Trump se plaint auprès de Rutte de la défaillance de l'Otan concernant l'Iran
information fournie par Reuters 09/04/2026 à 02:07

Le président américain Donald Trump a exprimé mercredi sa frustration à l'égard de l'Otan lors d'une réunion privée avec le secrétaire général de l'alliance transatlantique, Mark Rutte, dans un contexte de tensions accrues entre les Etats-Unis et leurs alliés traditionnels en raison de la guerre en Iran.

Mécontent que des pays de l'Otan n'aient pas répondu favorablement à sa demande d'aider à garantir la liberté de circulation dans le détroit d'Ormuz en marge de la campagne militaire lancée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février, Donald Trump avait dit la semaine dernière à Reuters envisager "absolument" de se retirer de l'alliance, qu'il avait déjà critiquée à plusieurs reprises par le passé.

Le président américain a aussi déploré récemment que certains pays aient interdit à l'armée américaine d'utiliser leur espace aérien dans le cadre d'opérations liées à l'Iran.

"Il est clairement déçu par de nombreux alliés de l'Otan, et je peux comprendre son point de vue", a déclaré mercredi Mark Rutte à la chaîne de télévision américaine CNN après avoir passé plus de deux heures à la Maison blanche. Il a dit avoir eu avec le président américain une conversation "très franche, très ouverte, mais aussi une discussion entre deux bons amis".

Plus tôt dans la journée, la porte-parole de la présidence américaine Karoline Leavitt a rapporté que Donald Trump a déclaré que l'Otan a "été testée, et elle a échoué" durant la guerre avec l'Iran.

Mark Rutte a dit lui-même considérer que "certains" pays de l'Otan - qu'il n'a pas nommés - n'ont pas répondu aux attentes pour les opérations en Iran, tout en ajoutant que "la grande majorité des Européens" ont aidé.

Aucune précision n'a été donnée dans l'immédiat par la Maison blanche sur la teneur des discussions entre le président américain et le secrétaire général de l'Otan.

Donald Trump a régulièrement décrit l'alliance transatlantique comme un "tigre de papier", reprochant aux alliés européens de Washington de n'avoir pas soutenu la campagne militaire en Iran alors même que les Etats-Unis apportent de longue date des garanties sécuritaires à l'Europe.

Si le président américain a annoncé mardi soir un cessez-le-feu de deux semaines avec l'Iran, cette guerre continue d'alimenter les tensions entre Washington et ses alliés, laissant entrevoir de possibles conséquences diplomatiques prolongées.

"MOMENT DANGEREUX"

Karoline Leavitt a reproché mercredi à l'Otan d'avoir "tourné le dos" à la population américaine qui, a-t-elle ajouté, finance la défense des pays de l'Otan. La porte-parole de la Maison blanche avait fait savoir, avant la réunion entre Donald Trump et Mark Rutte, que le président américain entendait avoir une "conservation très franche".

Considéré en Europe comme ayant l'oreille de Donald Trump, parvenant semble-t-il en janvier dernier à calmer les ardeurs de Trump à propos du Groenland, Mark Rutte, arrivé à la tête de l'Otan en octobre 2024, a cultivé une relation chaleureuse avec le président américain en dépit des tensions.

Un diplomate européen a décrit l'approche de Mark Rutte comme déférente mais efficace.

La guerre au Moyen-Orient a exacerbé les craintes des Européens à propos de l'Ukraine, du Groenland et des dépenses militaires, même si, d'après un représentant européen informé de la question, de hauts représentants américains ont en privé rassuré les gouvernements européens sur l'engagement des Etats-Unis auprès de l'Otan.

Il s'agit d'un "moment dangereux" pour l'alliance transatlantique, a noté Oana Lungescu, ancienne porte-parole de l'Otan désormais membre du centre de réflexion Royal United Services Institute, basé à Londres.

D'après deux autres diplomates européens, il était attendu que Mark Rutte exprime lors de sa rencontre avec Donald Trump un intérêt commun à rétablir la navigation maritime commerciale alors que les hostilités au Moyen-Orient ont provoqué une flambée des prix mondiaux de l'énergie.

Le secrétaire général de l'Otan devait aussi, ont dit ces diplomates, tenter de convaincre le président américain de s'abstenir de toute critique publique de l'alliance, en pointant les démarches prises par les Européens pour accroître leurs dépenses de défense, comme réclamé par l'administration Trump.

(Trevor Hunnicutt à Washington, Lili Bayer à Bruxelles, avec la contribution de John Irish et Andrea Shalal; version française Jean Terzian)