Un ostéopathe condamné à 17 ans de réclusion pour des viols et agressions sexuelles en série information fournie par AFP 10/06/2026 à 15:42
Décrit par l'accusation comme un "prédateur", il avait affirmé, sans convaincre, avoir agi dans un but thérapeutique: un ostéopathe jugé à Strasbourg pour viols et agressions sexuelles sur 29 patientes a été condamné mercredi à 17 ans de réclusion criminelle.
Les juges ont notamment retenu le "caractère sériel des faits" qui étaient reprochés à Pierre Garitte, 37 ans.
Le praticien se voyait reprocher des viols sur six patientes, aujourd'hui âgées de 30 à 83 ans, des agressions sexuelles sur 21, et à la fois des viols et agressions sexuelles sur deux dernières patientes.
Le trentenaire, qui comparaissait libre sous contrôle judiciaire depuis le début de son procès le 1er juin, devait passer mercredi soir sa première nuit en prison.
La cour a également prononcé à son encontre une interdiction d'exercer la profession d'ostéopathe.
Il n'a pas écopé de la peine maximale de 20 ans, requise par l'avocate générale. La cour a tenu compte de son "évolution" au cours du procès, puisqu'il a "admis l'absence (...) de consentement" des victimes, a précisé la présidente Stéphanie Issenlor.
Son défenseur Yves Sauvayre a indiqué à l'AFP son intention d'interjeter appel. "C'est sûr à 99,9%", a-t-il dit. Il a dix jours pour le faire.
L'avocat estime que son client a été "fusillé pour l'exemple" à un moment où sont pointées des insuffisances présumées de la justice autour des affaires Lyhanna et Patrick Bruel.
"Je ne suis pas un violeur"
Dans sa dernière prise de parole, l'accusé a demandé pardon aux victimes, assurant avoir toujours été animé par une "volonté de soigner" mais regrettant d'avoir causé "de la souffrance" en expliquant mal ses gestes et en ayant omis de "questionner leur bien-fondé".
"Je ne suis pas dangereux, je ne suis pas un violeur", a dit, en larmes, ce grand brun barbu, père de deux enfants.
L'ostéopathe était accusé d'avoir, sous couvert de soins, touché ou pénétré les parties intimes des patientes sans leur consentement, dans son cabinet d'Eschau, en banlieue sud de Strasbourg.
La première plainte à son encontre remonte à 2018. Mais l'enquête n'avait réellement débuté qu'avec la plainte pour viol d'une patiente en octobre 2020. Les enquêteurs avaient ensuite identifié d'autres femmes témoignant d'actes répréhensibles.
Pierre Garitte avait assuré avoir toujours agi dans un but thérapeutique, sans arrière-pensée sexuelle et en expliquant ses actes aux patientes. "J'ai dû être nul en anatomie", s'est-il défendu vendredi, invoquant des "maladresses".
Deux experts ont évoqué une personnalité "narcissique" tendant à outrepasser les règles ou à renverser la culpabilité.
L'avocate générale, Agnès Robine, a décrit un "comportement de prédateur" qui a agi dans des "circonstances particulièrement détestables".
"Tourner la page"
Alors qu'il était déjà sous le coup de plaintes, il faisait signer à ses patients une "lettre de consentement", dans laquelle ils s'engageaient à lui signaler toute "gêne ou incompréhension".
Les anciennes patientes se sont succédé à la barre, tremblantes ou en pleurs, racontant leur sentiment d'avoir été trahies par ce soignant en qui elles avaient "confiance".
Elles ont décrit un mode opératoire similaire: l'ostéopathe mettait sa main contre la leur et la dirigeait vers leurs parties intimes.
Dans certains cas, il leur glissait, par surprise et sans gants, un ou plusieurs doigts dans le vagin, tout en respirant fort, ce qui a laissé penser à certaines qu'il était excité.
Le procès a été "long, difficile", a témoigné Déborah, citée sous un prénom d'emprunt, comme toutes les femmes ayant parlé devant la cour, pour préserver leur anonymat.
"Je crois que ce qui a été jugé est certainement très juste", a-t-elle dit, se déclarant satisfaite que "ce qui lui est arrivé soit reconnu".
Mais à ce stade, elle confie ressentir surtout de la tristesse. "Tout ça pour ça... Comment il a pu détruire à la fois sa vie, la vie de sa famille, de ses enfants? J'ai beaucoup pensé à ses enfants aussi".
Et elle redoute la perspective d'un procès en appel. "C'est quelque chose qui m'est arrivé il y a sept ans", a-t-elle rappelé, et "moi j'ai vraiment envie de tourner la page".