L'Iran et les Etats-Unis multiplient les menaces sur les infrastructures clés information fournie par AFP 22/03/2026 à 14:26
Au 23e jour de la guerre au Moyen-Orient, les infrastructures clés de la région sont au coeur du conflit, Washington et Téhéran menaçant de viser des cibles vitales, et l'inquiétude grandit après des frappes près de sites nucléaires en Israël et en Iran.
A la suite d'un ultimatum samedi soir de Donald Trump menaçant de détruire les centrales électriques iraniennes si Téhéran ne rouvrait pas sous 48 heures le stratégique détroit d'Ormuz, l'Iran a fait monter les enchères.
L'armée iranienne a répliqué dimanche en annonçant qu'elle viserait les infrastructures énergétiques et les usines de dessalement d'eau dans la région si le président américain mettait à exécution ses menaces.
C'est ensuite le puissant président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf qui a menacé sur X de rayer de la carte des "infrastructures vitales" dans toute la région, comme des "sites énergétiques et pétroliers", qualifiés de "cibles légitimes".
Il a averti que de telles attaques auraient pour conséquence de faire augmenter les prix du pétrole "de manière durable", alors que les cours des hydrocarbures, source de préoccupation mondiale, flambent avec le blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz.
Les infrastructures iraniennes d'eau et d'énergie ont déjà subi de "lourds dommages" depuis le début le 28 février des frappes américano-israéliennes sur l'Iran, selon le ministère de l'Energie, qui a affirmé que des "dizaines" d'installations avaient été visées.
A Téhéran, le nombre de frappes s'est réduit ces derniers jours et les marchés ont retrouvé une certaine effervescence. Mais l'angoisse domine: "la seule chose commune que nous ressentons dans cette période est l'incertitude sur l'issue" de cette guerre, a décrit à l'AFP une Téhéranaise de 31 ans, Shiva.
- Inquiétudes sur le nucléaire -
L'autre préoccupation internationale grandissante concerne les attaques ciblant des sites nucléaires.
La guerre entre dans une "phase périlleuse", s'est alarmé sur X le directeur de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Il a appelé "urgemment toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue militaire et à éviter toute action susceptible de déclencher des incidents nucléaires".
Samedi, l'Iran a lancé deux attaques particulièrement destructrices sur le sud d'Israël, dont une à Dimona, ville abritant un centre stratégique de recherche nucléaire dans le désert du Néguev, faisant une trentaine de blessés.
Le missile a touché une zone résidentielle à quelque 5 km du site ultra secret de recherche nucléaire.
Israël est considéré comme le seul pays doté de l'arme nucléaire au Moyen-Orient mais entretient l'ambiguïté sur le sujet.
Einav Alon, 37 ans, propriétaire d'un supermarché endommagé par la frappe à Dimona, décrit la scène: "Quand nous sommes sortis de l'abri (dans sa maison, NDLR), tout était détruit".
En visant Dimona, l'Iran a dit riposter à une frappe "ennemie" contre un de ses complexes nucléaires à Natanz, au sud de Téhéran.
L'armée israélienne a assuré ne "pas être au courant" d'une telle frappe, la télévision publique Kan rapportant qu'il s'agissait d'une action américaine.
D'après l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, "aucune fuite de matières radioactives n'a été signalée" sur ce site déjà bombardé début mars.
Après chacune de ces frappes, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a exhorté "à la retenue militaire maximale".
En lançant, avec son allié israélien, l'offensive militaire contre l'Iran, Donald Trump avait dit notamment vouloir éliminer la menace nucléaire iranienne, déjà visée par la guerre de douze jours en juin 2025.
S'exprimant depuis Arad, autre ville du sud d'Israël touchée samedi par une frappe iranienne, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a promis dimanche qu'Israël "viserait personnellement" les dirigeants de la République islamique, et plus particulièrement les membres de son corps d'élite des Gardiens de la Révolution.
- "Consternation" -
Dans sa quatrième semaine, la guerre, que le pape Léon XIV a déclaré dimanche suivre avec "consternation", continue d'embraser l'ensemble du Moyen-Orient.
Une attaque a fait une première victime civile sur la frontière nord d'Israël, tuée par un tir de roquette depuis le Liban, tandis que le Hezbollah, entré dans la guerre aux côtés de l'Iran le 2 mars, a revendiqué des tirs de roquettes contre des soldats israéliens.
L'armée israélienne a reçu l'ordre de détruire "tous les ponts" dans le sud du Liban utilisés à des fins "terroristes", a annoncé dimanche le ministre de la Défense Israël Katz.
En Irak, entre six et huit attaques nocturnes de roquettes et drones ont visé un centre diplomatique et logistique américain à l'aéroport international de Bagdad, selon des sources sécuritaires irakiennes.
Ces attaques n'ont pas été revendiquées à ce stade, mais des factions armées irakiennes pro-iraniennes prennent régulièrement pour cible des intérêts américains depuis le début de la guerre.
Téhéran cible aussi les pays du Golfe, cherchant à déstabiliser l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.
Dimanche, trois missiles balistiques ont visé la région de Ryad. Un a été intercepté et deux sont tombés dans des zones inhabitées, selon le ministère saoudien de la Défense.
Les Emirats arabes unis ont également dit répondre à des attaques de missiles et de drones de l'Iran.
A proximité du détroit d'Ormuz, un "projectile inconnu" a explosé dimanche près d'un bateau naviguant dans le Golfe au nord de la ville émiratie de Charjah, a indiqué l'agence maritime britannique UKMTO, précisant que l'équipage était sain et sauf.
Une vingtaine de pays, Emirats, Royaume-Uni, France ou encore Japon, se sont dit "prêts à contribuer aux efforts" nécessaires à la réouverture du détroit.