USA-A l'approche des "midterms", Trump martèle que le scrutin de 2020 a été truqué
information fournie par Reuters 26/05/2026 à 15:38

par Bo Erickson

Donald Trump a martelé au moins 107 fois au cours des six derniers mois son affirmation mensongère selon laquelle l'élection présidentielle de 2020, perdue face à Joe Biden, lui avait été volée, persistant ainsi à placer cette complainte infondée au coeur du débat politique aux Etats-Unis à l'approche d'élections de mi-mandat périlleuses pour son camp républicain.

Le président américain évoque le sujet de manière quasiment quotidienne, montre l'examen pratiqué par Reuters de ses interventions publiques, interviews ou messages sur les réseaux sociaux. Il assène même ses accusations en rafale, comme ce samedi d'avril, alors qu'un fragile cessez-le-feu avec l'Iran est entré en vigueur, où il mentionne le sujet à sept reprises sur son réseau Truth Social.

Toutes les occasions semblent propices pour se plaindre du résultat de 2020: six rencontres avec des dirigeants étrangers, deux réceptions d'équipes sportives professionnelles, les célébrations d'Hanoukka et de Noël à la Maison blanche, le Forum économique de Davos en janvier en Suisse, où il prévient que "des gens seront bientôt poursuivis pour ce qu'ils ont fait".

La semaine dernière encore, lors d'un pique-nique avec des parlementaires à la Maison blanche ou lors d'une discussion informelle avec des journalistes à bord d'Air Force One.

"Si Jésus Christ descendait et comptait les bulletins, j'aurais gagné la Californie", a-t-il prétendu au sujet de cet Etat historiquement démocrate, qu'il a perdu avec 29 points d'écart en 2020 et encore plus de 20 points en 2024, année de sa deuxième victoire au plan national après celle de 2016. "Mais c'est une élection truquée."

Ces affirmations sont généralement accueillies avec mépris par ses adversaires ou minimisées par ses propres collaborateurs.

Elles témoignent néanmoins d'une stratégie plus élaborée que de simples déclarations à l'emporte-pièce. Il s'agit de justifier de nouvelles procédures électorales censées favoriser les républicains, raffermir la fidélité à sa personne au sein du parti et galvaniser ses partisans en vue des "midterms" de novembre, qui pourraient refaire basculer le Congrès côté démocrate, ont dit deux responsables de la Maison blanche et deux personnes informées du sujet ayant tous requis l'anonymat.

UN DISCOURS VICTIMAIRE QUI SÉDUIT CHEZ LES RÉPUBLICAINS

Des spécialistes des questions électorales soulignent aussi que cette insistance à évoquer une fraude en 2020 permet de délégitimer par avance une éventuelle victoire démocrate en novembre prochain.

"Il n'est pas tourné vers le passé: tout cela concerne les élections de mi-mandat", dit Alexandra Chandler, spécialiste des élections au sein de l'organisation non partisane Protect Democracy. "Il essaie de créer un brouillard de désinformation. Comme ça, s'il franchit un cap supplémentaire en évoquant une ingérence au niveau fédéral, la population ne sera pas surprise."

En avril, bien qu'il ait lui-même déclenché plusieurs mois auparavant une bataille institutionnelle au niveau national sur le redécoupage électoral, le vote par correspondance et la vérification de la citoyenneté des électeurs aux Etats-Unis, il a qualifié sans preuve de "truqués" les résultats d'une consultation organisée en Virginie sur une modification des circonscriptions.

"Le président Trump est attaché à garantir le fait que les Américains ont pleinement confiance dans l'organisation des élections, ce qui implique des listes électorales parfaitement exactes et à jour, exemptes d'erreurs et d'électeurs indûment inscrits", a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche, Abigail Jackson, dans un communiqué.

Cette rhétorique victimaire séduit au sein de l'électorat républicain. Selon un sondage Reuters/Ipsos réalisé en avril, 63% des électeurs républicains croient à l'affirmation erronée d'une fraude électorale en 2020, une proportion assez stable depuis plusieurs années.

Une part encore plus importante de républicains (82%) dit être d'accord avec l'idée qu'un grand nombre de bulletins frauduleux provient de personnes non habilitées à voter aux élections américaines.

Seuls 9% des démocrates et 21% des électeurs dits indépendants disent penser que Donald Trump a perdu en 2020 à cause d'irrégularités et 18% des démocrates et 38% des indépendants partagent les préoccupations relatives à un vote d'électeurs qui ne devraient pas être autorisés à voter.

Les enquêtes menées par diverses juridictions ou des responsables au niveau des Etats n'ont trouvé aucune preuve d'une fraude en 2020.

DES RÉPUBLICAINS REFUSENT CE DISCOURS

Donald Trump ne cesse néanmoins de recourir à cet argument fallacieux pour justifier les conflits sur la scène internationale ou les difficultés rencontrées aux Etats-Unis.

En décembre, alors que la guerre en Ukraine qu'il promettait en 2024 de régler en 24 heures s'apprêtait à entrer dans sa cinquième année, il a déclaré à son homologue ukrainien Volodimir Zelensky que l'élection "truquée" de 2020 avait permis à la Russie d'attaquer son voisin en février 2022. En février, il a déclaré à des familles ayant perdu des proches dans des crimes impliquant des immigrés qu'elles pourraient être "à la maison, avec (leur) fils, (leur) fille" si le scrutin de 2020 n'avait pas été "truqué".

Le thème d'une fraude électorale en 2020 permet aussi de vérifier la fidélité des personnalités choisies par Donald Trump pour divers postes au niveau fédéral: plusieurs, y compris pour des fonctions au sein de l'appareil judiciaire, ont ainsi refusé sous serment de déclarer devant le Sénat que Joe Biden avait remporté l'élection présidentielle en 2020, se contentant de dire que le Congrès avait validé le résultat du scrutin.

Des républicains s'opposent néanmoins à ce discours. Certains se sont regroupés au sein de RightCount, organisme destiné à défendre l'organisation des élections au niveau des Etats, contrairement à la volonté de Donald Trump de les placer sous la responsabilité nationale.

Vaincu la semaine dernière lors de la primaire républicaine en Louisiane après le refus de Donald Trump de lui apporter son soutien, le sénateur Bill Cassidy s'en est pris directement au président américain dans son discours de reconnaissance de sa défaite. Il avait approuvé la procédure de destitution lancée à la suite de l'attaque du Capitole le 6 janvier 2021 lorsque des partisans de Donald Trump avaient tenté d'empêcher la certification du résultat de la présidentielle de 2020.

"Quand on participe au processus démocratique, parfois les choses ne se déroulent pas de la manière dont on l'aurait voulu", a-t-il dit. "Mais on ne boude pas, on ne gémit pas, on ne prétend pas que l'élection a été truquée."

(Bo Erickson, avec Nandita Bose, version française Bertrand Boucey, édité par Sophie Louet)