USA: Kevin Warsh face à un test décisif devant le Sénat pour sa nomination à la Fed information fournie par Reuters 20/04/2026 à 12:02
par Howard Schneider
Kevin Warsh, le candidat désigné par la Maison blanche pour devenir le prochain président de la Réserve fédérale américaine (Fed), sera soumis mardi à une épreuve décisive lors d'une audition devant les sénateurs, qui l'interrogeront sur ses idées en matière de politique monétaire et d'économie, après plus d'une décennie de critiques à l'encontre de la banque centrale américaine.
Cette comparution devant la commission bancaire du Sénat marque une étape importante dans le processus visant à ce que ce financier de 56 ans, ancien gouverneur de l'institution, succède à l'actuel président Jerome Powell, dont le mandat prend fin le 15 mai.
Certains membres influents du Parti républicain du président Donald Trump se sont toutefois engagés à bloquer sa nomination jusqu'à ce que le gouvernement américain mette fin à l'enquête pénale visant Jerome Powell et la banque centrale elle-même, qu'ils jugent infondée et considèrent comme une menace pour l'indépendance de l'institution.
Depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2025, Donald Trump tente d'accroître son influence sur la banque centrale, en exigeant des baisses de taux d'intérêt plus radicales et en critiquant vivement Jerome Powell pour ne pas avoir suivi ses instructions.
La succession à la tête de la Fed se déroulera dans un contexte pour le moins particulier pour l'économie américaine.
L'inflation reste supérieure à l'objectif de 2% fixé par la Fed, tandis que les prix du pétrole ont grimpé en flèche à la suite de la guerre en Iran et menacent de faire s'évanouir tout espoir d'un ralentissement prochain.
Dans le même temps, le président Donald Trump estime que le taux d'intérêt de référence de la banque centrale devrait être ramené à 1%, contre une fourchette actuelle comprise entre 3,50% et 3,75%.
L'économie américaine est en outre confrontée aux incertitudes liées à l'essor de l'intelligence artificielle (IA) et des cryptomonnaies, deux domaines qui intéressent Kevin Warsh en tant qu'investisseur.
La réputation du candidat, défenseur d'une politique monétaire restrictive et d'une lutte acharnée contre l'inflation, a cédé ainsi la place à la conviction que la baisse des taux d'intérêt se justifierait par la productivité stimulée par la technologie.
Il en va de même pour sa conviction de longue date que la Fed devrait réduire son bilan, une position qu'il a développée après avoir été gouverneur au moment où les avoirs obligataires de la banque centrale ont explosé.
CRITIQUES ACERBES
Au cours de l'année écoulée, Kevin Warsh a vivement critiqué la Réserve fédérale, appelant à un "changement de régime", affirmant que son rôle consisterait à "faire plier certaines personnes" et qualifiant la présidence de Jerome Powell de "défaillante", sans toutefois préciser comment il comptait changer les choses.
Sa nomination couronne des années de tribunes libres, de conférences universitaires et d'interviews télévisées, notamment grâce à son poste de chercheur invité à la Hoover Institution, un groupe de réflexion de l'Université Stanford et centre névralgique de la critique à l'égard de la politique monétaire de la Fed.
Kevin Warsh, titulaire d'une licence en politiques publiques de l'université de Stanford et diplômé de la faculté de droit de Harvard, a déclaré avoir été influencé par des figures emblématiques de l'Institut Hoover, parmi lesquelles Milton Friedman et John Taylor.
Tous deux défendaient des modèles de banque centrale assortis de cadres restreints : celui de Friedman, fondé sur la croissance de la masse monétaire, tandis que celui de Taylor établissait un lien entre les taux d'intérêt recommandés et les deux objectifs de la Fed en matière d'inflation et d'emploi.
Kevin Warsh a qualifié l'élaboration de politiques fondées sur des règles d'"idéal", sans toutefois s'engager à les appliquer, ce qui soulève des questions que tant les détracteurs que les partisans de cette approche voudront clarifier.
Les récentes prises de position du candidat sur les taux d'intérêt et l'influence de Donald Trump sur la politique monétaire seront probablement au coeur des débats lors de l'audition de mardi.
La séance sera présidée par le sénateur Tim Scott qui, à l'instar d'autres législateurs républicains, s'est félicité du choix de Kevin Warsh malgré les divergences concernant les conditions de sa nomination.
BILAN COLOSSAL
Les idées du candidat sur les taux d'intérêt font écho aux arguments avancés dans les années 1990 par l'ancien président de la Fed, Alan Greenspan, concernant l'impact de la productivité sur l'inflation.
Cela place Kevin Warsh dans la même ligne que Donald Trump, qui a déclaré qu'il ne nommerait que quelqu'un dont il serait certain qu'il permettrait de réduire les coûts d'emprunt.
Le bilan colossal de la Fed sera également un sujet sensible lors de l'audition.
Après s'être considérablement accru pour faire face à la crise financière de 2007-2009, son vaste portefeuille d'obligations du Trésor et de titres adossés à des créances hypothécaires est devenu un outil essentiel permettant à la banque centrale de contrôler les taux d'intérêt et d'atteindre ses objectifs d'inflation et de plein emploi.
Kevin Warsh, gouverneur à la Fed lors de la crise financière d'il y a 20 ans, s'était alors opposé à la croissance apparemment illimitée du bilan, tout comme d'autres économistes conservateurs qui estimaient que cela faussait les marchés financiers.
Kevin Warsh avait rejoint la Fed en 2006, nommé par le président de l'époque, George W. Bush, et a été un conseiller clé du président de la Fed Ben Bernanke lorsque la crise des subprimes a dégénéré en un effondrement financier.
Il est ensuite revenu à Wall Street en tant que conseiller du milliardaire Stanley Druckenmiller, un poste qui lui a permis de se constituer une fortune personnelle de plus de 100 millions de dollars, selon les déclarations de patrimoine déposées avant l'audience de cette semaine.
"Avant la crise, Kevin Warsh n'a pas su identifier ni traiter de manière significative les risques liés aux prêts hypothécaires à risque et aux produits dérivés", a écrit la sénatrice Elizabeth Warren, principale démocrate de la commission bancaire du Sénat, dans une lettre adressée à Jerome Powell le 15 avril pour exiger des documents détaillant son rôle pendant la crise.
(Reportage Howard Schneider ; version française Diana Mandiá, édité par Augustin Turpin)