Un "très grand risque pour la sécurité nationale" : un ex-membre de la DGSE risque 4 ans de prison pour avoir livré des données hypersensibles information fournie par Boursorama avec Media Services 16/01/2026 à 16:37
Le tribunal correctionnel de Paris doit rendre sa décision le 23 février.
Une peine de quatre ans d'emprisonnement a été réclamée jeudi 15 janvier contre un ancien ingénieur de la DGSE, soupçonné d'avoir extrait et livré des données classifiées à son nouvel employeur, une start-up allemande, ce qu'il nie.
La Direction générale de la sécurité extérieure l'avait mis en cause en janvier 2024, après avoir constaté qu'il avait téléchargé "des informations de haute sensibilité, susceptibles de caractériser un commencement de compromission". Pour les services secrets, le préjudice était de "cinq sur cinq", avec un "très grand risque pour la sécurité nationale", tant le volume des documents classifiés était "inouï".
Reste qu'à la barre du tribunal, le mis en cause ne reconnaît "aucune" infraction. Le transfert des données sur son ordinateur personnel? Tel qu'il l'avait déjà fait "des dizaines de fois" lorsqu'il partait en mission, ou des "archives" de son propre travail.
Reconversion dans les capsules spatiales
Mais, pour la procureure, le trentenaire "tente depuis le début de nous embobiner, nous indique que c'est uniquement par attachement à ses propres données qu'il (les) collecte, mais il ne peut expliquer pourquoi il en vient à dérober les données d'un domaine dans lequel il ne travaillait pas". Car, selon la DGSE, plusieurs documents portaient non pas sur le coeur d'activité de son ancien salarié, mais sur, notamment, le développement satellitaire. "Une coïncidence", ironise la représentante de l'accusation, qui y voit un mobile.
Car l'ingénieur avait fini par quitter la DGSE en mars 2025, sur fond de mésentente avec ses supérieurs, pour rejoindre une start-up munichoise spécialisée dans les capsules spatiales: d'où le soupçon de "collecte et livraison" de données protégées "à une entreprise étrangère", une infraction pour laquelle le Code pénal prévoit dix ans d'emprisonnement. Sauf que, rappelle le jeune homme à la barre, son poste en Allemagne ne concernait pas le satellitaire mais "les liaisons radiofréquence", deux domaines qui n'ont selon lui à peu près rien à voir. Plus généralement, il conteste l'absence de preuve que des documents classés défense eurent fait partie des données qu'il a pu extraire, et pour cause: seule la DGSE peut l'affirmer, les juges comme les parties n'ayant par définition pas connaissance des documents visés. "Nous ne sommes pas habilités secret défense, nous sommes tenus par ce que nous indique la DGSE. C'est elle qui a fait ce travail d'analyse", a reconnu la procureure. De même qu'elle a admis qu'"on ne pourra jamais prouver" que le prévenu a transmis des données secrètes à son nouvel employeur munichois.