Un an après le méga-feu des Corbières, un agent de l'ONF entendu par des juges information fournie par AFP 04/06/2026 à 17:28
Un agent de l'Office national des forêts (ONF) a-t-il, par "négligence", déclenché le méga-feu des Corbières en 2025, pire incendie des 50 dernières années en France? Cet homme, qui conteste toute responsabilité, est interrogé jeudi par des juges d'instruction de Montpellier.
Le fonctionnaire avait été placé en garde à vue mardi avec deux autres agents de l'ONF, qui eux ont été "remis en liberté mercredi soir sans charge retenue à ce stade de la procédure", selon un communiqué du procureur de la République de Montpellier, Thierry Lescouarc'h, qui supervise l'enquête visant à établir les causes de l'incendie.
Les gardes à vue des trois agents étaient les premières connues dans ces investigations complexes sur l'origine du gigantesque incendie de Ribaute (Aude), déclenché le 5 août 2025, qui a parcouru 17.000 hectares, en brûlant plus de 11.000. Il avait pu être éteint le 28 août, après trois semaines d'action des pompiers.
Ces trois hommes sont des auxiliaires de protection de la forêt méditerranéenne, qui effectuent régulièrement des patrouilles DFCI (Défense de la forêt contre les incendies) sur le terrain, a indiqué à l'AFP une source informée du dossier.
Ils ont été entendus sur d'éventuelles "infractions de destructions involontaires par incendie", avait précisé mercredi M. Lescouarc'h.
Avant même la fin de cet incendie d'une ampleur exceptionnelle, la piste d'une origine humaine avait été mise en avant par les experts, toute cause naturelle étant, disait alors la justice "exclue".
Lors de sa garde à vue, l'agent soupçonné a "contesté son implication dans ces faits", selon le procureur de Montpellier. L'hypothèse d'une "négligence" avait été avancée mercredi par une source proche de l'enquête.
A l'issue de l'interrogatoire, les juges d'instruction pourront décider de mettre en examen, ou pas, l'agent déféré.
- "Mégot de cigarette ?" -
D'après le journal Midi Libre, les enquêteurs cherchent à établir si une cigarette jetée par la fenêtre d'une voiture de patrouille pourrait être à l'origine de l'incendie.
L'ONF a confirmé l'audition des trois agents, soulignant que "l'établissement n'étant pas mis en cause, il n’a pas accès au dossier et ne connait pas les faits reprochés".
Alain Coste, maire de Ribaute au moment de l'incendie, se dit "stupéfait" qu'un agent au service de la nature puisse possiblement être impliqué dans un tel "drame", qui a laissé un décor calciné.
Depuis l'incendie, "la fréquentation touristique a diminué, personne n'a envie de passer des vacances dans un endroit où tout est dévasté", a-t-il expliqué jeudi à l'AFP. "Le paysage, c'est désolant, c'est toujours tout noir", a confié l'ancien maire.
Plus gros incendie de l'été 2025 en France, le feu du massif des Corbières avait traversé 16 communes de l'Aude, détruit 36 maisons et causé la mort d'une femme de 65 ans, à son domicile, dans le village de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse.
C'est aussi le pire incendie depuis au moins 50 ans sur le pourtour méditerranéen français, selon la Base de données gouvernementale des incendies de forêt en France (BDIFF).
- Intensification des risques -
Depuis les terribles incendies de Gironde, qui avaient ravagé plus de 30.000 hectares en 2022, l'ONF a vu ses missions s'étendre et élargies à des territoires nouvellement exposés au risque d'incendie en raison de la crise climatique.
Cela s'est notamment traduit par une augmentation du nombre de patrouilles, des mesures accrues de prévention et plus d'information sur les bonnes pratiques, neuf feux sur 10 étant d'origine humaine.
Ses agents participent à l'aménagement de pistes d'accès, au positionnement de citernes et points d'eau. Pendant la saison estivale, ils assurent aussi des missions de surveillance, détection et extinction des feux naissants.
Emmanuel Macron avait également annoncé en 2022 une enveloppe supplémentaire de 150 millions d'euros à destination des Services départementaux d'incendie et de secours (Sdis) et un investissement de 250 millions d'euros.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, en visite jeudi à la base de la Sécurité civile près de Nîmes, doit officialiser une commande de deux nouveaux Canadairs, qui devraient être livrés en 2032-33, alors que deux appareils déjà commandés doivent arriver en 2028. Au total, la flotte française devrait atteindre 16 Canadairs d'ici six ans.