Transport aérien : les compagnies prévoient une année 2026 marquée par une augmentation du trafic mais un effondrement des bénéfices
information fournie par Boursorama avec Media Services 08/06/2026 à 10:35

Malgré le conflit au Moyen-Orient, le secteur aérien "table sur une croissance". Mais les compagnies basées dans cette région vont connaître une année noire.

( AFP / ODD ANDERSEN )

Des bénéfices divisés par deux, mais plus de passagers. Si la guerre au Moyen-Orient -et la hausse des prix du kérosène- ne semble pas dissuader les usagers des compagnies aériennes, elle va sévèrement amputer la rentabilité des acteurs mondiaux, en particulier ceux basés dans cette région.

En congrès à Rio de Janeiro, l'Association du transport aérien international (Iata) estime que ses compagnies membres, qui assurent 85% du trafic mondial, transporteront 5,1 milliards de passagers. C'est 2,4% de plus qu'en 2025, où il y en a eu 4,98 milliards d'après une estimation provisoire. La barre des 4 milliards avait été franchie en 2023.

Interrogé par la presse sur les conséquences de la guerre au Moyen-Orient par rapport à celle de la pandémie de Covid en 2020-2021, le directeur général de l'organisation Willie Walsh a répondu : "Je ne vois pas ça comme une crise".

"Vous voyez là un secteur qui table sur une croissance", a-t-il souligné. Mieux : "Si on retire l'incidence du Moyen-Orient, nous visons une croissance de 3,5%" .

Cette croissance s'accompagnera toutefois d'une rentabilité deux fois moindre que l'an dernier, et même des pertes pour les compagnies du Moyen-Orient. "Les perturbations au Moyen-Orient dues à la guerre et la hausse des coûts des carburants ont fait virer les perspectives pour les compagnies aériennes dans le mauvais sens", a commenté Willie Walsh, cité dans un communiqué.

"Les bénéfices vont se contracter, de 45 milliards de dollars en 2025 à 23 milliards cette année. Et les marges vont se réduire, passant de 4,2% à 2,0%", a-t-il ajouté, en évoquant la marge nette.

Selon les calculs de l'Iata, le bénéfice net devrait être de 4,50 dollars par passager, deux fois moins qu'en 2025. "Dans ces circonstances, cela montre de la résilience. Mais ça ne permet même pas d'acheter un hot dog dans la plupart des stades de la Coupe du monde, et ça ne laisse pas beaucoup de sécurité si d'autres coûts ou des impôts devaient augmenter", d'après Willie Walsh.

Année noire au Moyen-Orient

Avec un coût du carburant en hausse, répercuté en partie sur le prix des billets, le chiffre d'affaires des membres de l'Iata devrait progresser de 9% cette année , à 1.165 milliards de dollars.

"Les compagnies aériennes encaissent la majorité du choc des prix du carburants. Même si les prix des billets augmentent, elles en absorbent encore une partie sur leurs résultats", a estimé l'Association, qui compte plus de 370 compagnies membres.

En fonction des régions du monde, la rentabilité sera très variée, selon les projections de l'organisation. Les compagnies du Moyen-Orient, qui ont traditionnellement accès à un kérosène produit en abondance localement, devraient connaître une année noire. Leur marge nette, la plus élevée au monde en 2025 (9,4%), devrait devenir négative en 2026 (-6,1%).

Pour ces compagnies, comme Emirates ou Qatar Airways, "le chemin pour se rétablir dans l'immédiat a des chances de passer par des prix avantageux plutôt que par un rétablissement rapide des volumes", selon l'Iata.

Les compagnies d'Europe devraient ainsi devenir les plus rentables (3,1% de marge nette), devant celles d'Amérique du Nord (2,5%) et d'Asie-Pacifique (2,1%).

Malgré la forte incertitude géopolitique, et l'incapacité à prévoir combien de temps durera la guerre, l'Iata n'est pas inquiète pour la demande. Elle a fait valoir que le prix moyen d'un billet avait, selon ses calculs, chuté de 26% en dix ans.