USA-Discours de Trump devant le Congrès dans un contexte de vents contraires information fournie par Reuters 24/02/2026 à 07:01
par Nandita Bose, Bo Erickson et Joseph Ax
Le président américain Donald Trump prononcera mardi soir devant le Congrès le traditionnel discours sur l'état de l'Union, à un moment délicat de son mandat, entre une cote de popularité en déclin, une inquiétude croissante à propos d'un possible conflit avec l'Iran et une question du coût élevé de la vie qui préoccupe les Américains en amont des élections de mi-mandat.
Cette allocution télévisée en 'prime time' (21h00 heure de Washington, mercredi 02h00 GMT), la deuxième de Donald Trump depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, offre au président américain une opportunité de convaincre les électeurs de maintenir au pouvoir les républicains, qui contrôlent avec une majorité étroite les deux chambres du Congrès. L'ensemble des sièges de la Chambre des représentants et une partie du Sénat seront en jeu lors des "midterms" en novembre prochain.
Reste que la prise de parole du locataire de la Maison blanche intervient dans un contexte de vents politiques contraires, autant sur le plan intérieur que sur la scène internationale, avec d'importantes secousses ces derniers jours.
Parmi elles: la décision de la Cour suprême des Etats-Unis d'invalider les droits de douane dits "réciproques" au coeur de la refonte opérée par Donald Trump de la politique commerciale de Washington, ou encore des données montrant que l'économie américaine a connu au quatrième trimestre un ralentissement plus important qu'attendu tandis que l'inflation a accéléré.
Les opérations du département de la Sécurité intérieure (DHS) sont par ailleurs quasiment à l'arrêt en raison d'une querelle entre les républicains et les démocrates du Congrès à propos de la stratégie anti-immigration musclée de l'administration Trump, à la suite de deux fusillades mortelles controversées à Minneapolis impliquant des agents de la police fédérale de l'immigration (ICE).
Donald Trump peine également à tourner la page du scandale autour de la publication de millions de documents du département de la Justice liés au défunt financier et délinquant sexuel Jeffrey Epstein, avec lequel l'ancien magnat de l'immobilier a entretenu jadis une amitié.
CLARTÉ SUR SES INTENTIONS POUR L'IRAN ?
Alors qu'il a ouvertement fait campagne pour obtenir le prix Nobel de la paix, vantant ses qualités de pacificateur et mettant sur pied son propre "Conseil de la Paix", le chef de la Maison blanche semble toutefois se rapprocher d'un conflit militaire avec l'Iran, menaçant Téhéran d'une attaque s'il ne scelle aucun accord avec Washington sur son programme nucléaire.
Le président américain, qui a décidé de déployer des bâtiments de guerre supplémentaires au Proche-Orient, étudie plusieurs options pour l'Iran, dont un changement de régime, ont dit des représentants de l'administration américaine.
Il est possible que Donald Trump utilise sa prise de parole devant le Congrès pour exprimer publiquement le bien-fondé d'une intervention militaire en Iran.
S'exprimant sous couvert d'anonymat, deux représentants de la Maison blanche ont déclaré que des projets concernant l'Iran seraient évoqués mardi soir. Ils n'ont pas donné de détails.
Ces représentants ont rapporté également que Donald Trump entendait vanter les différents accords de paix qu'il dit avoir chapeautés, alors même que la guerre en Ukraine, à laquelle le président américain a dit dans le passé pouvoir mettre fin en "vingt-quatre heures" seulement, entre dans sa cinquième année.
Apparu furieux vendredi de la décision de la Cour suprême sur ses droits de douane dits "réciproques", Donald Trump devrait à nouveau évoquer cette décision et détailler les mesures qu'il entend mettre en oeuvre pour continuer de prélever des surtaxes douanières sur les produits de dizaines de partenaires commerciaux des Etats-Unis.
Il pourrait à nouveau s'en prendre aux juges de la plus haute juridiction américaine, dont certains devraient être présents au Capitole - ce qui pourrait donner lieu à des moments de gêne.
A moins de neuf mois des "midterms" au Congrès, des conseillers de la Maison blanche et des stratèges électoraux républicains exhortent Donald Trump à se focaliser sur les préoccupations des Américains à l'égard du coût de la vie, l'un des thèmes centraux de sa campagne victorieuse en 2024. S'il avait promis de faire baisser l'inflation, les Américains ne sont pas convaincus de la réussite de ses politiques en la matière, selon les enquêtes d'opinion.
VANTER SA "VICTOIRE" ÉCONOMIQUE
Le discours du président américain en la matière a été plutôt désordonné, se plaignant tantôt d'une liste d'obstacles avec lesquels il doit composer ou disant tantôt avoir déjà résolu le problème de l'inflation.
D'après les deux représentants de la Maison blanche, Donald Trump va souligner le désastre économique qu'il dit de longue date avoir hérité de son prédécesseur démocrate Joe Biden et reprocher aux démocrates de surjouer la gravité de la situation actuelle. Il va "revendiquer la victoire" en matière d'économie, a déclaré l'un des représentants.
Par ailleurs, bien que les sondages montrent que la plupart des Américains disent penser que l'administration Trump a été trop loin dans son offensive anti-immigration, le président républicain va vanter ses mesures aux frontières et son programme massif de déportations.
Donald Trump, qui a tendance à effectuer des commentaires "hors script" lors de discours, a fait savoir lundi que son allocution serait longue. En mars dernier, son discours devant le Congrès - qui n'était techniquement pas un discours sur l'état de l'Union, mais tout comme - avait duré 100 minutes, soit un record dans l'ère moderne de la présidence américaine.
"Nous prévoyons de la place pour cela", a dit l'un des représentants de la Maison blanche à propos des commentaires "hors script".
Alors que le discours prononcé en mars dernier par Donald Trump avait été interrompu par certains démocrates, une vingtaine d'élus démocrates du Congrès ont prévu de ne pas assister au discours mardi soir, préférant participer à un rassemblement prévu dans un grand parc à proximité du Capitole.
Ce rassemblement proposera une vision "plus honnête" du bilan des treize premiers mois du second mandat de Donald Trump, a dit lundi le sénateur démocrate de l'Oregon, Jeff Merkley, l'un de ceux ayant choisi de boycotter ce qu'il a décrit comme une démarche de "propagande".
(Nandita Bose et Bo Erickson, avec Steve Holland et Joseph Ax; version française Jean Terzian)