Ukraine-Washington demande trop souvent des concessions à Kyiv, dit Zelensky information fournie par Reuters 14/02/2026 à 17:59
par Max Hunder
Le président ukrainien Volodimir Zelensky a exprimé samedi son espoir que les pourparlers de paix organisés par les États-Unis la semaine prochaine à Genève soient sérieux et substantiels, mais il a estimé que Kyiv était "trop souvent" invitée à faire des concessions dans les négociations.
Les délégations ukrainienne, russe et américaine doivent se réunir mardi et mercredi dans la ville suisse, alors que le président américain Donald Trump cherche à faire aboutir un accord pour mettre fin à la guerre la plus destructrice que l'Europe ait connue depuis 1945.
"Nous espérons sincèrement que les réunions trilatérales de la semaine prochaine seront sérieuses, substantielles et utiles pour nous tous, mais honnêtement, on a parfois l'impression que les parties parlent de choses complètement différentes", a déclaré Volodimir Zelensky dans un discours prononcé lors de la Conférence annuelle sur la sécurité de Munich.
L'Ukraine et la Russie, qui a envahi son voisin en février 2022, ont récemment participé à deux cycles de négociations organisés par Washington à Abou Dhabi, qualifiés de constructifs par les différentes parties, mais qui n'ont abouti à aucune avancée majeure.
Volodimir Zelensky a appelé les alliés de l'Ukraine à prendre de nouvelles mesures pour pousser la Russie à conclure un accord de paix, à la fois sous la forme de sanctions plus sévères et de livraisons d'armes supplémentaires.
Rappelant son appel lancé il y a quatre ans, lorsqu'il s'était exprimé lors de la même conférence quelques jours avant que des dizaines de milliers de soldats russes n'envahissent l'Ukraine, il a estimé que les responsables occidentaux parlaient trop et n'agissaient pas assez.
Donald Trump a le pouvoir de forcer son homologue russe Vladimir Poutine à déclarer un cessez-le-feu et doit le faire, a ajouté Volodimir Zelensky.
Les responsables ukrainiens ont précédemment jugé qu'une trêve était nécessaire pour organiser un référendum sur tout accord de paix, qui interviendrait parallèlement à des élections nationales.
ZELENSKY RESSENT "UN PEU" DE PRESSION DE TRUMP
Volodimir Zelensky a reconnu ressentir "un peu" de pression de la part de Donald Trump alors que celui-ci a déclaré vendredi
le président ukrainien devait "agir" pour ne pas "manquer une occasion en or" de faire la paix avec Moscou.
"Les Américains reviennent souvent sur la question des concessions et, trop souvent, ces concessions ne sont discutées que dans le contexte de l'Ukraine, et non de la Russie", a déclaré Volodimir Zelensky.
Il ajouté qu'il souhaitait savoir à quels compromis la Russie serait disposée, l'Ukraine ayant déjà fait selon lui de nombreux efforts.
La question territoriale reste le principal point d'achoppement entre les deux camps, la Russie exigeant que l'Ukraine lui cède les 20% restants de la région orientale de Donetsk qu'elle n'a pas réussi à conquérir, ce que Kyiv refuse catégoriquement.
Volodimir Zelensky a déclaré qu'il était plutôt prêt à discuter d'une proposition américaine visant à créer une zone de libre-échange dans cette région, tout en gelant le reste de la ligne de front de 1.200 km.
La Russie occupe environ 20% du territoire national ukrainien, y compris la Crimée et certaines parties de la région orientale du Donbass saisies avant l'invasion à grande échelle de 2022.
Selon les analystes, Moscou a pris le contrôle d'environ 1,5% du territoire ukrainien depuis début 2024. Ses récentes frappes aériennes sur les villes et les infrastructures électriques ukrainiennes ont privé des centaines de milliers d'habitants de chauffage et d'électricité dans le contexte d'un hiver particulièrement rigoureux.
Ces dernières semaines, les responsables ukrainiens ont exprimé à plusieurs reprises leur inquiétude quant au fait que les élections de mi-mandat au Congrès américain, en novembre, pourraient concentrer l'attention de l'administration Trump sur les questions politiques intérieures après l'été.
Volodimir Zelensky a dit espérer que les États-Unis continueront à participer aux négociations et que l'Europe, qui selon lui est actuellement mise à l'écart, aura l'occasion de jouer un rôle plus important.
L'EUROPE EST "PRATIQUEMENT ABSENTE" DES NÉGOCIATIONS
"L'Europe est pratiquement absente de la table des négociations. C'est une grave erreur à mon avis", a-t-il déclaré.
La Russie a déclaré que sa délégation à Genève serait dirigée par le conseiller de Vladimir Poutine, Vladimir Medinsky, contrairement aux négociations d'Abou Dhabi, où elle était dirigée par le chef des renseignements militaires Igor Kostioukov.
Volodimir Zelensky s'est dit surpris par ce changement, qui vise selon lui à reporter toute décision. Il a également répété que des troupes étrangères seraient nécessaires en Ukraine après la conclusion d'un accord de paix afin de dissuader toute future agression de la Russie.
Les États-Unis, a-t-il ajouté, ont proposé une garantie de sécurité d'une durée de 15 ans après la guerre, mais l'Ukraine souhaite un accord d'une durée de 20 ans ou plus.
Des sources ukrainiennes ont critiqué la manière dont Vladimir Medinsky a mené les précédentes négociations, l'accusant d'avoir donné des leçons d'histoire à l'équipe ukrainienne au lieu de s'engager dans des discussions substantielles.
Volodimir Zelensky, qui soutient de longue date que le meilleur moyen de parvenir à la paix est de forcer la Russie à s'asseoir à la table des négociations par des pressions militaires et économiques, a également dit avoir discuté avec le président français Emmanuel Macron et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen de sanctions à l'encontre des tankers exportant du pétrole russe.
Alors que ces exportations sont une source de revenus essentielle pour Moscou, des pétroliers vides ont été pris pour cibles par des drones ukrainiens ces derniers mois.
Samedi, le ministre français des Affaires étrangères a déclaré que des pays du G7 s'étaient déclarés prêts à interdire les services maritimes pour le pétrole russe et que Paris était "raisonnablement optimiste" quant à l'inclusion de cette mesure dans le prochain train de sanctions de l'Union européenne.
(Reportage de Max Hunder, édité par Benjamin Mallet)