Trump veut à nouveau rencontrer avec Kim Jong-un, mais le dictateur nord-coréen n'est pas pressé information fournie par Reuters 21/08/2026 à 11:49
par Kyu-seok Shim, Brenda Goh et Trevor Hunnicutt
Le président américain Donald Trump a pris de court nombre d'alliés des Etats-Unis en déclarant vouloir rencontrer le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un d'ici la fin de l'année.
Mais ses avances ont reçu un accueil glacial de la part de Pyongyang, qui entend manifestement imposer des conditions strictes pour la tenue d'une telle rencontre, même si les deux hommes entretiennent une "excellente" relation.
En début de semaine, Donald Trump a, sans crier gare, ordonné la réduction de l'ampleur des exercices militaires conjoints entre les États-Unis et la Corée du Sud, les qualifiant d’"hostiles" envers la Corée du Nord. Et mercredi, il a fait état de sa volonté de rencontrer Kim Jong-Un.
Le président américain est impatient de relancer les négociations avec la Corée du Nord et de remporter un succès sur la scène internationale, selon une source informée des discussions entre les responsables américains et sud-coréens.
Il n'y a aucune perspective d'une fin immédiate de la guerre contre l’Iran, qui dure depuis près de six mois, et la main tendue de Donald Trump à la Corée du Nord intervient à un moment où Pyongyang envoie des troupes et du matériel, notamment des missiles, pour soutenir la Russie dans sa guerre contre l'Ukraine.
La Corée du Sud s'est montrée, en privé, réceptive à la stratégie de Donald Trump, même si des responsables à Séoul s'interrogent sur la réduction des exercices militaires conjoints avec les États-Unis, a indiqué la source.
Le locataire de la Maison Blanche pourrait se rendre au sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) à Shenzhen, en Chine, plus tard cette année, ce qui créerait l'occasion d'une rencontre dans la région si la Corée du Nord se montrait disposée à renouer le dialogue, selon cette source.
"Les États-Unis restent ouverts au dialogue avec la Corée du Nord sans conditions préalables" a déclaré un porte-parole du département d'État américain. "Le président et Kim Jong-un se rencontreront à nouveau en temps voulu."
La Maison Blanche n'a pas souhaité faire de commentaire. La présidence sud-coréenne n'a pas répondu à une demande de commentaire, mais son ministère des Affaires étrangères a renvoyé à une déclaration antérieure exprimant l'espoir que les propos de Donald Trump débouchent sur un dialogue constructif avec Pyongyang.
La réaction de la Corée du Nord jusqu'à présent, toutefois, bien qu'elle salue les "excellentes relations personnelles" entre Kim Jong Un et Donald Trump, suggère clairement qu'elle considère ces liens personnels comme distincts de tout engagement avec les États-Unis, a déclaré Lim Eul-chul, professeur à l'Institut d'études sur l’Extrême-Orient de l'université de Kyungnam.
"Les liens personnels ne devront jamais compromettre les intérêts de sécurité nationale ni les efforts visant à renforcer les capacités militaires", a-t-il déclaré
"En d'autres termes, Pyongyang fait savoir que la diplomatie personnelle a ses limites et ne prendra pas le pas sur les priorités stratégiques."
Kim Yo Jong, l'influente soeur de Kim Jong Un, a minimisé l'effet de la réduction de l'ampleur de l'exercice "Ulchi Freedom Shield", affirmant que son maintient restait agressif et que la politique américaine envers la Corée du Nord était toujours hostile.
Elle a également nié que Donald Trump et Kim Jong Un aient eu le moindre contact, bien qu'elle ait qualifié la relation personnelle entre les deux dirigeants d'"excellente".
Jeudi, la Corée du Nord a tiré une dizaine de missiles balistiques depuis la région de Pyongyang en direction de la mer, à l'est de la péninsule coréenne, selon l'armée sud-coréenne, dans ce que les analystes ont qualifié de possible protestation contre les exercices américano-sud-coréens en cours.
"Si la partie américaine tente de présenter les mesures qu'elle a prises (...) comme une sorte de 'geste de bonne volonté', elle n'obtiendra pas la réponse qu'elle souhaite", a déclaré Kim Yo-jong dans son communiqué, selon l'agence de presse officielle KCNA.
LES CONDITIONS DE PYONGYANG
La Corée du Nord a clairement défini les conditions qui rendraient une rencontre envisageable et celles-ci constituent des exigences très élevées pour les États-Unis, a déclaré Jenny Town, chercheuse senior au Stimson Center, basé à Washington.
Ces conditions incluraient des changements majeurs dans la politique américaine à l'égard de la Corée du Nord afin de supprimer les éléments que Pyongyang considère comme hostiles, l'acceptation de son statut nucléaire ou, à tout le moins, une déclaration indiquant que la dénucléarisation n'est plus l'objectif de Washington, a-t-elle précisé.
"La question reste ouverte de savoir dans quelle mesure Trump est disposé à remplir ces conditions afin de garantir la tenue de la rencontre dans les délais qu’il a désormais fixés", a-t-elle déclaré.
Le porte-parole du département d'État a de son côté déclaré que les États-Unis "restaient attachés à la dénucléarisation complète de la Corée du Nord".
Donald Trump a tenu une série de sommets sans précédent avec Kim en 2018 et 2019, mais ces efforts diplomatiques ont échoué en raison des exigences américaines que la Corée du Nord renonce à ses armes nucléaires.
Depuis, le président américain a qualifié à plusieurs reprises la Corée du Nord de "puissance nucléaire", même si son administration continue d'appeler à la dénucléarisation du pays et ne le reconnaît pas officiellement comme un État doté d’armes nucléaires.
Kim Jong-un a moins de raisons d'accepter une rencontre cette année qu'il n’en avait lors du premier mandat de Donald Trump (2016-2020). Depuis, la Corée du Nord s'est rapprochée de la Chine et de la Russie, avec lesquelles l'intensification des échanges commerciaux a contribué à dynamiser son économie.
"La Corée du Nord dispose de plusieurs options et entretient des relations avec des États qui n'exigent aucun sacrifice de sa part, qui ne constituent que des propositions gagnant-gagnant", a ajouté Jenny Town.
"(Kim Jong-Un) n'a guère intérêt à se précipiter pour reprendre des négociations où l'on attend de lui qu'il fasse des concessions, et encore moins sur un point qu'il considère comme crucial pour la défense de son pays."
TOUJOURS OUVERTE AUX DISCUSSIONS
La réponse de la Corée du Nord semble toutefois calibrée pour laisser ouverte la possibilité d'une voie diplomatique, a déclaré Hong Min, chercheur senior à l’Institut coréen pour la réunification nationale, en référence à la déclaration de Kim Yo Jong.
"L'objectif principal semble être d'encourager une posture plus conciliante de la part des États-Unis", a-t-il dit Hong Min, soulignant que Pyongyang avait probablement omis toute référence à l'Iran pour éviter d'irriter Trump.
"La déclaration de Kim Yo Jong semble moins être un rejet du dialogue qu'une tentative de gérer les perceptions de Trump, de façonner sa compréhension de la Corée du Nord et de préparer le terrain pour d'éventuelles négociations futures entre les États-Unis et la Corée du Nord", a-t-il ajouté.
La déclaration s'est également montrée particulièrement critique à l'égard du Japon, dont le renforcement militaire et les liens de sécurité avec les États-Unis et la Corée du Sud sont de plus en plus la cible de la colère de Pyongyang.
Pyongyang suggère un cadre de relations entre les États-Unis et la Corée du Nord qui marginalise la Corée du Sud et considère le Japon avant tout comme un adversaire militaire, a ajouté Hong Min.
"Les relations entre les États-Unis et la Corée du Nord pourraient entrer dans une phase de reconnaissance et d’échange de signaux réciproques", a-t-il déclaré.
(Reportage de Kyu-seok Shim et Brenda Goh à Seoul, Trevor Hunnicutt à Washington; Avec la participation de Simon Lewis; Version française Matthieu Huchet, édité par Benoit Van Overstraeten)