Trump cherche à justifier la guerre en Iran, les objectifs évoqués fluctuent
information fournie par Reuters 03/03/2026 à 04:33

par Nandita Bose, Humeyra Pamuk et Simon Lewis

Le président américain Donald Trump a cherché lundi à justifier la vaste campagne militaire lancée contre l'Iran, effectuant ses commentaires les plus détaillés jusqu'à présent à propos d'une opération dont les objectifs et le calendrier énoncés n'ont cessé de fluctuer depuis le début des bombardements samedi.

De retour à la Maison blanche après avoir passé comme à son habitude le week-end dans sa résidence floridienne, Donald Trump a déclaré que les attaques aériennes lancées samedi en Iran par les Etats-Unis et Israël devraient durer quatre à cinq semaines, mais pourraient se poursuivre au-delà.

"Nous sommes déjà considérablement en avance sur nos prévisions", a-t-il dit dans ses premiers commentaires publics depuis le début du conflit, alors que plus d'un millier de cibles en Iran avaient été frappées et que le guide suprême de la Révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, a été tué samedi, de même que d'autres hauts responsables à Téhéran.

"Mais peu importe le temps que ça prendra, ça ira. Tout ce qui est nécessaire", a-t-il ajouté.

Donald Trump n'a fait lundi aucune mention d'un potentiel changement de régime en Iran, déclarant que l'offensive était nécessaire pour empêcher Téhéran de développer l'arme nucléaire et pour neutraliser le programme balistique iranien.

Le gouvernement iranien nie de longue date vouloir se doter de l'arme atomique. Le président américain a revendiqué l'an dernier avoir anéanti le programme nucléaire de l'Iran avec de puissants bombardements contre ses principaux sites.

"MENACE INTOLÉRABLE"

"Un régime iranien armé de missiles à longue portée et d'armes nucléaires serait une menace intolérable pour le Proche-Orient, mais aussi pour le peuple américain", a déclaré lundi le chef de la Maison blanche devant les journalistes.

Ces commentaires avaient été précédés par des déclarations parfois contradictoires de la part de Donald Trump, qui s'était auparavant exprimé à propos des frappes en Iran uniquement dans deux courtes vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et dans des interviews individuelles de quelques minutes avec plusieurs journalistes au cours du week-end.

Il n'a pas prononcé d'allocution télévisée à la nation, comme le veut la coutume pour une intervention militaire.

La porte-parole de la Maison blanche a rejeté lundi l'idée que l'administration Trump a effectué des commentaires ambigus. Karoline Leavitt a écrit sur le réseau social X que le président américain a défini des "objectifs précis", dont la volonté d'empêcher les milices régionales alliées de Téhéran de lancer des attaques.

Quand il a annoncé samedi les frappes en Iran, Donald Trump a exhorté les Iraniens à "reprendre leur pays", laissant penser que le but était de faire chuter le régime de Téhéran.

Dimanche, dans un entretien au magazine The Atlantic, le président américain a dit être disposé à discuter avec les nouveaux dirigeants désignés en Iran. L'opération américaine menée en janvier à Caracas pour capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro est un modèle pour l'avenir de l'Iran, a-t-il dit en parallèle au New York Times.

Au Venezuela, Delcy Rodriguez, ex-alliée et vice-présidente de Nicolas Maduro, a émergé comme la nouvelle dirigeante du pays et coopère depuis lors avec Washington, a noté lundi Donald Trump. Dans le cas de l'Iran, a-t-il ajouté, les bombardements israélo-américains ont tué nombre de prétendants au pouvoir.

S'agissant du calendrier potentiel de l'intervention militaire en Iran, les commentaires de Donald Trump ont aussi évolué au fil des trois derniers jours.

MOINS DE QUATRE SEMAINES, CINQ SEMAINES OU PLUS

En premier lieu, il déclaré au journal britannique Daily Mail que l'opération pourrait durer "quatre semaines, ou moins". Puis, auprès du New York Times, il a évoqué une durée de "quatre à cinq semaines", avant d'ouvrir la porte lundi à une opération plus longue, jusqu'à ce que les objectifs soient atteints.

Dans la notification transmise au Congrès à propos des frappes en Iran, que le site d'information Politico a pu consulter, le président américain n'a mentionné aucun calendrier. "Bien que les Etats-Unis désirent une paix rapide et durable, il n'est pas possible pour l'heure de connaître toute l'ampleur et la durée des opérations militaires qui pourraient être nécessaires" en Iran, a-t-il écrit dans le document.

Aux yeux de Jon Alterman, ancien représentant du département d'Etat américain spécialiste du Proche-Orient, membre désormais du Centre pour les études stratégiques et internationales, Donald Trump semble s'être volontairement gardé de définir le but ultime de la guerre. "Je ne suis pas sûr que (les Etats-Unis) soient engagés à un résultat précis", a-t-il dit.

Quand il avait ordonné en juin dernier des bombardements puissants mais restreints contre les principaux sites nucléaires iraniens, en appui de l'offensive lancée par Israël ayant donné lieu à une guerre de douze jours avec Téhéran, Donald Trump avait immédiatement prononcé une allocution au caractère solennel, entouré de hauts représentants américains.

Dans les heures ayant suivi la capture de Nicolas Maduro en janvier, le président américain avait organisé une conférence de presse depuis sa résidence floridienne de Mar-a-Lago, tandis que des représentants de son administration avaient multiplié les apparitions télévisées pour expliquer l'opération.

Cette fois, les hauts représentants de l'administration Trump n'ont pris part à aucune émission dominicale sur les chaînes d'information américaines, une décision destinée à éviter les discours divergents et à laisser le président être le principal messager, a déclaré un représentant de la Maison blanche. Ce représentant a ajouté que des discussions étaient toujours en cours pour déterminer le discours public à adopter à propos de l'opération en Iran.

Un autre représentant de la Maison blanche a rejeté l'idée qu'une rhétorique commune était toujours à l'étude.

(Nandita Bose, Humeyra Pamuk, Simon Lewis et Trevor Hunnicutt, avec la contribution de Ryan Patrick Jones et Steve Holland; version française Jean Terzian)