Trump promet des renforts militaires en Pologne, Rubio à une réunion de l'Otan
information fournie par Reuters 22/05/2026 à 11:40

* Trump justifie sa décision par ses relations avec le président polonais

* Rubio reproche à l'Espagne de refuser l'accès à ses bases

* Il salue en revanche le soutien des autres membres de l'Otan

* Les ministres européens proposent leur aide sur le détroit d'Ormuz

* Ils rassurent les USA quant à leurs engagements en matière de sécurité

(Actualisé avec déclarations de la Pologne)

par Sabine Siebold, Stine Jacobsen et Michael Martina

Le président américain Donald Trump a surpris les alliés de l'Otan en s'engageant à envoyer 5.000 soldats supplémentaires en Pologne, une annonce intervenue peu avant la réunion de ce vendredi des ministres des Affaires étrangères de l'Otan, à laquelle participe le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

Cette réunion, qui se tient à Helsingborg, dans le sud de la Suède, intervient dans un contexte de profondes divisions entre les Etats-Unis et des pays européens au sujet de la guerre déclenchée fin février par Washington et Tel-Aviv contre l'Iran.

Dans un message publié sur son réseau social Truth Social, Donald Trump a évoqué ses relations avec le président polonais, Karol Nawrocki, un nationaliste conservateur, pour justifier sa décision d'envoyer des troupes supplémentaires dans le pays.

"Compte tenu de l'élection réussie de l'actuel président de la Pologne, Karol Nawrocki, que j'ai été fier de soutenir, et de nos relations avec lui, je suis heureux d'annoncer que les Etats-Unis enverront 5.000 soldats supplémentaires en Pologne", a écrit le locataire de la Maison blanche.

Cette décision constitue un revirement inattendu étant donné les reproches incessants adressés par Donald Trump aux membres de l'Otan, estimant qu'ils n'étaient d'aucune aide dans la guerre contre l'Iran.

Le président américain avait même dit début avril envisager de retirer les Etats-Unis de l'alliance, fondée en 1949, la qualifiant de "tigre de papier".

A son arrivée à Helsingborg, Marco Rubio a déclaré que l'Otan devait être bénéfique pour tous les pays impliqués dans l'alliance. Il a ajouté s'attendre à ce que cette réunion jette les bases du sommet des dirigeants de l'organisation prévu à Ankara, en Turquie, dans le courant de l'année.

"Comme toute alliance, elle doit être bénéfique à toutes les parties prenantes. Il faut une compréhension claire des attentes de chacun", a dit le secrétaire d'Etat américain.

Il a également souligné qu'un système de péage dans le détroit d'Ormuz instauré par l'Iran serait inacceptable.

Avant de se rendre à Helsingborg, Marco Rubio avait déclaré que Donald Trump était "très déçu" par les membres de l'alliance qui n'avaient pas autorisé les Etats-Unis à utiliser des bases sur leur territoire dans le cadre de l'offensive israélo-américaine contre Téhéran, citant notamment l'Espagne.

"Il y a des pays comme l'Espagne qui refusent aux Etats-Unis l'utilisation de ces bases – alors pourquoi font-ils partie de l'Otan? C'est une question tout à fait légitime", avait déclaré à Miami Marco Rubio devant des journalistes.

"Pour être honnête, d'autres pays de l'Otan ont été d'une grande aide. Mais nous devons en discuter", avait-t-il cependant concédé.

Les responsables de l'Otan ont souligné que les Etats-Unis n'avaient pas demandé aux 32 membres de l'alliance de prendre part à la guerre contre l'Iran, mais de nombreux membres ont honoré leurs engagements en autorisant les forces américaines à utiliser leur espace aérien et leurs bases.

Au-delà des crispations liées au conflit en Iran, l'Otan a également été sécouée en tout début d'année par la volonté de Donald Trump de s'emparer du Groenland, territoire autonome du Danemark, membre de l'Otan.

LES EUROPÉENS PRÊTS À AIDER À ORMUZ

Lors de la réunion à Helsingborg, les ministres européens devraient tenter d'atténuer les tensions avec les Etats-Unis en soulignant qu'ils sont prêts à contribuer à la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz lorsque les conditions le permettront et à assumer davantage de responsabilités concernant la sécurité du continent.

L'Iran de fait bloqué le trafic dans le détroit, par lequel transite en temps normal un cinquième du transport maritime mondial d'hydrocarbures, depuis le début de la guerre.

On n'ignore pour le moment d'où viendront les troupes supplémentaires qui seront déployés en Pologne.

Les alliés de Washington ont également été déconcertés et troublés par la manière dont cette décision a été communiquée. Les responsables américains ont d'abord déclaré que les troupes seraient retirées d'Allemagne, avant d'annoncer qu'ils retarderaient le déploiement d'une brigade en Pologne.

Les Etats-Unis ont également déclaré que le déploiement prévu de missiles Tomahawk à longue portée en Allemagne n'aurait plus lieu.

En outre, ils prévoient d'informer les alliés de l'Otan qu'ils réduiront l'ensemble des capacités militaires que les Etats-Unis mettent à la disposition de l'alliance en cas de crise, ont déclaré à Reuters trois sources proches du dossier.

TUSK ET RUTTE SALUENT LA DÉCISION DE TRUMP

Le commandant en chef de l'Otan, le général de l'armée de l'air américaine Alexus Grynkewich, a cherché cette semaine à rassurer les alliés européens au sujet de ces récentes décisions, affirmant que les réductions supplémentaires s'étaleraient sur plusieurs années afin de donner aux alliés le temps de développer les capacités nécessaires pour les remplacer.

Le secrétaire général de l'alliance transatlantique, Mark Rutte, a salué vendredi l'annonce de Donald Trump d'envoyer des renforts en Pologne, tout en soulignant qu'une Europe plus forte et moins dépendante des Etats-Unis pour sa défense reste l'objectif visé.

"Soyons clairs: la trajectoire que nous suivons, celle d'une Europe et de l'Otan plus forts, qui nous permettra de devenir progressivement moins dépendants d'un seul allié (…), va se poursuivre", a déclaré Mark Rutte aux journalistes avant la réunion d'Helsingborg.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk a pour sa part jugé que la décision de Donald Trump était "une bonne nouvelle pour la Pologne et les Etats-Unis".

"Je remercie tous ceux qui sont impliqués sur ce dossier, le président Nawrocki, les ministres, les membres du Congrès et les amis de la Pologne aux Etats-Unis pour leur efficacité et leur unité d'action", a-t-il écrit sur le réseau social X.

(Reportage Sabine Siebold et Stine Jacobsen à Helsingborg, Michael Martina à Malmö; Pawel Florkiewicz, Alan Charlish à Varsovie; rédigé par Sabine Siebold et Andrew Gray; version française Claude Chendjou; édité par Benoit Van Overstraeten)