Une vingtaine de pays veulent rejoindre les BRICS, aspirant à un nouvel ordre mondial
information fournie par Reuters 21/08/2023 à 13:08

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      Les BRICS se veulent les champions du "Sud global"
    

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      Plus de 40 pays intéressés par l'adhésion 
    

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      De nombreux pays en développement mécontents de la
domination
occidentale
    

  
       JOHANNESBOURG, 21 août (Reuters) - L'élargissement du
bloc des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud),
envisagé lors du sommet de Johannesbourg cette semaine, attire
un groupe hétéroclite de candidats potentiels qui ont tous un
désir commun : rebattre les cartes d'un ordre mondial qui, selon
beaucoup, joue en leur défaveur.
    La liste des griefs est longue : pratiques commerciales
abusives, régimes de sanctions punitives, négligence des besoins
de développement des nations les plus pauvres, domination de
l'Occident riche sur les organismes internationaux comme les
Nations unies, le Fonds monétaire international ou la Banque
mondiale.
    Dans un contexte d'insatisfaction généralisée à l'égard de
l'ordre mondial, la promesse des BRICS de faire du groupe le
grand défenseur du "Sud global" a reçu un accueil favorable
depuis sa création.
    Plus de 40 pays ont exprimé leur intérêt à rejoindre les
BRICS, selon des responsables d'Afrique du Sud, qui accueillera
le sommet du 22 au 24 août. Parmi ces pays, près d'une vingtaine
ont fait une demande d'admission officielle.
    "Le besoin objectif d'un groupe comme les BRICS n'a jamais
été aussi grand", a déclaré l'ancien ministre sud-africain du
Commerce et de l'Industrie, Rob Davies, qui avait aidé son pays
à intégrer le bloc en 2010.
    "Les organismes multilatéraux ne sont pas des lieux où nous
pouvons aller et obtenir des résultats équitables et inclusifs."
    Les observateurs soulignent toutefois un bilan décevant qui,
selon eux, n'augure rien de bon quant à la capacité des BRICS à
répondre aux espoirs de leurs membres potentiels.
    "Il se peut qu'ils aient des attentes exagérées quant à ce
que l'adhésion aux BRICS apportera dans la pratique", a déclaré
Steven Gruzd, de l'Institut sud-africain des affaires
internationales.
    Bien qu'abritant quelque 40% de la population mondiale et un
quart du PIB mondial, les ambitions du bloc de devenir un acteur
politique et économique mondial ont longtemps été contrariées
par des divisions internes et un manque de vision cohérente.
    Les économies autrefois florissantes de ses membres,
notamment celle de la Chine, ralentissent. La Russie, membre
fondateur, est quant à elle confrontée à l'isolement en raison
de la guerre en Ukraine. 
    Le président Vladimir Poutine, qui fait l'objet d'un mandat
d'arrêt international pour crimes de guerre présumés, ne se
rendra pas à Johannesburg et n'y participera que virtuellement.
    
     
    MÉCONTENTEMENT DES PAYS EN DÉVELOPPEMENT
    Bien que les BRICS n'aient pas divulgué la liste complète
des candidats à l'élargissement, un certain nombre de
gouvernements ont publiquement fait part de leur intérêt.
    L'Iran et le Venezuela, sous le coup de sanctions, cherchent
à réduire leur isolement et espèrent que le bloc pourra soulager
leurs économies paralysées.
    "Les autres cadres d'intégration existant au niveau mondial
sont aveuglés par la vision hégémonique du gouvernement
américain", a déclaré à Reuters Ramón Lobo, ancien ministre des
Finances et gouverneur de la banque centrale du Venezuela.
    Selon les analystes, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes
unis voient dans les BRICS un moyen de jouer un rôle plus
important au sein des instances mondiales.
    L'Éthiopie et le Nigeria sont quant à eux attirés par
l'engagement du bloc en faveur de réformes aux Nations unies qui
donneraient plus de poids au continent africain.
    D'autres souhaitent des changements au sein de
l'Organisation mondiale du commerce, du Fonds monétaire
international et de la Banque mondiale.
    "L'Argentine a demandé avec insistance une reconfiguration
de l'architecture financière internationale", a déclaré à
Reuters un représentant du gouvernement argentin impliqué dans
les négociations d'adhésion aux BRICS.
     
    "BEAUCOUP DE PAROLES, BIEN MOINS D'ACTIONS"
    Les positions publiques prises par les BRICS reflètent déjà
bon nombre de ces préoccupations.
    Alors qu'ils cherchent à devenir un contrepoids à
l'Occident, dans le contexte des tensions entre la Chine et les
États-Unis et des retombées de l'invasion de l'Ukraine par la
Russie, l'augmentation du nombre de leurs membres pourrait
donner plus de poids au bloc et à son message de réforme
mondiale.
    Toutefois, à l'approche du sommet, les lacunes du groupe
sont au centre de l'attention.
    Les dirigeants des BRICS devraient discuter d'un cadre pour
l'admission de nouveaux membres. Cependant, si la Chine et la
Russie souhaitent aller de l'avant avec l'expansion, d'autres,
notamment le Brésil, s'inquiètent de la précipitation du
processus.
    La réalisation la plus concrète du bloc, la Nouvelle banque
de développement, ou "banque de développement BRICS", a vu le
rythme déjà lent de ses prêts entravé par les sanctions contre
la Russie, membre fondateur.
    Les petits pays qui espèrent un coup de pouce économique à
la suite de leur adhésion pourraient s'inspirer de l'expérience
de l'Afrique du Sud, dont les échanges commerciaux avec les
BRICS ont augmenté régulièrement depuis son adhésion, selon une
analyse de l'Industrial Development Corporation du pays.
    Néanmoins, cette croissance est en grande partie due aux
importations en provenance de Chine, et le bloc ne représente
encore qu'un cinquième du total des échanges bilatéraux de
l'Afrique du Sud. 
    Le Brésil et la Russie n'absorbent ensemble que 0,6% de ses
exportations et, l'année dernière, le déficit commercial de
l'Afrique du Sud avec ses partenaires des BRICS avait été
multiplié par quatre par rapport à 2010, pour atteindre 14,9
milliards de dollars.
    De tels résultats devraient faire réfléchir les pays
candidats, a déclaré Steven Gruzd.
    "Il est difficile de trouver des réalisations concrètes pour
les BRICS. Beaucoup de paroles, bien moins d'actions."
     

    
 (Reportage de Lucinda Elliott à Montevideo, Deisy Buitrago à
Caracas, Yousef Saba à Dubaï, Gustavo Palencia à Tegucigalpa,
Lamine Chikhi à Alger et Ahmed Eljechtimi à Rabat, version
française Stéphanie Hamel, édité par Kate Entringer)