Une aide américaine à la santé contre les données de ses citoyens : le Ghana rejette un deal trop exigeant avec les Etats-Unis information fournie par Boursorama avec Media Services 28/04/2026 à 16:50
Le projet d'accord portait sur une enveloppe de 109 millions de dollars sur cinq ans.
Après l'effondrement de l'agence USAID, précipité par Donald Trump dès son retour à la Maison Blanche, l'aide américaine se négocie désormais au coup par coup, avec des conditions parfois dissuasives. Le Ghana a ainsi mis fin aux négociations en vue d'un accord d'aide pluriannuel avec les États-Unis après que Washington a exigé l'accès aux données personnelles de ses citoyens, a indiqué une source proche du gouvernement de ce pays d'Afrique de l'Ouest, mardi 28 avril.
Les États-Unis ont conclu de nouveaux accords bilatéraux d'aide dans le domaine de la santé à travers l'Afrique après que l'administration Trump a démantelé l'agence USAID et réduit le rôle des ONG. On ne savait pas clairement ce que cet accord de financement en discussion avec le Ghana couvrait précisément, ni à quoi se rapportent les données personnelles.
Ambiance "hostile"
"L'accord est mort", a déclaré la source, en précisant que l'équipe de négociation ghanéenne comprenait des responsables de la santé, ce qui laisse penser que ce secteur était concerné.
L'équipe américaine est devenue "hostile" et a exercé des "pressions" après que le Ghana a rejeté la demande d'accès aux données personnelles, a indiqué la même source à l'AFP. Sollicité par l'AFP, un porte-parole du ministère de la Santé du Ghana n'a pas répondu dans l'immédiat.
L'accord aurait apporté au Ghana (environ 34 millions d'habitants) un financement de 109 millions de dollars sur cinq ans, selon une source qui a requis l'anonymat, sans confirmer les domaines précis sur lesquels portait la proposition en négociation.
Le département d'État américain "ne divulgue pas les détails des négociations bilatérales en cours", a déclaré un porte-parole dans un communiqué envoyé par courriel à l'AFP, laissant entendre que ces fonds auraient servi à "lutter contre le VIH/sida, le paludisme, la tuberculose et d'autres maladies infectieuses". Le financement proposé au Ghana était bien inférieur aux 2,5 milliards de dollars et 2,1 milliards de dollars offerts respectivement au Kenya et au Nigeria.
Préoccupations
Au moins 32 accords de ce type, pour un montant d'environ 20,6 milliards de dollars dans le cadre de la stratégie "America First" pour la santé mondiale, ont été signés à ce jour, selon le département d'État américain.
Plus d'une douzaine de pays africains ont signé des accords, notamment le Nigeria, le Kenya, le Rwanda, l'Ouganda, le Lesotho et l'Eswatini. Le Zimbabwe a rejeté une proposition similaire en février, estimant que les conditions menaçaient son autonomie. En Zambie, un projet d'accord en matière de santé avec des contreparties en accès aux ressources naturelles et aux données n'a pas encore abouti.
L'accord conclu avec le Kenya – le premier de ces accords bilatéraux – a été suspendu par un tribunal une semaine après sa signature en décembre, en raison de préoccupations concernant le partage de données personnelles. Les relations entre Accra et Washington avaient été cordiales ces derniers mois.
Elles avaient connu un regain après que le Ghana a signé en septembre un accord pour accueillir des ressortissants d'Afrique de l'Ouest expulsés des États-Unis, Washington ayant levé ses restrictions de visa — instaurées en juin — à l'encontre des Ghanéens. Washington est également revenu sur le tarif douanier de 15% imposé en novembre sur le cacao et les exportations agricoles du Ghana.
Le Ghana, deuxième producteur mondial de cacao, dépend fortement des recettes d'exportation pour stabiliser sa monnaie et financer ses dépenses publiques. Les États-Unis ont versé quelque 219,4 millions de dollars et 138,5 millions de dollars au Ghana en 2024 et 2025 respectivement pour financer des projets agricoles, de santé et d'autres initiatives, selon le site ForeignAssistance.gov. "Nous continuons à rechercher des moyens de renforcer le partenariat bilatéral entre nos deux pays", a déclaré le département d’État américain.