Un président au Smic? La proposition de Ruffin entre populisme et devoir d'exemplarité information fournie par AFP 14/02/2026 à 10:31
Un président ne devrait pas toucher tout ça. C'est en substance le message porté par François Ruffin qui, pour son annonce de candidature, a assuré que, lui à l'Elysée, il se paierait au Smic. De quoi s'attirer des accusations de populisme et démagogie.
Arguant que le chef de l'Etat est déjà logé, nourri et blanchi et que son salaire est comme de l'"argent de poche", le député de la Somme entendrait faire passer la rémunération présidentielle d'environ 16.000 euros brut mensuels à 1.800 euros brut.
Une annonce dans la continuité de sa décision de se payer au Smic depuis son arrivée à l'Assemblée.
"Lorsque je me suis présenté en 2017, les gens chez moi disaient que je faisais ça pour l'argent. Je voulais montrer que c'était faux", rembobine le fondateur de Debout, engagé dans le processus de primaire de la gauche pour 2027.
Mais son idée ne séduit pas les familiers du palais présidentiel.
"C'est complètement démago", tacle un proche d'Emmanuel Macron.
Reconnaissant auprès de l'AFP un "appel louable à la modestie et à l'économie pour l'exercice de la fonction présidentielle", François Hollande voit quand même des "limites" à cette idée. "Sauf à vouloir vivre hors de l'Elysée sans chauffeur ni protection et en faisant soi-même sa cuisine", dit-il.
"Ce qui est attendu d'un président, c'est d'abord de changer la vie des Français plus que la sienne", ajoute l'ancien président socialiste.
- Populisme de gauche -
Surtout, grâce à ses livres et ses films, François Ruffin peut compter sur un matelas qui lui permet de ne se payer qu'au salaire minimum.
"Il risque de s'exposer à des critiques qui vont le renvoyer à son appartenance à la bourgeoisie, de fait, et à son origine sociale et sa condition de privilégié", prévient le politologue Christian Le Bart.
"Moi, j'ai du stock, j'ai +Merci patron+ (son documentaire, ndlr). Ca a été mon ticket de loto. Le Smic, la précarité, je l'ai connu, (...) et je n'en fais pas, loin de là, un idéal. Avec mon train de vie modeste, oui, je suis tranquille pour un bout de temps", assume l'intéressé.
Et les accusations en démagogie glissent sur l'élu picard.
"C'est une proposition bélier qui vient poser la question de quels métiers doivent être bien rémunérés. Ça interroge sur la place de l'argent dans le monde politique", justifie-t-il.
Lui, populiste? "J'assume le terme", rétorque-t-il, "quand il s'agit de la critique des élites qui ont trahi le pays depuis 40 ans".
"Il y a une part de démagogie inhérente à toute forme de choix politique", décrypte l'historien et politologue Marc Lazar.
"Le populisme intègre la démagogie et la pousse à l'excès. Et il y ajoute cette opposition entre un peuple censé être homogène et des élites corrompues", ajoute-t-il.
- Mujica, Trump ou Aulas? -
Pour appuyer sa proposition, François Ruffin convoque la figure de l'ancien président uruguayen de gauche Pepe Mujica, qui vivait avec le salaire moyen de son pays et avait refusé les avantages liés à sa fonction.
Mais d'autres exemples, plus récents, ne proviennent pas de sa famille politique.
En 2016, le milliardaire Donald Trump s'était notamment fait élire aux Etats-Unis sur la promesse de ne pas toucher son salaire.
Plus récemment, à Lyon, c'est l'homme d'affaires millionnaire et ancien patron du club de foot de l'OL, Jean-Michel Aulas, qui a promis de renoncer à ses indemnités de maire s'il était élu.
"Au début du XXe siècle, c'est la gauche qui poussait pour l'indemnisation politique, pour permettre aux classes populaires de devenir parlementaires. Et la droite, de manière un peu hypocrite, refusait puisque leurs arrières étaient assurés, c'était des bourgeois et des notables", note Christian Le Bart.
Le débat intervient alors que les polémiques autour de la déconnexion entre les responsables politiques et la réalité des Français se multiplient.
Comme quand la candidate Reconquête à la mairie de Paris, Sarah Knafo, ne connait pas le prix du passe Navigo ou que l'ancien ministre socialiste de l'Intérieur Daniel Vaillant se plaint de ne plus avoir de chauffeur payé par l'Etat, près de 25 ans après son départ de Beauvau.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a en effet publié un décret supprimant les avantages "à vie" de ses précédecesseurs et ex-ministres de l'Intérieur.
"Les avantages des politiques ne sont plus compris par la population aujourd'hui", souligne Marc Lazar.
"La proposition de Ruffin peut faire mouche dans ce contexte", complète Christian Le Bart.