Turquie-La justice annule l'élection du chef de l'opposition information fournie par Reuters 21/05/2026 à 20:30
par Huseyin Hayatsever et Ece Toksabay
La justice turque a annulé jeudi le congrès qui avait mené à l'élection d'Ozgur Ozel à la tête du principal parti d'opposition pour des irrégularités, constituant un coup dur porté aux adversaires politiques du président Recep Tayyip Erdogan ainsi qu'aux marchés financiers.
La cour d'appel a annulé le congrès du Parti républicain du peuple (CHP) qui avait désigné à sa tête Ozgur Ozel en 2023. La justice turque a décidé de réinstaller Kemal Kilicdaroglu, personnalité clivante au sein du CHP et qui avait perdu lors de l'élection présidentielle de 2023 contre le président Erdogan.
Cette affaire était considérée comme un test pour évaluer le degré d'autonomie de la justice turque, et la décision judiciaire pourrait plonger encore plus l'opposition dans le flou et participer à sa désunion.
En parallèle, cela pourrait donner un coup de pouce au président turc pour l'aider à renforcer son pouvoir à la tête du pays, lui qui dirige cet Etat membre de l'Otan depuis plus de 20 ans.
Les autorités turques se sont défendues d'utiliser la justice pour prendre pour cible des opposants politiques.
"Cette décision renforce la confiance de nos citoyens dans la démocratie et démontre que les mécanismes de protection de la démocratie fonctionnent. Un Etat de droit est un Etat qui considère et évalue sérieusement les allégations", a réagi le ministre turc de la Justice, Akin Gurlek, lors d'une conférence de presse.
Le CHP, qui rivalise avec l'AKP du président Erdogan dans les urnes, est dans le viseur de la justice depuis 2024 et a fait l'objet d'une procédure de dissolution. Ses membres ont été emprisonnés pour des soupçons de corruption que le parti rejette.
L'ancien maire CHP d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, considéré comme un rival potentiel de Recep Tayyip Erdogan à la tête de la Turquie et toujours favori pour être le candidat de l'opposition à la prochaine élection présidentielle, est lui en prison depuis plus d'un an. Il a reçu en novembre 2025 une peine de prison de plus de 2.000 ans pour des accusations présumées de corruption.
Ozgur Ozel a convoqué une réunion du parti alors que les militants étaient appelés à manifester devant le siège du CHP à Ankara pour protester contre la décision de justice.
Le député Ali Mahir Basarir a dénoncé auprès de Reuters un "putsch orchestré via le système judiciaire et un coup porté contre 86 millions de personnes".
L'indice de référence turc, le Borsa Istanbul .XU100 , a chuté de 6 % en réaction, déclenchant la suspension des séances, tandis que les obligations d'État turques ont reculé. Selon quatre opérateurs, la banque centrale a vendu des milliards de dollars sur le marché des changes pour atténuer les répercussions.
(Reportage de Huseyin Hayatsever à Ankara, avec la contribution de Mirac Eren Dereli à Gdansk; version française Zhifan Liu)