USA-La rhétorique anticommuniste de Trump peine à mobiliser au-delà de sa base
information fournie par Reuters 08/07/2026 à 13:56

par Nandita Bose

Donald Trump brandit de plus en plus la menace communiste pour discréditer le Parti démocrate à l'approche des élections de mi-mandat de novembre, mais son équipe peine à trouver des signes que cette rhétorique rencontre un écho au-delà du noyau dur de ses partisans.

Les premiers résultats des groupes de discussion organisés à cet effet suggèrent que le message mobilise fortement la base du président américain et pourrait doper la participation des électeurs républicains occasionnels, selon deux sources au fait du sujet.

Mais la rhétorique anticommuniste de Donald Trump semble moins efficace auprès des électeurs indépendants - souvent décisifs dans les scrutins serrés - et des jeunes n'ayant pas connu la Guerre froide.

Le succès des socialistes et d'autres candidats progressistes lors de primaires démocrates dans le Colorado, le Kentucky, le Texas, l'Ohio et à New York, entre autres, a fourni aux républicains un nouvel angle d'attaque : présenter leurs adversaires comme des extrémistes au lieu de défendre le bilan de Donald Trump en matière de pouvoir d'achat.

Selon un décompte de Reuters portant sur les déclarations publiques du locataire de la Maison blanche entre le 23 juin et le 6 juillet, période durant laquelle une série de démocrates de l'aile gauche du parti ont remporté des primaires à New York, Donald Trump a évoqué le communisme à 81 reprises, allant jusqu'à qualifier certains des candidats de "communistes radicaux et athées".

De nombreux candidats progressistes avancent que, pour lutter contre le coût de la vie, il est nécessaire de taxer les riches, réduire les dépenses militaires, s'opposer au financement américain d'Israël, développer des programmes financés par l'État et supprimer la police de l'immigration (ICE).

"MENACE EXISTENTIELLE"

Olivia Wales, porte-parole de la Maison blanche, a déclaré que "l'adhésion des démocrates au socialisme et au communisme" constituait une "menace existentielle" pour les Etats-Unis et que Donald Trump continuerait de "dénoncer leur radicalisme et d'établir un contraste net avec son programme de bon sens, axé sur l'Amérique d'abord ('America First')".

Dans son discours du 4 juillet, à l'occasion du 250e anniversaire de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis, Donald Trump a mis en garde contre la montée du communisme en le comparant à un cancer qu'il faudrait éradiquer.

"Il faut l'extirper, et il faut l'extirper rapidement", a-t-il déclaré lors d'un rassemblement sur le National Mall, à Washington.

En présentant les démocrates comme des socialistes et des communistes, Donald Trump a recours à l'une des tactiques les plus éprouvées de la vie politique américaine, déjà employée par Richard Nixon et Ronald Reagan pendant la Guerre froide. Mais le choix du président actuel d'attaquer de la sorte ses adversaires à l'occasion du 4 juillet, traditionnellement apolitique, est inhabituel.

En coulisses, les conseillers de Donald Trump testent son message auprès de groupes de discussion alors que les républicains se préparent à la phase la plus disputée de la campagne menant aux élections de novembre, qui décideront du contrôle du Congrès américain.

Les premiers résultats indiquent que le terme "communisme" peut s'avérer plus percutant dans certaines campagnes électorales, tandis que celui de "socialisme" semble avoir davantage de portée dans des publicités payantes et des messages diffusés au niveau des circonscriptions, a déclaré l'une des deux sources proches des groupes de discussion.

UN ÉCHO INCERTAIN AUPRÈS DES JEUNES ET DES INDÉPENDANTS

Les républicains estiment que cette rhétorique trouve toujours un écho particulier chez les électeurs hispanophones de Floride, dont les familles ont souvent fui des gouvernements de gauche en Amérique latine, ainsi qu'au Texas.

"C'est un message séduisant pour les électeurs et cela contribuera à faire la différence en novembre", a déclaré Alex Pfeiffer, porte-parole du comité d'action politique Make America Great Again Inc.

Dans un sondage réalisé par Gallup en 2025, 57% des Américains avaient une opinion négative du socialisme et 39% en avaient une opinion positive.

Selon Amy Koch, une stratège républicaine, il n'est pas certain que l'étiquette "communiste" permette d'améliorer la cote de popularité du parti auprès des jeunes électeurs ou des indépendants.

"Je ne pense tout simplement pas que le communisme ait la même signification pour les moins de 55 ans", a-t-elle déclaré.

Suzan DelBene, qui préside le comité de campagne démocrate à la Chambre des représentants, a pour sa part fustigé dans un communiqué les "attaques désespérées" des républicains, "qui ne portent pas réellement sur les questions touchant au pouvoir d'achat".

Donald Trump a récemment qualifié le communisme de "menace la plus grave pour (les Etats-Unis) depuis (leur) création", ajoutant qu'il s'agissait là d'un danger potentiellement plus grave encore que la Première et la Seconde guerres mondiales ou que les attentats du 11 septembre 2001.

(Reportage de Nandita Bose, avec David Morgan et Andy Sullivan à Washington, Jarrett Renshaw en Pennsylvanie, version française Benjamin Mallet, édité par Jean-Stéphane Brosse)