USA-À l'approche des midterms, les proches de Trump préconisent une guerre "discrète" contre l'Iran
information fournie par Reuters 02/09/2026 à 15:05

par Nandita Bose, Humeyra Pamuk et Gram Slattery

À l'approche des élections de mi-mandat de novembre, les principaux conseillers du président américain Donald Trump s'efforcent d'empêcher une nouvelle escalade dans le conflit opposant les États-Unis à l'Iran, le degré d'impopularité de ce dernier s'annonçant déterminant dans le scrutin.

Selon quatre personnes proches du dossier, qui ont toutes souhaité rester anonymes, les responsables de la Maison blanche envisageront d'intensifier l'action militaire américaine au Moyen-Orient après les "midterms", prévus le 3 novembre.

Redoutant un revers électoral pour le parti des républicains de Donald Trump, l’administration américaine s’attache pour le moment à renforcer la pression économique sur l’Iran afin d'obtenir les concessions que des mois de guerre n’ont pas permis d’obtenir, ont déclaré les sources.

"Nous maintenons la pression sur l’Iran", a déclaré l'une d'elles, un responsable de la Maison blanche. "Mais novembre est une priorité", a-t-elle ajouté.

Contenir la guerre jusqu'à l'issue des élections permettrait ainsi d’éviter une couverture médiatique trop importante de ce conflit déjà impopulaire, ont expliqué les sources, alors que les républicains cherchent à défendre leurs maigres majorités au Sénat et à la Chambre des représentants.

Selon un sondage Reuters/Ipsos réalisé fin août, seuls 31% des Américains approuvent les opérations militaires américaines en Iran, tandis que quelque 63% les désapprouvent. Le conflit, qui perturbe l'approvisionnement énergétique mondial, a fait grimper les prix des carburants et suscité le mécontent des électeurs.

Mais mettre en œuvre la stratégie envisagée de "calme apparent" semble de plus en plus difficile au fil des jours, avec une récente reprise d'échange de tirs entre les belligérants après des semaines d'accalmie.

Les frappes américaines sur l’île iranienne de Larak ce weekend ont en effet conduit à une réplique iranienne qui a ciblé la Jordanie et les Émirats arabes unis. Mardi, les États-Unis ont frappé d’autres cibles iraniennes autour du détroit d’Ormuz.

UNE ESCALADE INÉVITABLE ?

"Le régime (iranien) a tout intérêt à perturber ce 'calme' – qui n’est d’ailleurs pas un véritable calme, puisque l’objectif explicite de l’administration (Trump) est d’accroître massivement la pression économique sur l’Iran", a déclaré Barbara Leaf, qui a occupé le poste de haute responsable du département d’État pour le Moyen-Orient sous l’ancien président Joe Biden.

Les dirigeants iraniens, enhardis après avoir perturbé le trafic dans le détroit d'Ormuz pendant des mois, continueront probablement à frapper des cibles et infrastructures américaines et alliées au Moyen-Orient, au moins de manière périodique, ont déclaré des analystes.

Washington sera alors sous pression pour riposter, ce qui pourrait entraîner une spirale d'escalade ramenant les deux camps à une guerre aérienne à grande échelle - que l'administration américaine le veuille ou non.

Donald Trump est lui-même un autre facteur imprévisible dans ce conflit et sa cote de popularité a chuté depuis le début de la guerre.

Selon certaines sources, il ne serait actuellement pas favorable à une escalade des affrontements avec l'Iran mais l'ancien magnat de l'immobilier est connu pour ses décisions et annonces inattendues.

Mardi, le locataire de la Maison blanche a menacé d'aggraver le conflit si Téhéran ripostait aux dernières frappes américaines.

"Si (...) l'Iran riposte à cette attaque tout à fait justifiée, elle sera à nouveau frappée de manière bien plus dure et à un niveau bien plus élevé, mais ce ne sera pas la plus grande attaque de toutes, celle-ci se profile déjà à l’horizon", a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social.

Donald Trump a publiquement déclaré que les élections de mi-mandat n'entraient pas en ligne de compte dans sa stratégie vis-à-vis de l'Iran.

LIMITES LOGISTIQUES ET POLITIQUES DE LA MISSION AMÉRICAINE

Mais alors que la guerre entre dans son septième mois, la Maison blanche se trouve de plus en plus contrainte par les réalités logistiques et politiques de son offensive contre l'Iran.

"Le calendrier a changé", a déclaré un haut responsable de l'administration américaine. "C’est le calendrier qui dicte la ligne de conduite de l’Iran", a déclaré un autre conseiller.

Reuters a rapporté en août que l’armée américain avait utilisé "pratiquement tout" son stock de certains missiles de précision.

Une pause tactique dans le conflit pourrait alors donner à l’armée américaine un peu de répit pour reconstituer ses stocks de munitions fortement épuisés, ont indiqué les sources américaines.

Le Washington Post a rapporté dimanche que les chefs militaires américains avaient averti le chef du Pentagone, Pete Hegseth, que la prolongation de la guerre contre l'Iran était insoutenable et réduirait la capacité d’intervention de l’armée sur d’autres théâtres d’opérations.

Les alliés américains du Golfe – dont certains avaient plaidé en faveur d’une action agressive contre l’Iran au début de la guerre afin d’affaiblir leur principal adversaire régional – ont également exhorté Washington d'apaiser les tensions après une récente série d’attaques fin juillet.

Selon deux responsables de la Maison blanche, le vice-président américain JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio comptent parmi les proches collaborateurs du président qui soutiennent l’idée de tenter de maintenir le conflit avec l’Iran dans un climat relativement "calme" jusqu’en novembre.

Ces dernières semaines, les responsables de l’administration ont plutôt intensifié une campagne d’isolement économique, au cours de laquelle les États-Unis ont menacé d’imposer des sanctions massives aux pays économiquement liés à l’Iran, tout en maintenant leur propre blocus sur le détroit d’Ormuz.

Cette stratégie axée sur le commerce a toutefois ses limites, ont déclaré des analystes et des responsables. L’Iran subit depuis des décennies plusieurs couches de sanctions américaines et internationales qui ont mis à mal son économie, mais n’ont pas dissuadé ses dirigeants.

Dimanche, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a déclaré que cette campagne de pression risquait de pousser l’Iran à réagir militairement, laissant entrevoir la possibilité que la campagne économique puisse elle-même alimenter une escalade militaire.

(Reportage Nandita Bose, Humeyra Pamuk et Gram Slattery ; avec Idrees Ali ; version française Etienne Breban, édité par Benoit Van Overstraeten)