Taux directeurs : la Fed choisit de s'abstenir avant les élections aux États-Unis
information fournie par AFP 28/10/2026 à 20:33

Le patron de la Fed, Kevin Warsh, donne une conférence de presse, le 16 septembre 2026 à Washington ( AFP / SAUL LOEB )

La Réserve fédérale américaine (Fed) a sans surprise laissé ses taux d'intérêt inchangés mercredi à quelques jours d'élections aux États-Unis largement centrées sur l'inflation que l'institution est chargée de combattre.

La décision n'a pas été unanime : le maintien des taux entre 3,75 % et 4 % a été désapprouvé par deux responsables monétaires sur douze.

La gouverneure Lisa Cook et la présidente de la Fed de Cleveland Beth Hammack souhaitaient une hausse d'un quart de point.

Mme Hammack avait fait savoir qu'elle estimait que la Fed devait agir de manière plus déterminée contre l'inflation (une politique restrictive rend les crédits plus chers dans l'optique de refroidir l'économie et calmer les hausses de prix).

Mme Cook ne s'était pas positionnée clairement sur le sujet.

Elle est depuis plus d'un an dans le viseur du président Donald Trump, qui a tenté - en vain jusqu'ici - de la révoquer. Il l'accuse d'avoir été malhonnête dans des dossiers de demande de prêts immobiliers personnels, ce que la gouverneure conteste.

La Cour suprême lui a permis de rester en place.

Cette décision sur les taux intervient six semaines après une hausse des taux d'un quart de point et à moins d'une semaine des élections législatives de mi-mandat du 3 novembre.

Vu que l'inflation n'a montré aucun signe d'essoufflement dans l'intervalle, nombre d'analystes estimaient que la pause d'octobre pouvait s'expliquer par la volonté de ne pas être pris dans les filets du débat politique.

"Pas de politique"

L'échéance électorale n'a "joué aucun rôle" dans la décision, a assuré le chef de la Fed Kevin Warsh en conférence de presse.

Pendant le conciliabule des banquiers centraux, qui avait débuté mardi, "je n'ai entendu aucune allusion à la politique, aux élections, ni à ce qui va se passer dans la semaine à venir. Je n'ai rien entendu à ce sujet, et je ne pense pas que cela ait joué un rôle quelconque dans la décision, ni pour moi, ni pour mes collègues présents dans la salle", a-t-il insisté.

Selon le communiqué de l'institution et les propos de M. Warsh, la Fed se donne simplement du temps pour engranger "plus d'éléments" et décider de la suite.

Kevin Warsh a présenté l'inflation "trop élevée" comme le principal problème de la première économie mondiale, qui connaît une croissance "robuste" et un chômage faible.

En septembre, la hausse des prix à la consommation s'est accélérée à 3,7 % sur un an, largement en raison du choc énergétique qui a suivi le déclenchement par Donald Trump d'une guerre contre l'Iran.

"Il semble désormais évident que la question n'est plus de savoir +si+ mais +quand+ il y aura une hausse des taux directeurs", estime Michael Pearce, analyste chez Oxford Economics.

"Les deux votes dissidents, la formulation du communiqué et les déclarations précédentes des responsables laissent tous entendre que la banque centrale relèvera ses taux en décembre", ajoute-t-il.

La Banque du Canada a relevé mercredi son taux directeur d'un cran face à l'inflation. Elle ne l'avait plus fait depuis l'été 2023.

Kevin Warsh a par ailleurs annoncé un changement dans le rythme des décisions de politique monétaire. En 2027, une réunion sur huit ne sera pas suivie d'un vote sur les taux mais consacrée seulement à la stratégie "au sens large". En 2028, deux réunions ne seront pas suivies d'un vote.

M. Warsh, qui a pris les rênes au printemps sur nomination de Donald Trump, avait promis un "changement de régime". Il avait notamment expliqué qu'il trouvait les décisions inutilement fréquentes et la communication trop abondante.