Une "règle d'or" sur le déficit public ? Lecornu retoque la proposition du Medef et rappelle Patrick Martin aux réalités du Parlement
information fournie par Boursorama avec Media Services 07/05/2026 à 08:55

L'organisation patronale avait suggéré de graver le principe de limitation du déficit public dans la Constitution. Plus facile à dire qu'à faire, répond en substance le Premier ministre, qui rappelle la place prépondérante du Parlement en matière de révision constitutionnelle et l'absence de majorité sur laquelle pourrait s'appuyer l'exécutif.

Sébastien Lecornu, à Marseille, le 23 avril 2026 ( AFP / THIBAUD MORITZ )

"Les modifications de procédures que vous suggérez sont largement dans les mains des Assemblées parlementaires et non du gouvernement". Dans un courrier dont le contenu a été relayé mercredi 6 juin, Sébastien Lecornu a répondu sans détour à l'idée d'une "règle d'or" constitutionnelle soulevée par le patron des patrons Patrick Martin.

Le Medef avait envoyé, dans une lettre au Premier ministre datée du 10 avril, des propositions d'amélioration de la procédure budgétaire, passant notamment par l' établissement d'une "règle d'or constitutionnelle" sur le déficit public. Mais le locataire de Matignon explique que ces modifications de procédures relèvent du Parlement et que cette réforme "aurait peu de chances d'aboutir" étant donné qu'il ne dispose pas de majorité. En outre, avec une telle règle, "la gestion du Covid eut été impossible, sauf à recourir à des hausses massives d'impôts".

"Je vous encourage à les leur transmettre, même si, compte tenu de la situation politique actuelle, elles ont peu de chances d'aboutir", ajoute t-il encore.

Le "cap" du gouvernement reste inchangé

Sébastien Lecornu précise par ailleurs qu'il entend tenir l'objectif d'un déficit public sous les 3% du Produit intérieur brut (PIB) en 2029, malgré la menace d'une crise économique du fait de la flambée des prix des carburants. "Je vous confirme que le gouvernement dont j'ai la charge ne déviera pas du cap qu'il s'est fixé, revenir sous les 3% de déficit public en 2029", affirme le Premier ministre dans cette lettre datée de mardi et divulguée par Les Echos, en réponse à un courrier de Patrick Martin daté d'avril. Mais "l'exigence de redressement de nos finances publiques appelle à des responsabilités partagées. L'Etat y prendra toute sa part. J'attends la même mobilisation de l'ensemble des acteurs économiques", ajoute le chef du gouvernement.

Il juge par exemple "indispensable" de "conforter (l') efficacité" des dispositifs d'aide aux entreprises, même s'il considère "encore possible" d'alléger leurs impôts, notamment de production.

Alors qu'il doit présenter la semaine prochaine de nouvelles aides aux secteurs touchés par l'envolée des prix à la pompe, Sébastien Lecornu explique vouloir bâtir un budget "permettant de réduire notre déficit public l'an prochain, sans pour autant casser la fragile croissance qui est la nôtre, surtout dans le contexte international" actuel. Pour ce faire, il entend "mieux nourrir et structurer ces débats avec le Parlement, comme avec les partenaires sociaux", proposant de "renforcer (le) dialogue" avec le patronat en amont des échéances budgétaires. "Si vous souhaitez porter des propositions d'économies ou de réformes, le gouvernement est prêt à les instruire sans tabou", complète-t-il.

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A la mi-avril, le gouvernement avait abaissé légèrement sa prévision de croissance pour 2026 à 0,9%, contre 1% auparavant, et revu à la hausse celle de l'inflation en raison de la guerre au Moyen-Orient, tout en maintenant sa cible d'un déficit à 5% du PIB.