Un métal ultra-solide et dense comme l'or : pourquoi les prix du tungstène s'envolent
information fournie par Boursorama avec Media Services 21/10/2026 à 14:37

Autrefois délaissé comme sous-produit de l'étain, le métal est aujourd'hui prisé dans une grande variété d'applications dans la défense et l'industrie.

(illustration) ( AFP / THIERRY ZOCCOLAN )

Les prix du tungstène, métal d'une dureté exceptionnelle, ont atteint des sommets depuis que la Chine a restreint ses exportations mi-2025, un motif de préoccupation pour les industriels, notamment de la défense, poussés à diversifier leurs approvisionnements. Le Chicago Mercantile Exchange (CME Group), une des principales bourses mondiales, a annoncé lundi lancer d'ici début 2027 un marché à terme sur ce métal, accroissant la visibilité sur le prix de cette matière première.

À quoi sert le tungstène ?

Ce métal a le plus haut point de fusion connu - à 3.422°C -, est d'une dureté exceptionnelle et sa densité est "équivalente à celle de l'or", explique le rapport CyclOpe sur les matières premières.

Ces propriétés en font un excellent matériau pour forer ou usiner d'autres métaux et des matériaux durs, par exemple dans l'industrie automobile ou aéronautique, ou dans l'extraction minière.

Il permet également la fabrication d'alliages très résistants notamment à la corrosion et à la chaleur, utilisés notamment dans les réacteurs d'avions ou de centrales.

Quelle place de la Chine ?

La production mondiale est réduite : le gouvernement américain l'évalue à 85.000 tonnes en 2025, sans commune mesure avec l'acier, le cuivre ou le nickel.

La valeur du marché est estimée à plus de 20 milliards de dollars par CME Group au vu des cours actuels, soit environ 230 dollars le kilo.

Comme pour de nombreux minerais clés comme les terres rares, la Chine est de très loin le premier producteur, avec près de 79 % de la production, loin devant le Vietnam (3,5 %), selon CyclOpe. Elle dispose de 53 % des réserves minières de tungstène, selon le gouvernement américain.

Surtout, elle en est de très loin premier transformateur, avec près de 86 % du raffinage, selon l'Observatoire français des ressources minérales pour les filières industrielles (Ofremi). Or, le pays restreint ses exportations depuis avril 2025, faisant flamber les prix et complexifiant l'approvisionnement.

Quelles conséquences?

En avril 2026, le directeur général de la Banque publique d'investissement française, Nicolas Dufourcq, avait alerté des possibles répercussions pour les industriels français : "le tungstène est le métal fondamental pour les outils de coupage du métal, qui doivent être renouvelés régulièrement. Depuis neuf mois, nous fonctionnons donc sur les anciens outils".

Aux industriels désireux de renouveler ces derniers, "les Chinois disent: +vous allez acheter des outils de coupe chinois+", assurait M. Dufourcq.

Quelles autres sources ?

Le reste du monde s'efforce de trouver d'autres approvisionnements.

Parmi les projets d'extraction, de raffinage ou de recyclage de minerais stratégiques soutenus par l'Union européenne, cinq concernent le tungstène dont deux mines : le projet El Moto porté par Abenójar Tungsten en Espagne, qui doit commencer à produire début 2029, et Borralha porté par Minerália au Portugal.

La France a longtemps produit du tungstène en Ariège, dans l'ancienne mine de Salau, que certains aimeraient relancer, non sans susciter des oppositions locales. Fin juin, le Medef, organisation patronale, faisait de la réouverture de cette mine une "épreuve de vérité" quant à la souveraineté du pays.

D'autres projets sont lancés ou relancés dans le monde, par exemple la mine Dolphin, sur l'île King, petite île australienne entre Melbourne et la Tasmanie. Lancée en 1917, elle avait cessé son activité en 1992, conséquence de prix longtemps tirés vers le bas par la production chinoise.

Aujourd'hui, "l'enjeu principal est de garantir la sécurité d'approvisionnement en dehors de la Chine. Cela fait de notre projet un élément important de l'équation", a déclaré à l'AFP Kevin Pallas, dirigeant de Group 6 Metals, qui détient cette mine.

La production minière seule ne suffira toutefois pas à s'affranchir du raffinage chinois.

"Métal de la guerre" ?

Le tungstène a bien d'autres usages que la guerre: "environ 13 %" de la production annuelle "est utilisé pour des applications militaires", souligne Kevin Pallas.

Mais le métal est parfois qualifié ainsi car il a des utilisations militaires, comme les blindages, dont les grands conflits du XXe siècle ont porté la production.

Pour les experts du rapport CyclOpe, la demande est liée "aux dynamiques industrielles mondiales, en particulier des secteurs de l'extraction minière et de la construction, de l'énergie et de la défense". Ils sont "estimés en forte croissance d'ici 2030."