Syrie-Les combattants kurdes rejettent la trêve décrétée par le gouvernement dans des quartiers d'Alep information fournie par Reuters 09/01/2026 à 16:58
(RPT coquille titre)
Les combattants kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS) ont rejeté vendredi les conditions du cessez-le-feu temporaire décrété par le ministère syrien de la Défense dans trois quartiers d'Alep (nord), où des affrontements meurtriers ont éclaté entre forces gouvernementales et combattants kurdes.
Alors que des échanges de tirs ont continué de retentir en début de nuit, les services de secours tentant avec difficulté d'éteindre les incendies provoqués par des obus, le ministère a annoncé qu'il allait accorder aux groupes armés une fenêtre de six heures pour quitter les zones disputées.
Dans un communiqué, le ministère de la Défense a indiqué que les groupes armés étaient contraints de quitter les quartiers de Cheikh Maqsoud, Achrafiyah et Bani Zaïd à compter de 03h00 (minuit GMT). "L'échéance prend fin à 09h00", a-t-il ajouté.
Les combattants kurdes des FDS ont en réponse promis de défendre leurs quartiers contre les forces gouvernementales, rejetant les conditions du cessez-le-feu déclarées par Damas et exigeant leur retrait.
Dans un communiqué, les conseils kurdes qui dirigent les quartiers de Cheikh Maqsoud et Achrafiyah à Alep ont déclaré que leur retrait serait "un appel à la reddition" et que les forces kurdes allaient "défendre leurs quartiers". Ils accusent les forces gouvernementales de bombardements intensifs.
La déclaration affirme que le gouvernement de Damas n'est pas digne de confiance "pour notre sécurité et nos quartiers" et que les attaques contre ces zones visent à provoquer des déplacements forcés.
Survenue mardi, cette escalade des tensions a contraint quelque 140.000 personnes à fuir. Au moins neuf civils ont été tués, d'après les autorités syriennes. Ni le gouvernement ni les forces kurdes n'ont annoncé le nombre de victimes parmi leurs combattants.
Selon des sources de sécurité syriennes, personne ne s'est retiré des quartiers avant l'échéance donnée par le ministère de la Défense.
Tom Barrack, l'envoyé américain pour la Syrie, a salué dans la nuit ce qu'il a qualifié de "cessez-le-feu" temporaire. Il a également déclaré que Washington s'efforçait de prolonger l'échéance fixée à 9 heures.
"Nous espérons que ce week-end apportera un calme plus durable et un dialogue plus approfondi", a-t-il écrit sur X.
L'armée syrienne a déclaré vendredi qu'elle allait cibler des zones à Cheikh Maqsoud et a exhorté les habitants à quitter les lieux, ont rapporté les médias d'État.
ÉCHEC DE L'ACCORD D'INTÉGRATION ?
Les tensions à Alep représentent un défi majeur pour le président Ahmed Al Charaa, qui a promis d'unifier la Syrie après quatorze années de guerre civile. Les Kurdes résistent à la reprise en main du pays par les autorités de Damas et à l'intégration de leurs combattants au sein des forces gouvernementales.
Ahmed Al Charaa, ancien commandant d'Al-Qaïda appartenant à la majorité musulmane sunnite, a promis à plusieurs reprises de protéger les minorités mais des violences opposant ses forces à des combattants alaouites et druzes ont fait des centaines de morts et semé la panique dans les communautés minoritaires.
Pendant la guerre civile, les Kurdes ont mis en place une administration semi-autonome dans le nord-est du pays et dans des zones d'Alep.
Après la chute du président Bachar al Assad en décembre 2024 face à l'offensive d'une alliance rebelle menée par Ahmed Al Charaa, les FDS sont convenues avec le nouveau pouvoir à Damas d'un accord prévoyant leur intégration complète dans les troupes gouvernementales d'ici la fin 2025. Mais le processus patine.
Des discussions chapeautées par les Etats-Unis n'ont pas permis de réaliser de progrès tangibles. Une réunion s'était notamment tenue dimanche.
La Turquie, pays voisin, considère les FDS comme une organisation terroriste liée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et a menacé de mener une action militaire si le groupe ne respectait pas l'accord d'intégration.
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a évoqué vendredi la situation à Alep avec son homologue syrien Assaad al Chibani, a déclaré une source du ministère turc des Affaires étrangères.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, en visite à Damas vendredi, a déclaré que l'escalade à Alep était "préoccupante" et qu'il était "urgent" que toutes les parties poursuivent le dialogue.
Les combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) ont établi un régime autonome dans de vastes zones du nord de la Syrie après le déclenchement de la guerre en 2011, devenant le fer de lance des FDS soutenues par les États-Unis.
Le responsable des relations avec la presse des YPG, Siamand Ali, n'a pas répondu à une demande de commentaires sur l'évacuation des forces kurdes d'Alep.
(Reportage Mahmoud Hasano et Orhan Qereman, avec la contribution de Khalil Ashawi à Alep et Kinda Makieh à Damas, Huseyin Hayatsever à Ankara, Jana Choukeir à Dubaï, Lili Bayer, rédigé par Tom Perry ; version française Jean Terzian et Etienne Breban, édité par Kate Entringer et Sophie Louet)