Uber Eats et Deliveroo sommées de dévoiler leurs recettes algorithmiques
information fournie par Boursorama avec AFP 18/05/2026 à 15:23

( AFP / LIONEL BONAVENTURE )

Secret des affaires ou opacité coupable ? Uber Eats et Deliveroo, ces plateformes qui emploient des travailleurs indépendants, ont été sommées ces derniers jours par des associations et des syndicats de faire la transparence sur leurs algorithmes, qui dictent notamment le montant des courses.

Dernière procédure en date: celle de la CFDT et d'Union Indépendants, qui ont mis en demeure Uber Eats et Deliveroo pour qu'ils révèlent leurs recettes, estimées "opaques".

Par cette action, les syndicats souhaitent "lutter contre l'abus du système d'indépendant", a expliqué lundi la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, lors d'une conférence de presse à Paris.

Un prestataire, un salarié ou un artisan "comprend sa rémunération" mais pour les livreurs de repas travaillant avec Uber Eats ou Deliveroo, ou les VTC, "c'est l'un des seuls domaines où on ne sait pas combien on est payé", a-t-elle dénoncé.

Outre la transparence sur le calcul de la rémunération, les syndicats demandent aux plateformes de se justifier lorsqu'elles déconnectent le compte d'un livreur.

Régulièrement, elles requièrent des travailleurs indépendants qu'ils fournissent une photo de type "selfie" pour vérifier que le détenteur du compte est bien celui qui l'exploite.

Mais en raison d'une photo un peu sombre, prise dans sa voiture, Morgan Lempereur, 30 ans et 39.000 courses au compteur avec Uber Eats à Cambrai, dans le Nord, a vu son compte professionnel désactivé "pendant deux mois", ce qui l'a "mis dans la misère", témoigne-t-il lors de cette conférence de presse.

Carlo Armando, lui, "a oublié d'enlever (son) casque", ce qui lui vaut une déconnexion par Uber Eats "depuis un mois". En 2020, Deliveroo avait également bloqué le compte de ce père de deux enfants pendant "trois ans, sans aucune raison".

- Action de groupe -

En deux ans, le premier syndicat des livreurs, Union Indépendants, dit avoir géré "près de 2.800 dossiers" de "désactivations brutales" lors de ses permanences, dont "50% ont été réactivés".

Les syndicats souhaitent que les plateformes "réparent le préjudice" de la déconnexion une fois le compte réactivé, pour compenser le manque à gagner, a indiqué Me Céline Cotza, l'avocate chargée du dossier côté travailleurs.

Sans réponse satisfaisante dans six mois, elle saisira le tribunal judiciaire pour une action de groupe.

Des associations d'aide aux livreurs de repas, avec l'ONG Médecins du Monde, avaient entamé en avril une procédure comparable contre Uber Eats. C'est sur cette entreprise qu'elles disent avoir réuni le plus d'éléments matériels.

Uber Eats a pour sa part assuré rencontrer "très régulièrement" Union Indépendants et avoir "notamment des échanges pour discuter des désactivations de comptes de livreurs" et même avoir "accepté de revoir plusieurs cas".

"Nous souhaitons que la voie du dialogue et de l'écoute réciproques reste la voie privilégiée face à la tentation de procédures judiciaires infondées", a encore déclaré la plateforme à l'AFP.

De son côté, Deliveroo indique à l'AFP qu'elle trouve "particulièrement regrettable que cette initiative intervienne alors même que les discussions dans ce cadre doivent reprendre dans les prochaines semaines".

La société affirme par ailleurs ne mettre "jamais fin à une relation commerciale sans motif". Pour elle, "aucun compte n'est désactivé sans intervention humaine préalable, et les livreurs disposent d'un droit de recours".

A propos de l'algorithme, Deliveroo assure agir "en pleine conformité avec ses obligations légales" et que "chaque proposition de commande affiche de manière transparente la rémunération ainsi que la distance avant acceptation".

Par ailleurs, ces travailleurs indépendants font l'objet d'une loi européenne qui vise à renforcer leurs droits, voire parfois à les requalifier en salariés, et qui doit être adaptée en droit français en décembre. Selon le ministère du Travail, 600.000 personnes sont concernées.