Trop haut, trop tôt ? Comment Mélenchon cherche maintenant à élargir son électorat
information fournie par AFP 16/10/2026 à 12:16

Le candidat LFI à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon le 14 octobre 2026, à Paris ( AFP / LOU BENOIST )

Jusqu'où peuvent monter LFI et Jean-Luc Mélenchon ? La dynamique et les bons sondages qui entourent le candidat Insoumis, donné aux portes du second tour de la présidentielle, obligent ses troupes à procéder, plus tôt que prévu, à une phase d'élargissement à gauche.

"Ce n'était pas notre plan de campagne qu'on soit si haut si tôt", admet à l'AFP un cadre du mouvement.

En quelques jours, deux sondages - réalisés avant la victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire sociale-démocrate - ont donné Jean-Luc Mélenchon au second tour, avec environ 18% d'intentions de vote, devant Édouard Philippe.

Au-delà, de l'avis de nombreux acteurs politiques, le début de campagne du quadruple candidat à la présidentielle est réussi et sa dynamique indéniable. "Il n'a jamais été aussi haut, aussi longtemps avant l'élection", résume le chercheur en sciences politiques Bruno Cautrès.

En 2022, Jean-Luc Mélenchon avait frôlé le second tour avec 21,95% des suffrages exprimés, siphonnant notamment les autres candidatures de gauche et bénéficiant du "vote utile" au sein de cette famille politique.

Mais depuis, les polémiques se sont succédé, notamment sur la question de l'antisémitisme avec en point d'orgue le 7-Octobre, après lequel les Insoumis, repliés sur leur base, se sont retrouvés isolés. Au point que la figure de l'ancien sénateur socialiste devienne un véritable repoussoir au centre et à droite.

"Combien de fois on a cru que Mélenchon avait tout cramé autour de lui...", balaie le cadre susmentionné.

"On a gagné plus vite que prévu la petite et moyenne bourgeoisie qui disait +plus jamais Mélenchon+", complète le député Éric Coquerel, un des fidèles de la première heure du tribun insoumis.

Car le leader de gauche radicale semble déjà convaincre au-delà de son premier cercle.

"Il y a des gens qui hésitaient en début de campagne et qui se sont décidés tôt, plus tôt que d'habitude", assure le coordinateur national de LFI Manuel Bompard.

"Transversales d'élargissement"

"On ressent sur le terrain ce qu'on ressentait quatre ou cinq jours avant le premier tour en 2022", dernière ligne droite au cours de laquelle Jean-Luc Mélenchon a grimpé dans les sondages, ajoute Éric Coquerel.

"Quand on est à 18% dans les sondages, il faut travailler des transversales d'élargissement", développe Manuel Bompard, citant notamment "l'accès au service public" ou "les écorégions".

Des thématiques plus larges que les sujets habituellement mis en avant par les Insoumis (retraite à 60 ans, Gaza, VIe République...)

Sur le terrain, cette stratégie commence-t-elle à porter ses fruits ?

Dimanche, lors du meeting de Jean-Luc Mélenchon à Clermont-Ferrand, Cyril, un photographe de 33 ans se définissant comme "apartisan mais pas apolitique", expliquait venir pour la première fois de sa vie à un événement politique.

"J'ai été éducateur spécialisé à Lyon. J'ai constaté le manque de moyens, les bâtiments défectueux, les classes surchargées", a raconté à l'AFP cet homme qui, après avoir voté deux fois Emmanuel Macron au premier tour, s'apprête à donner sa voix au candidat LFI.

Après la publication de leur programme début novembre, les Insoumis vont organiser des réunions publiques thématiques pour tenter de convaincre les indécis.

"Travail de fourmi"

Mais l'élargissement n'est pas le seul moyen qu'ils ont trouvé pour améliorer leur score de premier tour.

Après l'élection de 2017, ils ont théorisé que les voix qui leur manquaient se trouvaient principalement dans des secteurs touchés par l'abstention: la jeunesse, qu'ils ciblent en soutenant depuis le début le mouvement lycéen, et les quartiers populaires.

"Notre base n'est pas encore totalement mobilisée aujourd'hui. Il faudra attendre d'être encore plus près de l'élection", assure Manuel Bompard.

Pour lutter contre les abstentions, le mouvement de gauche radicale multiplie les campagnes d'inscriptions électorales. "Un vrai travail de fourmi. On tombe parfois sur des gens qui n'ont même pas d'adresse mail", nécessaire pour les démarches en ligne", raconte la députée du Puy-de-Dôme, Marianne Maximi.

"Mobiliser les abstentionnistes ça reste compliqué, mais c'est quand même atteignable", résume-t-elle.

Paradoxalement, pour donner de l'espoir à leur base, LFI mise en partie sur... les sondages, qu'ils sont d'habitude si prompts à conspuer, en les accusant de les sous-estimer.

"Ces sondages aident à produire une réalité politique. Pour pousser la mobilisation on a besoin de lutter contre la résignation", assure Manuel Bompard.