Un rapport dénonce des "violences systémiques" à la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe
information fournie par AFP 09/07/2026 à 11:09

L'enceinte de la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe, dans l'Orne, le 14 octobre 2025 ( AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER )

La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) pointe du doigt jeudi des "violences systémiques" au sein de la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe (Orne), dotée d'un quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO).

"Il ressort des constats effectués et des témoignages reçus – tant de personnes détenues que de professionnels et intervenants – que des violences systémiques sont commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire de détention", estime la CGLPL dans ce rapport sévère, dont les "recommandations en urgence" ont été transmises le 9 juin au ministre de la Justice.

Dans une lettre de Gérald Darmanin adressée mercredi à Dominique Simonnot, dont l'AFP a eu connaissance, le Garde des Sceaux indique que "à ce jour, aucun référé-liberté, aucun recours pour conditions indignes de détention, ni aucune plainte pénale" n'a permis de "constater une atteinte avérée aux droits fondamentaux des personnes détenues" au sein de l'établissement.

Le ministre y répond point par point aux critiques émises par la Contrôleure des prisons, assurant du "respect des exigences légales, éthiques et sécuritaires" au sein du QLCO.

Après une visite menée du 4 au 7 mai avec une équipe composée de six contrôleurs, la Contrôleure générale décrit un système carcéral fait de brimades, violences, humiliations et abus de pouvoir, notamment au QLCO.

Au moment de l'inspection, 38 personnes étaient incarcérées dans ce quartier ultra-sécurisé créé à l'automne 2025 après la loi contre le narcotrafic et d'une capacité de 40 places.

Les agents du QLCO, mais aussi du quartier d'isolement ou de l'équipe locale de sécurité pénitentiaire (ELSP), sont en permanence cagoulés, ce qui ne permet pas aux détenus "d'identifier les agents fautifs", créant ainsi un "sentiment d'impunité", relève notamment ce document.

Ainsi, des fouilles "sont humiliantes ou brutales" et "donnent parfois lieu à des attouchements au niveau des fesses et des parties génitales des détenus".

Certaines pratiques de surveillants relèvent "d’une logique d’intimidation et d’abus de pouvoir. Dès 7H00, la prise de service peut s’accompagner de cris dans les coursives, de coups portés dans les portes, d’interpellations agressives ou d’insultes. Des mots-clés désincarnés sont lancés aux détenus : "Parloir", "Fenêtre", "Promenade"...", poursuit le rapport.

La nuit, certains contrôles à l’œilleton servent "de prétexte" à des réveils volontaires par "allumage de la lumière, coups de pied dans la porte ou injonctions adressées aux occupants des cellules".

"Atteinte à la dignité"

Dominique Simonnot, Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, à Paris, le 1er juillet 2026 ( AFP / JOEL SAGET )

En outre, des placements au quartier disciplinaire "s'accompagnent de propos et d'attitudes de surveillants volontairement déclencheurs d'incidents qui se soldent parfois par des actes violents", pointe le rapport.

"Plusieurs témoignages concordants ont rapporté une pratique consistant à placer les éléments des repas dans une corbeille tenue en hauteur en défiant le détenu de s’en saisir sans toucher ladite corbeille, sous peine de ne pas recevoir de nourriture et de subir des violences", dénonce le rapport de la CGLPL, autorité administrative indépendante chargée de défendre les droits fondamentaux dans les prisons.

"Par leur nature et leur accumulation, ces faits portent gravement atteinte à la dignité des personnes détenues et sont susceptibles de relever de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme", relatif à l'interdiction de la torture. "Ils doivent cesser immédiatement", tance la CGLPL.

Elle demande à l'administration pénitentiaire une inspection qui devra "clarifier les responsabilités de chacun dans les agissements constatés" et "prévenir leur réitération".

Une mission de contrôle interne et d'évaluation de la doctrine relative aux QLCO prévoit un déplacement à Condé-sur-Sarthe "dès l'été 2026", a indiqué M. Darmanin dans son courrier.

Ces recommandations interviennent alors qu'une enquête est "en cours" pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique après la plainte de six détenus de Condé-sur-Sarthe.

Ces détenus accusent la direction et les équipes de Condé-sur-Sarthe de volontairement "humilier" et "déshumaniser" les personnes incarcérées au QLCO, afin de briser leur résistance, selon la plainte dont l'AFP a eu connaissance début juin.

"Le contenu du rapport ne m'étonne absolument pas", a réagi leur avocate, Marie Violleau. "Ce qui est dénoncé, ce sont des violences systémiques, de l'intimidation - ce sont des infractions pénales", souligne-t-elle.

L'objectif des QLCO est d'isoler des détenus perçus par les autorités comme haut placés dans la criminalité organisée, selon un régime de détention strict inspiré de la lutte antimafia en Italie.