Une étoile verte récemment découverte émerveille les astronomes
information fournie par Reuters 16/10/2026 à 13:33

Représentation artistique de la naine blanche froide WDJ1330+6435

Pour la première fois, des astronomes ont identifié une étoile verte, un vestige stellaire dense ‌appelé "naine blanche", qui a pris une teinte fantomatique de vert chartreuse après avoir absorbé des débris rocheux provenant de planètes qui, autrefois, gravitaient autour d’elle.

La couleur d’une étoile dépend généralement de sa ​température: les étoiles les plus froides apparaissent orange, celles semblables au Soleil sont blanches, tandis que les plus chaudes affichent un bleu pâle.

Mais le phénomène est différent pour les naines blanches, vestiges denses du cœur d’étoiles de faible ou moyenne masse ayant épuisé leur combustible nucléaire et expulsé leurs couches externes. La plupart sont blanches, comme leur nom l’indique, mais l’évolution de leur composition ​chimique peut leur conférer des couleurs plus rares.

La naine blanche verte récemment identifiée, baptisée WD J1330+6435, se trouve dans la Voie lactée, à environ 280 années-lumière de la Terre, dans la constellation du Dragon. Une année-lumière correspond à la distance parcourue par ​la lumière en un an, soit 9.500 milliards de kilomètres.

"Nous avons d’abord été intrigués par cette ⁠naine blanche car des fragments de matière planétaire sont tombés à sa surface, enrichissant ses couches externes en éléments tels que le calcium, le lithium et, en particulier, ‌le sodium", a déclaré l’astrophysicien Mark Hollands, de l’université de Warwick en Angleterre, auteur principal de l’étude publiée dans la revue RAS Techniques and Instruments.

Dans les étoiles ordinaires, le sodium absorbe une longueur d’onde très précise de la lumière orange, la même teinte qui donne aux lampadaires au sodium leur couleur ​caractéristique.

"Dans cette naine blanche, toutefois, la densité est si élevée que les ‌atomes de sodium sont constamment bombardés par les atomes d’hélium environnants, ce qui modifie leurs niveaux d’énergie", a expliqué Mark Hollands.

"Il ⁠en résulte que les atomes de sodium n’absorbent plus une seule longueur d’onde étroite de l’orange, mais les longueurs d’onde du jaune, de l’orange et d’une partie du rouge. On se retrouve alors avec une étoile qui émet une magnifique lueur vert chartreuse, ce qui serait impossible pour des étoiles de type solaire", a-t-il ajouté.

Cette découverte s’inscrit dans un projet visant à déterminer les couleurs ⁠des naines blanches telles que l’œil humain ‌les percevrait. Ces astres ont généralement une masse équivalente à environ la moitié de celle du Soleil, comprimée dans un volume comparable à celui de ⁠la Terre.

"Comme les naines blanches sont des étoiles extrêmement denses — elles ont à peu près la taille de la Terre, mais contiennent environ 165.000 fois sa masse —, même une petite quantité ‌de sodium bloque une grande partie de la lumière orange émise par l’étoile", a déclaré Boris Gänsicke, astrophysicien à l’université de Warwick et coauteur de l’étude.

"En fin de ⁠compte, cela ressemble beaucoup au mélange des couleurs sur la palette d’un peintre. On part de quelques couleurs de base, puis ⁠on les mélange pour obtenir toutes les nuances ‌nécessaires à la peinture. Si l’on retire une partie de la couleur entrant dans le mélange, le résultat final changera", a-t-il expliqué.

UNE ÉTOILE ROSE SAUMON

Les chercheurs ont étudié 151 naines blanches situées ​à moins de 65 années-lumière de la Terre, dont la couleur moyenne était le blanc.

L’une d’elles se ‌distinguait par une couleur particulièrement rare, un rose saumon qui pourrait être la nuance la plus rouge jamais observée chez une étoile. Baptisée WD J1011+2845, elle se trouve à 48 années-lumière de la Terre, dans la constellation ​du Petit Lion. Cette fois, ce n’est pas le sodium qui vient modifier la palette stellaire, mais le carbone.

"Plutôt que d’être projeté sur l’étoile, le carbone, dans ce cas précis, provient de ses profondeurs", a expliqué Boris Gänsicke.

Les données comprenaient des observations spectrales du Sloan Digital Sky Survey, réalisées à l’aide d’un télescope situé au Nouveau-Mexique, ainsi que des modèles de spectres de ⁠naines blanches élaborés par les chercheurs.

L’équipe a constaté que les couleurs se répartissaient en groupes distincts selon la composition de l’atmosphère. Les naines blanches riches en carbone étaient généralement roses ou violettes. Celles enrichies par les débris de systèmes planétaires détruits tiraient vers le jaune, tandis que les astres plus froids dotés d’atmosphères mêlant hydrogène et hélium avaient tendance à présenter des teintes cyan ou bleu pâle.

Au total, elles couvraient presque toutes les couleurs du spectre.

Si WD J1330+6435 est le premier exemple documenté d’une étoile verte dans le monde réel, les étoiles vertes ont déjà existé dans la science-fiction, notamment dans le récent film adapté de bande dessinée "Supergirl".

"Cela montre que l’Univers est parfois aussi étrange que tout ce que la science-fiction peut imaginer", a conclu Mark Hollands.

(Reportage ​Will Dunham, version française Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin)