Un tribunal néerlandais ouvre une enquête sur l'entreprise chinoise de semi-conducteurs Nexperia
information fournie par AFP 11/02/2026 à 13:19

Le siège de Nexperia, entreprise chinoise spécialisée dans la fabrication de puces électroniques basée aux Pays-Bas, à Nimègue (est) le 13 janvier 2026 ( ANP / ROB ENGELAAR )

Un tribunal néerlandais a ordonné mercredi l'ouverture d'une enquête officielle sur des allégations de mauvaise gestion chez Nexperia, entreprise chinoise spécialisée dans la fabrication de puces électroniques basée aux Pays-Bas.

"La cour estime qu’il existe des raisons valables de douter de la solidité de la politique et de la conduite des affaires chez Nexperia et ordonne une enquête", a déclaré la Chambre des sociétés d’Amsterdam dans un communiqué.

L'entreprise, dont la maison mère est le chinois Wingtech, est au cœur d'une lutte mondiale pour le contrôle des technologies critiques dans le domaine des semi-conducteurs.

L'enquête devrait durer plusieurs mois.

En octobre, la Chambre des sociétés a suspendu le directeur général chinois de l'entreprise, Zhang Xuezheng, aussi appelé M. Wing, mettant en avant des inquiétudes quant à sa gestion.

Dans une décision d'urgence, le tribunal a également transféré toutes les actions, à l'exception d'une seule, à un administrateur judiciaire indépendant.

Ces mesures restent en vigueur avec l'ouverture de l’enquête, a indiqué le tribunal.

"Le directeur demeure suspendu. La nomination d’un directeur intérimaire chez Nexperia et le transfert des actions de Nexperia restent en vigueur", a déclaré le tribunal dans un communiqué.

La justice a estimé qu’il y avait "une conduite négligente impliquant un conflit d’intérêts", ajoutant que M. Wing avait modifié la stratégie de l’entreprise sans consulter les autres membres du conseil d’administration, refusé d’honorer des accords avec les autorités néerlandaises et restreint les pouvoirs des dirigeants européens de Nexperia.

"Politique de la terre brûlée"

Lors des audiences le mois dernier, les avocats de Nexperia ont accusé Wingtech de mener une "politique de la terre brûlée" dans sa tentative de prendre les rênes de l’entreprise.

L’un des avocats de Nexperia, Jeroen van der Schrieck, a déclaré que Wingtech "faisait tout pour déstabiliser Nexperia, déjà sous pression".

Les représentants de Wingtech ont rétorqué que l’intervention néerlandaise était "incompréhensible" et que la querelle avait "dégénéré inutilement".

M. Wing n’a pas assisté aux audiences du mois dernier. Son avocat a indiqué que l’affaire avait affecté sa santé.

En plus de la décision de justice, l'État néerlandais s'est immiscé dans le conflit, utilisant pour la première fois une loi datant de la guerre froide pour prendre le contrôle de l'entreprise.

Cette décision avait provoqué la fureur à Pékin, qui avait aussitôt ordonné le blocage des exportations de produits Nexperia depuis la Chine.

Les semi-conducteurs sont fabriqués en Europe, puis envoyés en Chine pour la finition, avant d'être réexportées vers les clients en Europe et sur d'autres marchés.

Des constructeurs automobiles européens, tels que Volkswagen, ont averti qu'une pénurie de ces semi-conducteurs pourrait entraîner des arrêts de production, car elles sont indispensables à l'électronique embarquée.

Fin octobre, à la suite de négociations commerciales entre le président chinois Xi Jinping et son homologue américain Donald Trump, Pékin a accepté de reprendre ses exportations.

En réponse, le gouvernement néerlandais a annoncé la suspension de sa procédure d'expropriation d'urgence.

Les États-Unis ont quant à eux inscrit Wingtech sur l’une de leurs "listes d’entités" en décembre dernier, Washington estimant qu’elle agissait contre ses intérêts de sécurité nationale et de politique étrangère.