Très mauvaise surprise pour l'économie française, le PIB est resté stable au premier trimestre
information fournie par AFP 30/04/2026 à 08:55

Le Produit intérieur brut (PIB) de la France est resté stable au premier trimestre, a annoncé jeudi l'Insee dans une première estimation, une mauvaise surprise qu'expliquent une demande intérieure "atone" et une contribution du commerce extérieur "fortement négative".

Ce résultat semble montrer que l'économie était décevante dès avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient le 28 février et va à l'encontre des prévisions des grands instituts: la Banque de France pensait encore il y a une quinzaine de jours que la croissance avait pu atteindre "jusqu'à 0,3%" au premier trimestre tandis que fin mars, l'Insee avait abaissé sa prévision initiale de 0,3% à 0,2%.

Finalement le PIB "marque le pas", remarque ainsi l'Institut national de la statistique jeudi, après avoir augmenté de 0,2% au quatrième trimestre 2025.

La demande intérieure finale (hors stocks) "est atone", remarque l'Insee, avec une consommation des ménages qui "recule légèrement" (-0,1% après +0,4% au quatrième trimestre) et l'investissement qui se replie (-0,4% après +0,3%).

- "Gros point noir" -

Au total, la contribution de la demande intérieure (hors stocks) à la croissance du PIB est nulle ce trimestre, après avoir apporté 0,4 point au quatrième trimestre 2025.

La contribution du commerce extérieur pour sa part est "fortement négative" (-0,7 point après +0,6 point au quatrième trimestre): les exportations se replient "franchement" (-3,8% après +0,8%), et les importations reculent de nouveau (-1,7% après -0,8%).

Ce sont finalement les variations de stocks qui empêchent le PIB de diminuer au premier trimestre. Elles contribuent pour 0,8 point à son évolution, après -0,7 au quatrième trimestre, en particulier grâce aux produits aéronautiques, après un fort déstockage les deux trimestres précédents.

Malgré le chiffre final faible, "les détails du PIB ne surprendront personne je pense", estime auprès de l'AFP Maxime Darmet, économiste d'Allianz Trade. "On a toujours des faiblesses persistantes dans la consommation en biens des ménages, ça s'installe dans la durée manifestement, et un accès de faiblesse dans la construction hors-résidentielle: c'est le gros point noir du rapport".

M. Darmet repère néanmoins quelques "éléments de stabilité" comme la consommation de services par les ménages, tandis que les entreprises continuent d'investir dans les produits d'information et de communication, sans doute en lien avec le développement de l'intelligence artificielle.

Seul point positif, la production manufacturière "a continué à bien se porter" au premier trimestre. L'économiste note "des tendances de fond qui lui sont favorables", comme les dépenses de défense.

La dernière prévision de croissance du gouvernement pour l'année 2026 est de 0,9%. Il l'avait révisée à la baisse de 0,1 point il y a une quinzaine de jours pour tenir compte des effets inflationnistes de la guerre au Moyen-Orient.

- 0,3% par trimestre -

Avec un "acquis" (c'est-à-dire ce que serait la croissance annuelle si elle restait stable après ce premier trimestre) de 0,5% fin mars, cette prévision annuelle semble désormais ardue à tenir, car elle nécessiterait une croissance d'environ 0,3% à chacun des trimestres suivants pour être réalisée, alors que les effets de la guerre ne se sont pas encore fait sentir.

Allianz Trade anticipe désormais un deuxième trimestre à croissance nulle, et même un recul du PIB de 0,1% au troisième. "Avant ce matin, on anticipait une croissance de 0,8% cette année, maintenant on va sans doute abaisser notre prévision à 0,7% voire un peu moins", explique Maxime Darmet.

L'économiste d'ING Charlotte de Montpellier présageait déjà une croissance de 0,7% cette année la semaine dernière, et moins "si le conflit s'enlise".

Or, le début du deuxième trimestre semble déjà bien affecté par la guerre. Selon l'Insee, le climat des affaires s'est "assombri nettement" en avril, retrouvant son niveau de juillet 2024, juste après la dissolution de l'Assemblée nationale, et la confiance des ménages s'est "dégradée fortement", connaissant sa plus forte baisse depuis mars 2022 et le début de la guerre en Ukraine.