Une perturbation inhabituellement précoce du vortex polaire aux conséquences incertaines information fournie par AFP 06/11/2026 à 23:04
Des météorologues ont affirmé observer vendredi une perturbation exceptionnellement précoce du vortex polaire, qui augmente le risque de vagues de froid dans tout l'hémisphère nord, même si les conséquences sont encore incertaines.
Le vortex polaire est un vaste phénomène de vents très puissants circulant entre 10 et 50 km d'altitude au-dessus de l'Arctique durant l'hiver dans l'hémisphère nord.
Des variations dans son intensité et sa configuration (forme, température, etc.) peuvent avoir des conséquences sur la météo, entraînant par exemple une baisse importante des températures.
Ces vents se renforcent en automne jusqu'à atteindre leur pic en janvier. Le vortex polaire peut s'affaiblir dans la seconde partie de l'hiver, en général entre janvier et mars, permettant à de l'air extrêmement froid de descendre vers le sud et de toucher l'Europe, l'Amérique du Nord et l'Asie.
Mais selon les scientifiques, le vortex s'affaiblit déjà en ce début novembre.
El Niño
"À notre connaissance, il s'agit de la perturbation du vortex stratosphérique la plus précoce jamais observée", ont déclaré à l'AFP Tim Stockdale et Frederic Vitart du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF).
La perturbation du vortex "augmente considérablement les risques de vagues de froid dans les régions les plus peuplées de l'hémisphère nord, les États-Unis, l'Europe et l'Asie de l'Est", précise Judah Cohen, un climatologue du Massachusetts Institute of Technology, interrogé par l'AFP.
Une telle précocité "est exceptionnelle", abonde Grahame Madge, porte-parole du Met Office britannique. Une possible explication serait "l'amplitude du phénomène El Niño dans le Pacifique" cette année, ajoute-t-il.
El Niño est un phénomène naturel qui revient tous les deux à sept ans.
Les eaux de surface dans le centre et l'est de l'océan Pacifique équatorial se réchauffent à partir du printemps, ce qui entraîne les mois suivants des modifications majeures des régimes de vents, de pression et de précipitations à l'échelle mondiale.
Cette année, le phénomène est exceptionnellement puissant.
Pour leur part, Tim Stockdale et Frederic Vitart ont déclaré ne pas savoir d'où venait cette perturbation aussi précoce du vortex polaire, mais ont eux aussi pointé vers El Niño.
Une perturbation en novembre n'a été enregistrée que trois fois depuis le début des relevés dans les années 1950 : en 1958, 1968 et 2025, toutes le 28 novembre.
Réchauffement climatique
Comme cette perturbation survient très tôt, ses effets pourraient toutefois être "moins marqués" que lorsque la perturbation se produit en plein hiver, ajoute-t-il. Car "les températures dans les régions sources de ces masses d'air, comme la Sibérie ou l'Arctique, ne sont pas encore aussi basses qu'elles le seront en février".
Selon Judah Cohen, El Niño, qui a tendance à adoucir les hivers, pourrait également aider. Cela pourrait "modérer ou modifier" les impacts d'un vortex polaire précoce, tout en précisant que cela reste incertain.
À ce stade, Météo France estime que les conséquences pour la météo restent "très incertaines" en France, et "dépendront de la façon dont la perturbation va évoluer".
Le phénomène pourrait "renforcer d'ici à plusieurs semaines" les différences de températures entre le nord et le sud de l'Europe, avec un temps plus froid au nord et plus chaud au sud, ajoute l'agence française.
Le réchauffement climatique peut aussi jouer un rôle, selon Judah Cohen, bien qu'aucune étude n'ait permis d'établir un lien.