Syrie-Damas fixe un ultimatum de quatre jours aux Kurdes, dont Washington s'éloigne information fournie par Reuters 20/01/2026 à 19:30
Le gouvernement syrien a repris aux combattants kurdes des territoires dans le nord-est du pays et fixé mardi un ultimatum de quatre jours aux Forces démocratiques syriennes (FDS) pour accepter d'intégrer le pouvoir central à Damas, une demande soutenue par les Etats-Unis, jadis principal allié des FDS.
Les gains enregistrés ces derniers jours par les forces pro-gouvernementales et la distance apparente prise par Washington avec les FDS constituent un virage sans précédent dans le rapport de forces depuis la chute de Bachar al Assad en décembre 2024, alors que les Kurdes ont mis en place pendant la guerre civile une administration semi-autonome dans le nord du pays.
Cette évolution s'accompagne de préoccupations sur la sécurité des prisons où sont détenus des milliers de combattants du groupe Etat islamique (EI) et des civils liés à ceux-ci.
Via les réseaux sociaux, l'émissaire spécial américain Tom Barrack a décrit l'intégration des Kurdes au pouvoir central comme "la meilleure opportunité" dont ils disposent, citant les droits de citoyenneté, les protections culturelles et la participation politique proposées par Damas.
Il a ajouté que la fonction originelle des FDS de servir de contrepoids aux combattants de l'EI n'était globalement plus d'actualité et que les Etats-Unis ne jugeaient plus nécessaire sur le long-terme de maintenir une présence en Syrie, signalant la fin du soutien que Washington a longtemps apporté aux FDS.
Contraints de reculer ces derniers jours face aux forces pro-gouvernementales, qui ont accumulé d'importantes avancées territoriales, les FDS ont dit avoir accepté un accord de cessez-le-feu avec Damas et s'engager à ne mener aucune action militaire à moins qu'ils ne soient attaqués.
Le gouvernement syrien a déclaré dans un communiqué être parvenu à une entente avec les FDS pour que celles-ci élaborent un plan d'intégration de la province de Hassakeh, sous peine de risquer le cas contraire une offensive des forces pro-gouvernementales dans cette ville et à Qamichli.
Un cessez-le-feu de quatre jours entrant en vigueur mardi soir a été annoncé par Damas, qui a indiqué avoir demandé aux FDS de soumettre le nom d'un candidat pour occuper un poste d'assistant au ministre syrien de la Défense dans le cadre de leur intégration.
PRISONNIERS
Le Nord-Est syrien, enclavé entre la Turquie et l'Irak, a été envahi en 2014 par les combattants de l'EI, par la suite chassés de la région par les FDS avec l'appui aérien de la coalition menée par les Etats-Unis.
Mais les progrès effectués par les FDS ont préoccupé la Turquie, alliée de Washington, qui considère comme une organisation terroriste la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), principale composante des FDS. Ankara garde un oeil attentif sur la situation dans le nord-est de la Syrie et a noué des liens étroits avec le président syrien Ahmed al Charaa, ancien chef des rebelles ayant fait chuter Bachar al Assad.
Alors que des affrontements ont eu lieu entre FDS et forces pro-gouvernementales à proximité de prisons, les Kurdes ont annoncé lundi que des groupes armés alliés à Damas avaient saisi une prison dans laquelle étaient incarcérés des milliers de combattants de l'EI, à Chaddadeh.
Un représentant américain a déclaré mardi à Reuters qu'environ 200 combattants subalternes de l'EI s'étaient échappés de la prison de Chaddadeh après que les gardiens issus des FDS ont quitté les lieux.
S'exprimant sous couvert d'anonymat, il a ajouté que les forces pro-gouvernementales avaient toutefois recapturé la plupart de ces prisonniers. Quelque 600 combattants étrangers de l'EI avaient été transférés hors de Chaddadeh avant lundi et sont toujours en détention dans d'autres prisons, a-t-il dit.
Les FDS et le gouvernement syrien se sont réciproquement accusés d'être à l'origine de l'évasion de prisonniers à Chaddadeh.
Par ailleurs, les FDS ont annoncé s'être retirés du camp de réfugiés et d'enfermement de Al-Hol, près de la frontière irakienne, qui abrite principalement des familles liées à des membres de l'EI.
Un représentant de haut rang du ministère syrien de la Défense a déclaré que Damas avait notifié Washington de l'intention des FDS de se retirer de la zone et que les forces pro-gouvernementales étaient prêtes à s'y déployer.
Des sources militaires syriennes ont déclaré que l'armée a effectué mardi des avancées dans l'est de la province de Hassakeh et au sud de la ville de Kobani, à la frontière avec la Turquie.
(Mahmoud Hassano, Khalil Ashawi, Suleiman al-Khalidi, Orhan Qereman, avec Jaidaa Taha, Menna Alaa ElDin, Enas Alashray, Yomna Ehab, Phil Stewart et Idrees Ali; version française Jean Terzian)