US-Les républicains débattent d'un futur sans Trump lors d'une convention
information fournie par Reuters 09/09/2026 à 15:45

par Nathan Layne et Nandita Bose

La frénésie s'empare de Dallas, la ville texane où s'ouvre mercredi une convention républicaine pour célébrer le président américain Donald Trump à moins de deux mois des élections de mi-mandat, mais une débâcle lors de ce scrutin crucial pourrait relancer un débat latent sur l'identité du successeur du locataire de la Maison blanche et sur le futur du Grand Old Party.

Protagoniste central de cette discussion sur l'avenir du parti républicain, le vice-président J.D. Vance doit prononcer un discours qui pourrait servir de plaidoyer pour une candidature en 2028 et donner des pistes sur sa gouvernance future d'un parti transformé par Donald Trump.

Le président américain étant empêché constitutionnellement de concourir à un troisième mandat, les républicains interrogés par Reuters questionnent l'héritage du président américain, laissant apparaître des divisions sur la question des droits de douane, de la politique étrangère et du populisme de son administration.

Les élections de mi-mandat du 3 novembre constituent un tournant pour le mouvement MAGA (Make America Great Again, Rendre sa grandeur à l'Amérique) du président Trump. Si ce dernier reste la figure dominante du parti, le scrutin pourrait voir les républicains perdre de l'influence à Washington.

Les républicains voudront afficher leur unité à l'occasion de leur convention organisée dans la plus grande ville du Texas, Etat républicain, et qui a été rebaptisée "Trumpapalooza", en référence au festival de rock "Lollapalooza" qui a lieu tous les ans à Chicago.

Mais la question de l'après-Trump risque d'agiter les coulisses de la convention à laquelle participera le secrétaire d'Etat Marco Rubio. Le principal rival de J.D. Vance ne devrait toutefois pas s'exprimer publiquement.

"MAGA A CHANGÉ LE PARTI"

Amy Kremer, membre du Comité national républicain, confie que les discussions sur le futur du parti vont bon train depuis des mois. Si la guerre déclenchée par Donald Trump en Iran a pu prendre de court certains soutiens, elle affirme que l'influence du milliardaire est intacte.

"Ces conversations se tiennent. Elles ont lieu depuis un moment au sein de la base, parce que les gens sont divisés, nous avons une si grande profondeur de banc", a-t-elle expliqué lors de son arrivée à Dallas. "MAGA a changé le parti républicain, et nous n'allons pas revenir en arrière."

Après sa victoire à la présidentielle de 2016, Donald Trump a rompu avec la ligne républicaine sur divers sujets tel que le libre-échange tout en séduisant sans relâche l'électorat ouvrier et en plaçant souvent la loyauté au-dessus de toute idéologie.

Ses soutiens ont défendu largement le concept d'"America First" au mépris des alliances traditionnelles sur le plan géopolitique et du respect des institutions internationales, attisant par ailleurs le nationalisme économique et favorisant les politiques anti-immigration.

Cependant, la côte de popularité de Donald Trump a chuté dans la foulée d'une guerre en Iran impopulaire et d'une flambée du coût de la vie pour l'Américain moyen. Certains observateurs, membres du parti et experts avancent que les républicains pourraient être forcés d'ajuster leur politique, quand bien même l'essence du Trumpisme perdurera.

Aucun des républicains interrogés par Reuters ne s'attend à un retour au libéralisme économique observé lors des mandats des anciens présidents républicains George W. Bush ou Ronald Reagan.

Au contraire, la ligne dure contre l'immigration, le scepticisme sur le libre-échange et la méfiance face aux institutions devraient rester la norme.

Le coeur des débats devrait se porter sur les interventions militaires en Iran et au Venezuela et sur sa politique douanière.

La guerre en Iran, longue de plus de six mois déjà et qui a coûté la vie à 18 soldats américains, pourrait devenir un point de contentieux alors même que Donald Trump s'est fait élire sur la promesse de réduire l'interventionnisme américain sur le plan géopolitique.

Oren Cass, économiste au think tank conservateur American Compass, s'attend à ce que le parti tourne la page Trump en adoptant une attitude plus agressive face à la Chine et plus de retenue sur le plan de la politique étrangère.

"J'ai toujours pensé qu'après l'ère Trump, il y aura un énorme débat sur ce qui adviendra par la suite", explique-t-il, précisant que les politiques de Donald Trump n'ont jamais représenté une idéologie constante du parti.

VANCE VS RUBIO

Beaucoup de républicains voient en J.D. Vance, 42 ans, l'héritier du président américain, citant sa jeunesse et son enracinement à l'aile conservatrice, anti-establishment du parti. Marco Rubio, 55 ans, est vu comme un politicien plus conventionnel et un faucon sur le plan international.

"Je pense que (Vance) s'est positionné intelligemment comme ce genre de leader générationnel dont le parti a besoin", estime Stefano Forte, président du Club des jeunes républicains de New York.

Selon Matthew Dallek, professeur à l'École supérieure de gestion politique de l'université George Washington, le vice-président américain pourrait poursuivre la politique populiste, protectionniste et va-t-en-guerre de Donald Trump, alors que Marco Rubio serait plus enclin à assouplir la politique commerciale américaine, apaiser les tensions avec les alliés de Washington et revenir sur les politiques les plus controversées de l'actuelle administration, notamment en matière d'immigration.

D'autres concurrents pourraient s'immiscer dans la course à la succession, à l'instar du sénateur du Texas Ted Cruz, qui devrait délivrer un discours à Dallas. Dans une interview accordée le mois dernier à MS NOW, l'ancien candidat à l'investiture républicaine affirmait que le parti n'était pas uni derrière J.D. Vance et que des débats avaient toujours lieu sur la stratégie à adopter.

Ces discussions ont, pour l'instant, majoritairement lieu en coulisses. A Dallas, Donald Trump devrait occuper le devant de la scène mercredi et jeudi, alors que les républicains cherchent à tirer parti de son capital politique en vue des élections de cet automne.

(Reportage de Nathan Layne à Dallas et Nandita Bose à Washington; version française Zhifan Liu, édité par Benoit Van Overstraeten)