Trump prévient qu'il n'y aura "pas de retour en arrière" au sujet du Groenland
information fournie par Reuters 20/01/2026 à 16:27

(Actualisé avec déclarations de Macron, Barrot et Bessent, présence de Dmitriev à Davos)

par Michel Rose et Stine Jacobsen

Donald Trump a prévenu mardi qu'il n'y aurait pas de "retour en arrière" concernant son projet de s'emparer du Groenland, refusant d'exclure une prise de contrôle de l'île de l'Arctique par la force et s'en prenant aux alliés des Etats-Unis, alors même que les dirigeants européens peinent à réagir face à son offensive.

L'ambition du président américain de saisir ce territoire autonome du Royaume du Danemark, pays membre de l'Otan, menace de faire voler en éclats l'alliance transatlantique qui assure la sécurité de l'Occident depuis des décennies.

Elle est également de nature à raviver une guerre commerciale entre les Etats-Unis et l'Europe qui a perturbé les marchés et les entreprises l'an passé, bien que le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, ait appelé à calmer "l'hystérie" autour d'un tel scénario.

"Comme je l'ai dit à tout le monde, très clairement, le Groenland est impératif pour la sécurité nationale et mondiale. Il n'y a pas de retour en arrière possible - sur ce point, tout le monde est d'accord !", a déclaré Donald Trump après s'être entretenu avec le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte.

Pour faire passer son message, le président américain a publié une image générée par intelligence artificielle sur laquelle il brandit un drapeau américain au Groenland. Sur une autre, il s'adresse à des dirigeants à côté d'une carte montrant le Canada et le Groenland comme faisant partie des États-Unis.

Donald Trump a par ailleurs divulgué des échanges privés, dont un message du président français Emmanuel Macron exprimant ses interrogations : "Je ne comprends pas ce que vous faites au Groenland."

Le locataire de la Maison blanche, après avoir évoqué au cours du week-end des surtaxes douanières contre plusieurs pays européens en raison de leur opposition affichée à sa volonté d'annexer l'île, a en outre menacé d'imposer des droits de douane de 200% sur les vins et champagnes français.

"GARDER TOUTES LES OPTIONS SUR LA TABLE"

Emmanuel Macron, lors du Forum Economique mondial de Davos, a répondu à ces menaces en appelant à rejeter "la loi du plus fort", disant préférer "le respect aux intimidateurs" et "l'État de droit à la brutalité", tout en dénonçant des droits de douane américains d'autant plus "inacceptables" qu'ils sont "utilisés comme un moyen de pression contre la souveraineté territoriale".

A Paris, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a assuré que la France ne céderait "à aucun chantage" et "ne se soumettra it jamais".

L'Union européenne (UE) envisage pour sa part d'appliquer des droits de douane sur des produits américains d'une valeur de 93 milliards d'euros à partir du 6 février, voire d'activer son instrument anti-coercition (ACI), face aux menaces de Donald Trump liées au Groenland.

L'ACI permet de restreindre les investissements et de limiter les exportations de services tels que ceux fournis par les géants américains du numérique.

"Il ne s'agit pas d'une question concernant le Royaume du Danemark, mais de la relation transatlantique dans son ensemble", a déclaré à la presse la ministre danoise de l'Economie, Stephanie Lose, avant une réunion des ministres de l'Economie et des Finances de l'UE à Bruxelles.

"À l'heure actuelle, nous pensons qu'il ne faut rien exclure. La situation est grave et, même si nous souhaitons une désescalade, d'autres contribuent aujourd'hui à l'aggraver. Nous devrons donc garder toutes les options sur la table pour la suite."

VON DER LEYEN VEUT UNE NOUVELLE INDÉPENDANCE EUROPÉENNE

Scott Bessent, en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM) à Davos, en Suisse, a pour sa part assuré que les États-Unis et les pays européens trouveraient une solution pour garantir la sécurité nationale des États-Unis et du Vieux continent.

"Cela fait 48 heures. Comme je l'ai dit, il faut se détendre", a déclaré Scott Bessent aux journalistes. "Je suis persuadé que les dirigeants ne provoqueront pas d'escalade et que les choses se dérouleront de manière à ce que tout le monde y trouve son compte", a-t-il ajouté, appelant à "calmer l'hystérie".

Scott Bessent a également écarté mardi la possibilité que l'UE utilise son instrument anti-coercition, ajoutant que la prochaine étape pour le bloc devrait être de former un groupe de travail.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a toutefois déclaré à Davos que la série de chocs géopolitiques récents obligerait l'UE à construire "une nouvelle forme d'indépendance européenne".

"Nous ne pourrons tirer parti de cette opportunité que si nous reconnaissons que ce changement est permanent", a-t-elle dit.

Ursula von der Leyen a également déclaré que l'exécutif de l'UE travaillait sur un ensemble de mesures pour soutenir la sécurité dans l'Arctique et a prévenu que les droits de douane envisagés par Donald Trump concernant le Groenland étaient "une erreur, en particulier entre des alliés de longue date".

"NE RIPOSTEZ PAS", INTIME BESSENT

Alors que Donald Trump participera lui aussi mercredi au forum de Davos, qui réunit l'élite politique et économique mondiale, le journal suisse NZZ a rapporté que des manifestants avaient défilé lundi en fin de journée à Zurich, en Suisse, avec banderole géante portant ce message : "TRUMP N'EST PAS LE BIENVENU. PAS DE FEM ! PAS D'OLIGARCHIE ! PAS DE GUERRES IMPÉRIALISTES !"

Scott Bessent a aussi intimé aux pays européens de ne pas engager de riposte : "Je dis à chacun : prenez du recul. Respirez profondément. Ne ripostez pas (...). Le président sera ici demain et il fera passer son message."

Le ministre des Affaires étrangères de la Russie a de son côté déclaré mardi que le Groenland n'était pas "une partie naturelle" du Danemark mais une "conquête coloniale", répétant que Moscou n'avait pas l'intention de prendre le contrôle de l'île, contrairement à ce que Donald Trump affirme.

L'envoyé spécial du président russe Vladimir Poutine, Kirill Dmitriev, figure clé des discussions visant à mettre fin à la guerre en Ukraine et à étudier de futures opportunités commerciales entre la Russie et les États-Unis, a par ailleurs entamé mardi une série de réunions d'affaires à Davos, selon l'agence RIA.

Les bourses mondiales étaient freinées par les craintes d'une nouvelle escalade dans la guerre commerciale mardi, les actions européennes reculant à mi-séance tandis que Wall Street ouvrait en baisse.

Le secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, a annulé sa venue à Davos, où il devait prononcer mercredi une allocution spéciale, un porte-parole des Nations Unies invoquant "un mauvais rhume".

(Reportage Michel Rose, Stine Jacobsen, Terje Solsvik, Francesco Canepa, Emma Farge, Inti Landauro, Soren Jeppesen, Terje Solsvik, Paritosh Bansal, Nandita Bose et Bo Erickson, rédigé par Matthias Williams, version française Benjamin Mallet, édité par Augustin Turpin et Sophie Louet)