"Une chute phénoménale du niveau de français" : les universités multiplient les cours obligatoires pour leurs étudiants à la sortie du bac
information fournie par Boursorama avec Media Services 09/06/2026 à 13:51

Les problèmes dépassent la simple orthographe : juxtapositions d'idées sans articulation, confusion entre cause et conséquence, exemple et argument, indicatif et conditionnel...

( AFP / FREDERIC DIDES )

Constatant de plus en plus de difficultés de compréhension des énoncés ou de rédaction chez leurs étudiants, de nombreuses universités imposent des cours de français obligatoires, censés aider ces derniers à atteindre le niveau nécessaire pour poursuivre leur cursus.

"On assiste à une chute phénoménale du niveau de français" , assure à l' AFP Arnaud Thauvron, vice-président chargé de la formation de l'Université Paris-Est Créteil (Upec) et coresponsable d'une licence de management international, affirmant que ce constat fait "consensus" parmi ses collègues.Comme de nombreux enseignants-chercheurs interrogés, il rapporte des difficultés de compréhension des énoncés ou de rédaction : des juxtapositions d'idées sans articulation, une confusion entre cause et conséquence, exemple et argument, indicatif et conditionnel, proposition principale et subordonnée.

Pour essayer d'y remédier, de plus en plus d'universités ont recours à des modules en ligne de maitrise du français, des exercices à faire en autonomie, ou parfois accompagnés en cours . Une tendance entamée depuis quelques années, bien avant que le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, n'annonce vouloir durcir la notation des copies du prochain baccalauréat, "premier diplôme de l'enseignement supérieur" qui "doit nécessairement refléter un niveau de langue correct".

S'il existe des évaluations nationales de niveau au CP, en sixième et en seconde, il n'en existe plus dans le supérieur.

Une trentaine d'universités et environ 200.000 étudiants utilisent ainsi aujourd'hui écri+, plateforme publique de formation en expression et compréhension écrites, développé avec l'Agence nationale de la recherche (ANR) depuis 2018. Face au "taux d'encadrement en baisse", l'outil numérique permet de "toucher la masse" des étudiants, souligne Jean-François Caulier, économiste et vice-président chargé de la formation et du numérique à Paris-1 Panthéon Sorbonne.

"Difficultés qui demeurent"

Ana Chiaruttini, professeure des universités en sciences de l’éducation, a participé à son élaboration et à son déploiement à l'université Nice-Côte d'Azur. "La maîtrise de la langue est discriminante. C'est pour ça qu'il faut travailler sur cette maîtrise", souligne-t-elle. Sur trois ans de licence, il y a eu "une progression des étudiants, avec néanmoins des difficultés qui demeurent".

"Le grand problème c'est que notre école élémentaire et le secondaire ne sont pas capables de réduire les inégalités ", souligne-t-elle, rejetant les discours selon lesquels "certains étudiants n'auraient plus leur place à l'université". Entre 1960 et aujourd'hui, le nombre d'inscrits à l'université est passé de quelque 215.000 à environ 1,7 million, en raison notamment de la croissance démographique et de l'accès élargi au baccalauréat. Le profil des étudiants s'est donc diversifié.

"Si on se focalise sur l'orthographe et la grammaire, au bac, au brevet ou dans les études supérieures, le premier effet sera une discrimination sociale puisqu'il y a un lien très direct entre la maîtrise de l'écrit correct et le milieu social", explique Christophe Benzitoun, directeur du département des sciences du langage à Nancy, militant pour une réforme de l'orthographe.

Dans les universités, les enseignants sont libres de prendre en compte la qualité de la langue. La plupart le font, sans barème précis. "Les fautes d'orthographe c'est une chose, mais à partir du moment où vous faites des fautes de syntaxe, vous exprimez moins bien les résultats de votre recherche, donc vous êtes de facto pénalisé", résume Benjamine Toussaint, maîtresse de conférences en littérature britannique et vice-présidente chargée du développement des compétences transversales à Sorbonne Université.

Test de français à l'entrée en licence

Un test de français y est obligatoire depuis deux ans à l'entrée de licence, en lettres comme en sciences. Selon les résultats, les étudiants doivent suivre des heures avec écri+.

À partir de septembre, à l'Upec, la validation d'un module de français sera obligatoire pour tous les élèves de licence, quel que soit le cursus. Il sera à suivre en ligne puis sanctionné par un examen sur table.

Une autre plateforme privée d'entrainement et de certification existe depuis 2008, le Projet Voltaire. La société revendique parmi ses clients 900 établissements et 500.000 utilisateurs dans l'enseignement supérieur.

"Chaque année, il y a une progression forte du nombre d'établissements utilisateurs, ce qui correspond à une exigence des employeurs" en matière d'expression écrite et orale, même à l'ère de l'IA, estime Philippe Armand, son président.

Mais à ce jour, aucune étude d'ampleur sur l'efficacité d'écri+ ou du Projet Voltaire n'a été menée par le ministère de l'Enseignement supérieur.