de Denise Powell, Ryan Longenecker, a estimé que "les habitants du Nebraska ne se laisser aient pas berner - ils savent que Denise est une mère qui travaille et une figure de proue du bipartisme".
Aidan Johnson, porte-parole du Comité de campagne démocrate pour le Congrès, a pour sa part dénoncé "les attaques inefficaces visant à faire peur" des républicains, dues selon lui à leur incapacité à faire baisser les prix.
Les républicains associent de longue date les démocrates à aux slogans et propositions les plus libéraux de leurs rivaux, même lorsque ceux-ci ne sont pas soutenus au sein du parti. Lors des élections de 2020 et 2022, il se sont ainsi emparés d'un appel à "définancer la police" ("defund the police") pour mettre les démocrates dans l'embarras, alors même que de nombreux dirigeants du parti le rejetaient.
Le groupe progressiste Justice Democrats a soutenu 15 candidats aux primaires, alors qu'il ne l'avait fait pour aucun prétendant lors des précédentes élections de mi-mandat. Huit d'entre eux ont remporté leurs primaires cette année, de même que plus de 20 candidats progressistes soutenus par Track AIPAC, qui critique le financement d'Israël par les Etats-Unis.
Bien que ces victoires ne représentent qu'une fraction des scrutins démocrates à l'échelle nationale, elles ont permis aux républicains de dénoncer un parti penchant de plus en plus à gauche.
ISRAËL, UN ARGUMENT DE CAMPAGNE
La plupart des candidats progressistes ont remporté leurs primaires dans des circonscriptions majoritairement urbaines et acquises aux démocrates, mais quelques exceptions ont aussi marqué les esprits, notamment lors d'une élection sénatoriale dans le Maine et pour trois sièges à la Chambre des représentants dans le Maine, le Colorado et la Californie.
Selon des sondages à la sortie des urnes réalisés lors des récents scrutins, les candidats progressistes victorieux bénéficient d'un soutien marqué parmi les partisans fidèles du parti, en particulier les jeunes électeurs.
La primaire démocrate du Michigan pour le Sénat, qui se tiendra le 4 août, permettra d'évaluer la capacité de l'aile gauche du parti à étendre son influence au-delà des bastions démocrates vers des circonscriptions disputées qui décideront du contrôle du Congrès.
Abdul El-Sayed, qui promeut des mesures de santé publique, a fait de son opposition au soutien américain à Israël un thème central de sa campagne dans cet État, qualifiant la guerre menée par l'Etat hébreu à Gaza de génocide.
Le candidat dispose d'une légère avance dans les sondages sur sa principale rivale Haley Stevens, élue démocrate à la Chambre des représentants, plus modérée, qui bénéficie du soutien de Chuck Schumer, le chef de file du parti au Sénat. Celle-ci soutient le droit d'Israël à se défendre et ne préconise pas de mettre fin à l'aide militaire américaine.
Abdul El-Sayed conteste l'idée selon laquelle l'importance qu'il accorde à ce sujet et à d'autres causes progressistes détournerait l'attention du parti des questions liées au coût de la vie.
"POLITIQUE DE DIVERSION"
"Régler le problème du coût de la vie, c'est en réalité s'attaquer aux systèmes qui rendent votre vie inabordable", a-t-il déclaré à Reuters. "Chaque dollar que nous envoyons à l'étranger pour larguer une bombe sur quelqu'un est un dollar que nous ne consacrons pas à l'école de nos enfants ou à nos infrastructures."
La stratégie des républicains consistant à présenter les démocrates comme des extrémistes se concentrent notamment sur Darializa Avila Chevalier, 32 ans, socialiste démocrate qui a battu la semaine dernière lors d'une primaire démocrate à New York le représentant Adriano Espaillat, 71 ans, en poste depuis cinq mandats.
Au cours de sa campagne, d'anciennes publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles elle appelait à la suppression de la police, des frontières et des prisons, ont refait surface. Avila Chevalier a dit les regretter et a fait valoir auprès de Reuters que les attaques républicaines relevaient d'une "politique de diversion".
Les centristes démocrates estiment que des publications de ce genre pourraient permettre aux républicains de définir le parti par ses candidats les plus à gauche, notamment dans des circonscriptions où les démocrates font campagne sur le thème du coût de la vie.
"MÉPRIS DE L'ESTABLISHMENT DÉMOCRATE"
"Nous craignons fortement qu'ils ne laissent filer des sièges pourtant gagnables et qu'ils fournissent aux républicains des arguments à utiliser contre eux et contre d'autres", a déclaré Matt Bennett, cofondateur du groupe de réflexion démocrate centriste Third Way, en référence aux candidats progressistes.
Selon Usamah Andrabi, porte-parole de Justice Democrats, ces commentaires révèlent "le mépris de l'establishment démocrate envers ses propres électeurs, qui leur indiquent précisément le type de candidats et de programmes qui les enthousiasment".
Bob Harvie, candidat démocrate plus modéré qui se présente près de Philadelphie pour détrôner Brian Fitzpatrick, élu républicain à la Chambre des représentants qui a exercé cinq mandats, dans l'un des scrutins qui s'annoncent les plus disputés du pays, a déclaré que toute tentative des républicains de le présenter comme un candidat extrémiste échouerait.
"S'ils avaient un bilan sur lequel faire campagne, c'est sur cela qu'ils feraient campagne. Les électeurs américains ne sont pas stupides."
(Reportage Tim Reid et Helen Coster, version française Benjamin Mallet)