Dublin soupçonne une "campagne coordonnée" après une vague d'alertes à la bombe en Europe information fournie par AFP 06/11/2026 à 16:03
Le gouvernement irlandais a dénoncé vendredi une "probable campagne coordonnée" de fausses alertes à la bombe visant des vols commerciaux et des médias, après des dizaines d'alertes similaires dans le transport aérien en Europe cette semaine.
Les locaux de plusieurs médias irlandais ont été évacués vendredi après ces "menaces très graves", qui "interviennent dans le sillage des perturbations de l'aviation en Europe, visée par des menaces similaires, et il semble probable qu'il s'agisse d'une campagne coordonnée visant à engendrer des perturbations", a déclaré le gouvernement dans un communiqué.
La chaîne britannique Sky News a indiqué à l'AFP avoir reçu une "menace visant sa sécurité", sans vouloir faire davantage de commentaire.
En France, la chaîne TF1 a également été victime d'une fausse alerte à la bombe, a-t-elle indiqué à l'AFP.
Côté transport aérien, onze vols au départ ou à destination de Prague et de Sofia ont fait l'objet d'une alerte à la bombe, ont déclaré à l'AFP l'aéroport de la capitale tchèque et le ministère bulgare des Transports.
Quatre nouvelles alertes à la bombe ont été également émises vendredi sur des avions survolant le territoire français, qui ont atterri "sans encombre" et sur lesquels les services de déminage "procèdent aux inspections de sécurité", ont annoncé les autorités.
Un vol de la compagnie Ryanair qui devait partir de Lisbonne en direction de Rome vendredi a aussi été visé par une "menace de bombe" qui s'est avérée sans fondement, d'après les autorités portugaises.
Après de fausses alertes similaires en début de semaine, au moins 20 vols avaient été déjà visés par des alertes à la bombe jeudi. Dans tous ces cas, aucun explosif n'a été retrouvé.
"opérations hybrides" ?
Cette série de fausses alertes, difficiles à attribuer, a pour conséquence de mobiliser les services de sécurité et de semer la peur, à moindre coût, soulignent les experts.
Sans préjuger de l'identité des auteurs, "ce type de mode opératoire: sous le seuil de la guerre ouverte, très facile à mettre en œuvre, et avec un impact très important, est en adéquation avec celui des opérations dites hybrides contre les Etats européens", a réagi auprès de l'AFP Jean-Marc Rickli, directeur des risques globaux et émergents au Centre de Politique de Genève.
"Les effets sont exactement ceux qui sont recherchés par les opérations dites hybrides. Cet impact est double : direct sur les vols ciblés et le ciel européen, et psychologique en contribuant à créer un sentiment d’insécurité dans les sociétés européennes, sans compter que ces opérations sont très coûteuses à contrer par rapport au coût de production quasi nul de la menace", selon lui.
"Bien sûr, de telles menaces ne suffisent pas à déstabiliser tout le réseau continental du transport aérien. Mais huit ou douze avions concernés en même temps, ça commence à faire du bruit. On est obligé d'inspecter chacun d'entre eux", explique Sébastien Caron, expert indépendant en sécurité aérienne.
Le flou entourant les auteurs de ces alertes rend d'autant plus difficile de trouver une parade.
Des revendications envoyées jeudi aux aéroports de Rome et de Sofia émanaient des "combattants de l'État masculin". Cela semble renvoyer au nom d'un mouvement ultranationaliste russe, sans qu'il soit possible de vérifier le lien.
Les Européens accusent régulièrement la Russie, et parfois l'Iran, de conduire des opérations de déstabilisation contre eux sur leur territoire, qu'il s'agisse de campagnes de désinformation, de sabotage ou de cyberattaques.
"éviter de sur-réagir"
Ces dernières années "ont émergé des situations d'affrontements intermédiaires, sous le seuil des conflits armés, qui impliquent des Etats dans la conduite d'actions hostiles et de déstabilisation envers d'autres Etats", parfois au travers de proxys, souligne une source sécuritaire européenne, citant "actions cyber, manoeuvres informationnelles, d'intimidations, ou encore l'instrumentalisation des flux migratoires".
Selon le chef de la police londonienne, Mark Rowley, il va s'agir de garder la tête froide.
"Nous avons déjà connu cela par le passé. Quand nous faisions face aux menaces terroristes liées à l'IRA (groupe paramilitaire irlandais, ndr), il y a des décennies, nous parlions de +terrorisme à 10 pence+ : un faux appel annonçant une bombe pouvait perturber toute une ville. Nous avons dû apprendre à vivre en faisant la part entre ce qui était un canular et ce qui était réel", a-t-il déclaré vendredi sur la radio BBC 4.
"Dans ce nouvel environnement de menaces, avec des acteurs malveillants aux quatre coins du monde, parfois téléguidés par des États hostiles, nous allons devoir adapter cette même méthode, pour éviter de sur-réagir à chaque message que nous recevons en ligne".