USA-La Fed maintient ses taux et prévoit toujours une baisse cette année
information fournie par Reuters 18/03/2026 à 23:50

La Fed laisse ses taux inchangés, anticipe une baisse cette année

par Howard Schneider

La Réserve fédérale américaine (Fed) a décidé mercredi de maintenir ses taux directeurs à leur niveau actuel, anticipant une hausse de l'inflation, un taux de ‌chômage stable et une seule baisse de taux pour cette année.

Les nouvelles projections des responsables de la banque centrale américaine montrent que l'objectif de taux des "fed funds", actuellement dans une fourchette de 3,50% à 3,75%, ne baisserait que d'un quart de point de pourcentage d'ici la fin de l'année.

Aucune indication sur le ​calendrier d'une telle mesure n'a été donnée par la Fed.

Cette perspective n'a pas changé par rapport aux projections précédentes et reste en décalage avec la demande du président Donald Trump, qui réclame une forte baisse des coûts d'emprunt.

L'inflation PCE, mesure privilégiée des prix par la Fed, devrait terminer l'année à 2,7%, pas très loin de son taux actuel, mais au-dessus des 2,4% prévus en décembre dernier, en raison d'un possible impact de la flambée des cours du pétrole depuis le déclenchement de la guerre en Iran le 28 février.

Les responsables de la Fed ont fait le point sur les risques économiques liés ​à cette guerre menée par les États-Unis et Israël.

Au cours de sa traditionnelle conférence de presse post-communiqué de la Fed, le président de la banque centrale, Jerome Powell, a réaffirmé que la guerre au Moyen-Orient accentuait l'incertitude sur les perspectives économiques, faisant écho au communiqué publié à l'issue de deux jours de réunion.

"A court terme, la hausse des prix de l'énergie entraînera une augmentation de l'inflation globale, ​mais il est trop tôt pour connaître l'ampleur et la durée des éventuelles répercussions sur l'économie", a-t-il déclaré.

La politique monétaire est en "bonne position pour déterminer ⁠l'ampleur et le calendrier des ajustements supplémentaires du taux directeur en fonction des données économiques à venir, de l'évolution des perspectives et de l'équilibre des risques".

Jerome Powell a néanmoins noté qu'une hausse des taux n'était pas la perspective actuellement prévue.

UNE STAGFLATION ? "PAS LA SITUATION ACTUELLE"

Les responsables ‌de la Fed ont évoqué la possibilité de relever les taux, mais "la grande majorité des participants ne considèrent pas cela comme leur scénario de base", a-t-il déclaré, ajoutant cependant: "Nous n'excluons aucune option".

Jerome Powell a par ailleurs noté que la situation économique actuelle aux Etats-Unis, même avec la récente flambée des prix de l'énergie, était très éloignée de la "stagflation" des années 1970, le niveau actuel de l'inflation étant seulement supérieur d'un point de pourcentage à l'objectif fixé par la banque, tandis ​que le taux de chômage reste faible.

"Je réserverais le terme de stagflation à des circonstances beaucoup plus graves. Ce n'est ‌pas la situation dans laquelle nous nous trouvons", a-t-il dit.

Le président de la Fed a également estimé que les outils d'intelligence artificielle générative contribueront sans doute à des gains de productivité dans les ⁠années à venir, mais a noté que l'impact sur l'inflation n'était pas clair.

À court terme, "il ne s'agit pas d'un phénomène qui nécessiterait une baisse des taux dans l'immédiat ou qui réduirait l'inflation au fil du temps".

La Fed a dit tabler sur taux de chômage stable, à 4,4%, ce qui est inchangé par rapport à la prévision précédente.

Ses nouvelles projections économiques et de taux directeurs montrent que l'institution ne se préoccupe guère pour le moment du choc pétrolier en cours, ses responsables prévoyant toujours de baisser les coûts d'emprunt cette année et anticipant une inflation à 2,2% d'ici fin 2027, ce qui reste proche ⁠de l'objectif à moyen terme fixé à 2%.

PAS D'INQUIÉTUDE POUR ‌LE MOMENT

Aucun responsable de la Fed n'a estimé que les taux devaient être relevés d'ici la fin de l'année, même si l'un d'eux a dit anticiper une augmentation du loyer de l'argent en 2027.

La croissance économique a été légèrement revue ⁠à la hausse, à 2,4% pour cette année, contre une projection de 2,3% en décembre.

Stephen Miran, l'un des gouverneurs de la Fed, s'est de nouveau illustré dans la décision rendue ce mercredi, se prononçant contre un statu quo sur les taux.

La décision de maintenir les taux directeurs à leur niveau actuel, prise ‌à 11 voix contre une, était largement attendue sur les marchés financiers.

Néanmoins, les projections de la Fed fournissent de nouvelles informations sur la manière dont la banque centrale évalue l'impact économique d'une guerre qui a perturbé les marchés pétroliers dans le monde.

Les prix du ⁠pétrole sont passés d'un peu moins de 80 dollars le baril à 108 dollars avant la décision de la Fed, tandis que les prix de l'essence aux Etats-Unis ont également grimpé en flèche.

Cela ⁠intervient après de nouvelles données sur l'inflation montrant que les prix de ‌gros ont augmenté plus rapidement que prévu, et ce avant même le début du conflit en Iran.

Hormis la référence à la guerre, le nouveau communiqué de la Fed a peu changé par rapport à celui publié à l'issue de sa réunion des 27 et 28 janvier.

LES MARCHÉS NE CROIENT PLUS ​À UNE BAISSE DES TAUX

Sur les marchés, les actions à Wall Street ont brièvement réduit leurs pertes après la publication du communiqué de la Fed avant de repartir ‌nettement à la baisse.

A la clôture de la Bourse de New York, l'indice Dow Jones a abandonné 1,64%, le S&P 500 1,36% et le Nasdaq Composite 1,45%, les pertes s'étant amplifiées au fil de la conférence de Jerome Powell.

Les contrats à terme sur les taux d'intérêt à court terme américains montrent que les investisseurs perdent confiance quant à ​une baisse des taux de la Fed cette année.

Au change, le dollar s'affermissait, prenant 0,57% face à un panier de devises de référence, après avoir réduit ses gains initiaux immédiatement après le communiqué de la Fed.

Dans l'obligataire, les rendement des bons du Trésor américain à dix ans grimpait de 6,5 points de base, à 4,2669%, après avoir lui aussi initialement reculé dans la foulée de la publication du communiqué de la Fed.

Le deux ans, le plus sensible aux anticipations sur les taux, était en hausse de plus de dix points, à 3,7771%.

POWELL PRÊT À ASSUMER L'INTÉRIM À LA TÊTE DE LA FED

Alors ⁠que Jerome Powell est sous le coup d'une enquête fédérale et que Donald Trump l'a régulièrement menacé de le limoger avant le terme de son mandat, en mai prochain, le président de la Fed a déclaré qu'il resterait à la tête de l'institution jusqu'à la confirmation de son successeur.

"Si mon successeur n'est pas confirmé d'ici la fin de mon mandat de président, j'assurerai l'intérim" jusqu'à ce que cela soit le cas, a-t-il dit.

Il a souligné que sa décision reposait sur ce que prévoit la loi. "C'est ce que nous avons fait à plusieurs reprises (...) et c'est ce que nous allons faire dans cette situation", a-t-il ajouté.

Concernant les droits de douane, Jerome Powell a déclaré s'attendre à ce que leur impact sur l'inflation diminue avec le temps, tout en notant qu'il subsistait beaucoup d'incertitudes quant à la manière dont tout cela se déroulerait.

"Nous devons rester humbles et savoir combien de temps il faudra pour que les droits de douane se répercutent sur l'ensemble de l'économie", a-t-il dit.

La Cour suprême des Etats-Unis a annulé le mois dernier les vastes droits de douane dits "réciproques" imposés l'an dernier par Donald Trump contre une multitude de pays, ce qui exacerbe l'incertitude sur ce dossier.

(Howard Schneider, avec la contribution ​de Michael S. Derby; version française Claude Chendjou, édité par Benoît Van Overstraeten et Jean Terzian)