Syrie-Au moins 1.700 personnes tuées à Soueïda en juillet 2025, selon un rapport de l'Onu information fournie par Reuters 27/03/2026 à 13:16
par Emma Farge et Feras Dalatey
Plus de 1.700 personnes ont été tuées et quelque 200.000 autres déplacées au cours des affrontements sanglants survenus en juillet 2025 dans la province à majorité druze de Soueïda, dans le sud-ouest de la Syrie, révèle vendredi une enquête des Nations unies, qui évoquent de possibles crimes de guerre.
Dans un rapport, la Commission d'enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne indique qu'au moins 1.707 personnes, dont une majorité de civils druzes, sont mortes dans les heurts ayant opposé pendant une semaine les forces syriennes, des combattants druzes et des Bédouins.
Il est précisé que des membres de la communauté bédouine et au moins 225 éléments des forces gouvernementales figurent au nombre des victimes.
Jusqu’à 155.000 personnes restent toujours déplacées, ajoute le rapport, décrivant une situation humanitaire non résolue plusieurs mois après un cessez-le-feu fragile.
Une commission d’enquête nommée par le gouvernement syrien a déclaré le 17 mars avoir recensé 1.760 morts et 2.188 blessés "de tous bords".
L’existence de "nombreuses violations des droits de l’homme" commises par diverses parties a été constatée par cette commission syrienne. Des groupes armés locaux, des individus liés à l’organisation État islamique, des membres du gouvernement et des forces de sécurité, dont beaucoup ont été arrêtés, sont notamment impliqués, précise la commission gouvernementale.
ÉVENTUELS CRIMES DE GUERRE
La Commission des Nations unies déclare pour sa part que des violations ont été commises par toutes les principales parties impliquées dans le conflit.
Il a éclaté le 13 juillet 2025 entre tribus bédouines et miliciens druzes à Soueïda, dont les Druzes - établis dans le sud de la Syrie, le sud du Liban, le nord d'Israël - ont fait leur "capitale". Damas avait dépêché des troupes pour ramener l'ordre, mais ces dernières ont été entraînées dans les affrontements et accusées de viser les Druzes aux côtés des Bédouins.
Israël, soutien historique des Druzes, a mené des bombardements aériens contre les forces gouvernementales syriennes dans la zone et frappé des sites gouvernementaux à Damas.
Bon nombre des violences commises lors des affrontements pourraient constituer des crimes de guerre et, dans certains cas, pourraient équivaloir à des crimes contre l’humanité, selon le rapport de la Commission onusienne.
Elle affirme que les combattants tribaux qui ont appuyé les forces gouvernementales pendant la phase initiale de l’opération opéraient sous leur contrôle effectif, ce qui rend leurs actions imputables à l’État.
Au cours de la première phase des affrontements, les forces gouvernementales et les combattants alliés se sont livrés à des meurtres, des arrestations arbitraires, des actes de torture, des violences sexuelles et des pillages, visant principalement la population civile druze, relate le rapport.
Au cours de la deuxième phase, des groupes armés druzes ont riposté contre les communautés bédouines, commettant des meurtres, des actes de torture, des déplacements forcés et des attaques contre des sites civils et religieux, forçant le déplacement de la quasi-totalité des Bédouins des zones sous leur contrôle.
Enfin, la troisième phase a vu la mobilisation de milliers de combattants de tribus arabes sunnites vers Soueïda en soutien des Bédouins. Ils se sont livrés à des pillages généralisés, des meurtres et ont incendié des maisons dans des dizaines de villages, souligne le rapport.
LA SITUATION RESTE INSTABLE
La Commission d'enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne estime que les exécutions extrajudiciaires étaient généralisées.
Les civils – notamment les femmes, enfants, personnes âgées et les personnes handicapées – étaient pris pour cible lors de descentes à leur domicile et dans les espaces publics, souvent accompagnées d’insultes sectaires.
Des cas de torture, d’enlèvements, de violences sexuelles et sexistes, d’attaques contre des sites religieux et de destruction systématique de biens civils ont été documentés par la Commission des Nations unies, notamment grâce à des vidéos filmées et diffusées par les auteurs sur les réseaux sociaux.
Si les combats à grande échelle se sont apaisés après les cessez-le-feu des 17 et 18 juillet, des affrontements sporadiques et des violations ont continué.
Le rapport avertit que sans responsabilisation ni résolution politique, la situation resterait instable. La lutte contre les violations, la garantie de la justice pour les victimes et le rétablissement de la confiance entre les communautés sont essentiels pour prévenir une reprise de la violence, peut-on lire dans l'enquête.
(Rédigé par Feras Dalatey ; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)