UE-Face à la Chine, Paris et Berlin proposent un nouvel outil de riposte commerciale information fournie par Reuters 05/10/2026 à 19:14
par Philip Blenkinsop et Andreas Rinke
La France et l'Allemagne proposent à leurs partenaires européens un nouvel outil pour muscler leur réponse face à des pays accusés de concurrence déloyale, visant sans la nommer la Chine avec laquelle l'Union européenne accuse un déficit commercial grandissant.
Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz ont adressé lundi une lettre en ce sens à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, dix jours avant la tenue d'un sommet européen à Bruxelles sur les déséquilibres commerciaux avec la Chine.
Dans sa missive, le couple franco-allemand relève "des distorsions systémiques et persistantes du marché" qui menacent selon lui l'économie européenne et en particulier son tissu industriel, avec à la clef une importante perte d'emplois.
La Commission européenne a salué la lettre qu'accompagne un document dévoilant les propositions franco-allemandes, estimant qu'elle contribuait au débat sur les risques géoéconomiques et les déséquilibres mondiaux.
Le document est proche de la position d'Ursula von der Leyen sur la compétitivité, selon l'exécutif européen.
Les autorités allemandes avancent que l'UE a besoin d'un outil aussi puissant que la Section 301, le dispositif utilisé par les Etats-Unis pour imposer des droits de douane, ou à même de rivaliser avec les restrictions imposées par Pékin sur les exportations de minerais stratégiques.
Le nouveau dispositif européen ne viserait aucun pays en particulier, mais chercherait à lutter contre le dumping social, les subventions généralisées et la convertibilité des devises, autant de pratiques utilisées par la Chine, selon Bruxelles.
Les Vingt-Sept doivent déployer des outils de défense commerciale plus rapidement et plus efficacement, en menant davantage d'enquêtes et en adoptant une approche plus large pour couvrir des secteurs entiers, selon le document franco-allemand.
SORTIR DE LA NAÏVETÉ
Berlin et Paris font également état d'un besoin urgent de mesures sur les importations de produits chimiques, des produits plastiques PET ou encore de véhicules hybrides.
La Commission européenne doit proposer deux nouveaux instruments dès que possible pour concentrer les efforts de l'UE sur la diversification et la garantie de la sécurité économique, peut-on lire.
Le premier, déjà mentionné par Bruxelles, cherche à limiter la dépendance des entreprises à l'égard d'une source unique pour certains approvisionnements essentiels.
Le second outil restreint l'accès au marché unique européen pour les pays accusés de pratiques commerciales déloyales par des moyens politiques ou économiques. Le texte ne précise toutefois ni les circonstances qui déclencheraient une réaction de l'Union européenne, ni les mesures que Bruxelles pourrait prendre en réponse.
Toutes mesures de rétorsion de la Commission européenne à l'encontre d'un pays seront adoptées, à moins qu'une majorité qualifiée d'Etat membres ne s'y oppose, indique le document. Il s'agit d'un seuil moins élevé que celui applicable actuellement à certaines autres mesures commerciales de l'UE.
Le document indique également que la Commission peut déployer de telles mesures rapidement, en l'espace de quelques jours.
La proposition franco-allemande doit être approuvée par les Etats membres ainsi que par le Parlement européen.
Paris argue que les déséquilibres avec certains partenaires commerciaux sont devenus insoutenables. La France comme l'Allemagne sont prêtes à mettre en oeuvre des mesures existantes contre le dumping.
"En France et en Allemagne en tout cas, il y a une demande très forte pour qu'on sorte de la naïveté", souligne-t-on à l'Elysée.
(Reportage de Philip Blenkinsop, Andreas Rinke et Michel Rose; Zhifan Liu pour la version française, édité par Sophie Louet)