Tentative de féminicide à Blois en 2022: "un geste inexcusable" pour la mère de la victime information fournie par AFP 15/01/2026 à 19:29
"Un geste honteux, inexcusable": la mère de Chloé P., victime d'une violente agression en 2022 dont elle garde de profondes séquelles, a réclamé une "peine maximale" au procès de l'ex-compagnon de sa fille, jugé devant la cour d'assises du Loir-et-Cher pour tentative de meurtre sur son ex-compagne.
"Il faut une peine exemplaire et maximale, pour ma fille, mais aussi pour toutes les autres femmes qui subissent et continueront de subir", a déclaré à la barre Alexandra, la mère de la jeune femme.
Entourée par ses parents, Chloé P., 27 ans, a suivi attentivement les débats, ne quittant la salle d'audience qu'un court instant, en découvrant les images projetées de son visage défiguré et tuméfié par les violences dont elle a été victime.
Puis, elle est revenue écouter sa mère raconter cette "journée qu'on ne peut oublier", au cours de laquelle la vie de celle qui est comparée à "un rayon de soleil" par sa meilleure amie, a basculé.
Le 13 décembre 2022, elle se présente au commissariat de Blois pour porter plainte contre son ex-compagnon. Mais sur place, cette manager dans une pizzeria est invitée par le fonctionnaire de police à revenir le lendemain.
Deux heures plus tard, elle est retrouvée par les policiers, laissée pour morte dans une mare de sang, dans les parties communes de son immeuble.
Un des voisins a décrit avoir entendu "un cri d'horreur, effroyable, plein de souffrance", impossible à oublier "trois ans après". C'est son action qui a permis une intervention rapide des secours et probablement sauvé la vie de Chloé.
Après plusieurs semaines d'hospitalisation, dont deux mois de coma avec le pronostic vital engagé, elle souffre aujourd'hui de lésions cérébrales majeures, a perdu l'usage de son œil droit et présente des séquelles neurologiques irréversibles.
"Ma fille a perdu ses souvenirs, le goût, l'odorat", "mais elle s'est battue et elle s'est reconstruite", a ajouté sa mère, fustigeant "une emprise" et des failles à tous les niveaux.
L'accusé, Marvin J., 27 ans, s'est présenté dans le box, crâne rasé et en jogging. Il est resté stoïque, mains sur la tête pour masquer son visage.
- "Carences" -
Il a dit n'avoir "pas pensé à la mort de la jeune femme au moment des faits", qu'il a qualifiés de "très graves". Sans emploi, il avait rencontré Chloé sur internet en août 2022.
"J'ai eu un comportement d'autodestruction", a-t-il déclaré, se décrivant comme "impulsif, colérique et jaloux". Il a été plusieurs fois condamné pour violences, dont une fois pour violences conjugales.
Chloé P., victime de violences mais aussi de harcèlement, a été menacée de mort par Marvin J., avant de rompre avec lui quelques semaines avant les faits.
Ce dernier a précédemment reconnu des violences le jour de l'agression, dont des coups de pied dans le visage, mais en niant toute volonté de donner la mort.
Son avocat, Me Stéphane Rapin, a rappelé qu'il "contesterait" l'intention d'homicide, évoquant "un moment de grande colère sans se rendre compte des conséquences".
Le policier qui a renvoyé chez elle Chloé P., un major alors âgé de 55 ans et suspendu à titre conservatoire dans un premier temps puis mis à la retraite d'office en janvier 2024, a été entendu comme témoin, affirmant que la jeune femme n'avait évoqué "aucune violence".
"Elle est venue porter plainte pour harcèlement sur les réseaux sociaux. On aurait pu faire mieux, je le regrette, mais j'ai servi de fusible pour masquer les carences de l'administration", a estimé l'ancien policier, indiquant avoir développé "plusieurs pathologies" depuis.
Selon lui, le poste à l'accueil du commissariat était vacant depuis des mois et la charge de travail au commissariat "considérable".
Le verdict est attendu vendredi.