Suicide d'une lycéenne de 17 ans, enquête ouverte pour harcèlement scolaire
information fournie par AFP 15/01/2026 à 19:39

Le procureur de la République de Meaux, Jean-Baptiste Bladier, le 26 décembre 2023 à Meaux ( AFP / ALAIN JOCARD )

Camélia, 17 ans, s'est suicidée mardi en gare de Mitry-Mory, en Seine-et-Marne. Devant son lycée, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées jeudi matin pour dénoncer le harcèlement scolaire dont elle aurait été victime et appeler à agir contre ce fléau.

Scolarisée au lycée Balzac de Mitry-Mory, au nord-est de Paris, l'adolescente "s'est volontairement donné la mort", a indiqué le procureur de la République de Meaux, Jean-Baptiste Bladier, dans un communiqué.

Selon une source policière, Camélia avait prévenu sa mère de son geste par messagerie. Descendue et allongée sur les rails de la gare de Villeparisis-Mitry-Le-Neuf, elle a été mortellement percutée par un train RER en fin d'après-midi.

Le parquet a ouvert deux enquêtes: une pour déterminer les causes de la mort, la seconde du chef de "harcèlement scolaire ayant conduit la victime à se suicider", motif pour lequel la peine encourue est de dix ans de prison.

"C'était une fille super souriante", a témoigné auprès de l'AFP Chloé, 18 ans, qui était dans sa classe en terminale sciences et technologies du management et de la gestion.

Selon Ilyana, qui la fréquentait en cours de sport et "rigolait souvent" avec, Camélia était une lycéenne "super ouverte" et qui a "vraiment bien caché" sa souffrance.

D'après le procureur, la famille a expliqué à la police que la jeune fille avait été victime de harcèlement scolaire depuis décembre et "qu'à la rentrée de janvier, la situation ne s'était pas améliorée", malgré la convocation des jeunes soupçonnés de son harcèlement.

Selon plusieurs élèves, les insultes, parfois à caractère sexuel, auraient démarré il y a environ un an.

"Il y avait trois principaux harceleurs mais aussi toute une classe derrière", qui laissait faire, raconte Sofia, 17 ans, sa "meilleure amie pendant tout le collège".

- "Stop au harcèlement" -

Selon la famille, la "jeune femme avait été elle-même convoquée par le chef d'établissement le jour de son décès" et "au cours de cet entretien, l'intéressée avait été renvoyée à sa propre part de responsabilité dans les faits", a détaillé le procureur dans son communiqué.

Selon le magistrat, depuis la mort de l'adolescente, "le personnel de direction de l'établissement est victime, notamment sur les réseaux sociaux, de menaces violentes, tandis que des rassemblements sont organisés devant le lycée, tant à l'initiative de la famille de la défunte, que de tiers".

Jeudi en début d'après-midi, plusieurs véhicules de police étaient stationnés devant le lycée où s'était tenu, quelques heures plus tôt, un rassemblement comptant plusieurs centaines de personnes, dont des parents et d'anciens élèves de l'établissement.

Sur une vidéo consultée par l'AFP, les manifestants scandent "Stop au harcèlement" et, selon des témoignages, plusieurs victimes ou ex-victimes de harcèlement ont pris la parole.

Si les élèves interrogés par l'AFP et ayant participé à la manifestation assurent que le rassemblement visait à dénoncer le harcèlement et non pas l'attitude de la direction du lycée, plusieurs ont fait part de leur "colère" à son égard.

Le mail de la direction envoyé mercredi et annonçant le "décès d'une élève (...) survenu hier en dehors de l'établissement", sans précision sur les circonstances, a également été mal perçu par plusieurs lycéens.

- "Cyclone médiatique" -

Sollicitée par l'AFP, l'académie de Créteil a déclaré qu'elle n'allait pas ouvrir d'enquête administrative "à ce stade" car il n'y avait, selon elle, pas d'éléments suggérant qu'il y ait eu un dysfonctionnement dans le système d'alerte harcèlement.

Une cellule psychologique a par ailleurs été mise en place au sein de l'établissement, ainsi qu'"une protection fonctionnelle du proviseur face au cyclone médiatique et numérique dans lequel il est plongé".

Selon le procureur, "des élèves susceptibles d'être impliqués dans les faits subis par la défunte sont eux-mêmes victimes de faits de harcèlement".

Deux autres enquêtes préliminaires, l'une pour menaces envers une personne exerçant une fonction publique et la seconde pour harcèlement moral, ont ainsi été ouvertes.

Le harcèlement scolaire, qui en France toucherait plus d'un élève par classe en moyenne, a été érigé en priorité par les gouvernements successifs ces dernières années, après plusieurs suicides d'adolescents dont ceux en 2023 de Lindsay, 13 ans, dans le Pas-de-Calais, et de Nicolas, 15 ans, dans les Yvelines.