Syrie-Al Charaa ouvre la voie à une nouvelle législature en nommant des députés
information fournie par Reuters 01/07/2026 à 18:28

Les autorités syriennes ont dévoilé mercredi les noms de 70 députés nommés par le président Ahmed Al Charaa au sein d'une Assemblée de transition, ouvrant la voie à l'ouverture la semaine prochaine de la session parlementaire, plus de huit mois après le début du processus pour former cette Assemblée.

Composée de 210 sièges, dont les deux tiers ont été attribués l'an dernier par des collèges électoraux régionaux, l'Assemblée du peuple disposera de prérogatives limitées dans le cadre du système présidentiel établi par Ahmed Al Charaa à la suite de la chute de Bachar Al Assad en décembre 2024.

Au cours d'une conférence de presse, le président du Comité supérieur pour les élections législatives, Mohammed Taha Al Ahmed, a déclaré que l'Assemblée se réunirait pour la première fois lundi prochain.

La formation de cette Assemblée est perçue comme un test pour Ahmed Al Charaa, au regard des promesses d'inclusion politique effectuées par l'ancien chef de l'alliance rebelle ayant fait chuter Assad. Le dirigeant syrien a nommé 15 femmes, portant à 21 le nombre de députées.

On ne connaît pas dans le détail les appartenances religieuses et ethniques des nouveaux députés. Dix des sièges attribués l'an dernier l'ont été à des membres de minorités, dont des kurdes, des chrétiens et des alaouites - minorité à laquelle appartient Bachar Al Assad.

Ahmed Al Charaa, issu de la majorité musulmane sunnite, a promis par le passé d'utiliser ses nominations à l'Assemblée pour répondre aux déséquilibres dans la représentation politique ayant découlé du processus de sélection de l'an dernier, en particulier pour compenser le faible nombre de femmes (six).

Mohammed Taha Al Ahmed a déclaré mercredi que la désignation de députés dans la province de Soueïda, à majorité druze, était suspendue jusqu'à ce que les conditions le permettent. Damas n'a pas le contrôle de la province, théâtre en juillet dernier de violences entre les forces de sécurité syriennes et des combattants druzes, lors desquelles au moins 1.700 personnes ont été tuées selon un rapport de l'Onu.

"ANXIÉTÉ"

Pendant plus de cinq décennies, l'Assemblée du peuple a été au service de la famille Assad, une mainmise qui a pris fin avec la chute de Bachar Al Assad.

Les retards dans la formation d'une nouvelle Assemblée ont "généré de l'anxiété", selon des commentaires effectués la semaine dernière par l'émissaire spécial adjoint de l'Onu pour la Syrie, Claudio Cordone, devant le Conseil de sécurité.

Les collèges électoraux locaux ayant désigné l'an dernier deux tiers des députés ont été formés par un comité mis en place par Ahmed Al Charaa.

Des représentants syriens ont déclaré par le passé qu'un tel système était nécessaire après des années de guerre civile, citant le déplacement de millions de Syriens et l'impossibilité de disposer d'un recensement exact de la population ou des électeurs afin d'organiser des élections nationales.

Aux yeux de ses détracteurs, dont plusieurs politiciens syriens de premier plan et des groupes de la société civile, ce dispositif électoral permet à la présidence d'avoir un contrôle absolu sur la législature.

Une coalition d'organisations de défense des droits a déclaré dans une tribune commune que le processus risquait de nuire à l'indépendance du Parlement et au pluralisme politique.

Ces organisations ont appelé également à une participation politique élargie, à des garde-fous plus stricts concernant l'indépendance de la justice et la supervision du processus électoral, ainsi qu'à une plus grande représentation des femmes et des diverses communautés syriennes.

La Constitution temporaire publiée en mars 2025 attribue à l'Assemblée temporaire des pouvoirs restreints. Le gouvernement n'est ainsi en rien contraint de remporter un vote de confiance.

L'Assemblée temporaire, qui dispose d'un mandat renouvelable de 30 mois, est chargée d'assurer la transition jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution et la tenue d'élections.

(Rédigé par Feras Dalatey; version française Jean Terzian, édité par Tangi Salaün)