USA-L'administration Trump poursuit Harvard sur le traitement des étudiants juifs
information fournie par Reuters 20/03/2026 à 19:33

* Harvard accusée d'indifférence envers les étudiants juifs et israéliens

* Harvard estime que cette plainte est un "prétexte"

* L'administration Trump veut récupérer les subventions touchées par Harvard

(.)

par Nate Raymond et Jonathan Stempel

L'administration américaine, qui accuse depuis des mois l'université de Havard d'antisémitisme, a intensifié vendredi ses attaques avec une nouvelle plainte en justice selon laquelle l'université aurait manqué à son devoir de protection envers les étudiants juifs et israéliens.

Harvard est au cœur de la campagne menée par le président Donald Trump, depuis son retour au pouvoir, pour imposer des changements dans les grandes universités américaines et en finir avec, dit-il, les idéologies "d'extrême gauche".

L'administration de Donald Trump a déjà menacé de retirer les fonds fédéraux accordés à Harvard et à plusieurs autres universités en raison des manifestations pro-palestiniennes contre la guerre menée par Israël à Gaza, les programmes de diversité sur les campus et les mesures relatives aux personnes transgenres.

Dans une plainte déposée devant le tribunal fédéral de Boston, le département américain de la Justice a accusé Harvard de rester "délibérément indifférente" au harcèlement dont sont victimes les étudiants juifs et israéliens, et que l'université avait intentionnellement refusé d'appliquer ses règles sur le campus lorsque les victimes étaient juives ou israéliennes.

"Cela a envoyé un message clair à la communauté juive et israélienne de Harvard: cette indifférence n'était pas un accident; ils étaient délibérément exclus et se voyaient effectivement refuser l'égalité d'accès aux dispositifs éducatifs", peut-on lire dans la plainte.

L'université de Harvard a estimé que cette plainte était un "prétexte" et "de nouvelles représailles" en réaction à son refus de céder le contrôle de l'établissement au gouvernement fédéral américain.

La célèbre université américaine, dont les bâtiments sont situés à Cambridge, dans le Massachusetts, a également mis en avant ses initiatives en matière de lutte contre l'antisémitisme sur le campus. Elle a cité notamment un élargissement de ses formations, une amélioration de ses procédures disciplinaires et une adoption de la définition de l'antisémitisme telle que proposée par l'organisation Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste.

LA PLAINTE REPOSE SUR DE VIEILLES ACCUSATIONS

"Harvard se soucie profondément des membres de notre communauté juive et israélienne et reste déterminée à faire en sorte qu'ils soient accueillis, respectés et puissent s'épanouir sur notre campus", a déclaré le porte-parole de l'université.

"Les efforts de Harvard démontrent tout le contraire d'une indifférence délibérée", a-t-il insisté.

La plainte déposée vendredi reprend en grande partie des incidents et accusations antérieurs impliquant Harvard, et non de nouveaux cas présumés de discrimination.

Selon la plainte, l'indifférence de Harvard envers les Juifs et les Israéliens enfreint le "Title VI of the Civil Rights Act"

de 1964, un texte sur les droits civiques, qui interdit toute discrimination fondée sur la race, la couleur et l'origine dans les programmes bénéficiant d'un financement fédéral.

Cette plainte intervient moins de deux mois après que Donald Trump a déclaré que son administration réclamait un milliard de dollars à Harvard pour mettre fin aux enquêtes sur la politique menée par l'université.

L'administration américaine a également accusé Harvard, dans une plainte déposée le 13 février, de ne pas avoir produit les documents nécessaires à une enquête visant à déterminer si son processus d'admission était discriminatoire à l'égard des candidats blancs.

Richard Stearns, un juge fédéral nommé par l'ancien président démocrate Bill Clinton, a été désigné pour statuer sur cette nouvelle affaire dans laquelle l'administration de Donald Trump veut notamment récupérer toutes les subventions fédérales versées à Harvard pendant la période durant laquelle l'université n'a pas respecté le texte sur les droits civiques.

(Reportage Jonathan Stempel à New York et Nate Raymond à Boston; version française Claude Chendjou, édité par Zhifan Liu)