Stéphane Roudaut, le chiraquien qui a ravi Brest à la gauche information fournie par AFP 28/03/2026 à 11:53
Admirateur revendiqué de Jacques Chirac, dont il cultive le goût du contact, Stéphane Roudaut (divers droite), 48 ans, a su séduire bien au-delà de son camp pour conquérir la mairie de Brest, ville socialiste depuis 37 ans, dont il a officiellement été élu maire samedi.
Du haut des marches de la mairie de Brest, les bras levés, Stéphane Roudaut fait le V de la victoire, face à la foule venue saluer son élection avec 57% des voix. Le mimétisme avec les photos en noir et blanc des meetings de Jacques Chirac saute aux yeux.
"Franchement, ce n'était pas volontaire", assure pourtant à l'AFP cet admirateur de l'ancien maire de Paris, à qui il doit son engagement en politique, à l'âge de 17 ans.
"Mes copains de lycée m'avaient surnommé Chirac, parce que j'en parlais quand même beaucoup...", raconte-t-il, affirmant avoir été surtout fasciné par "l'animal politique", son "écoute, sa poignée de main, son regard direct".
Ces qualités, M. Roudaut les partage sans conteste avec l'ancien président de la République, quoique avec un peu moins d'exubérance. Elles ont vraisemblablement pesé dans la balance face au maire socialiste sortant, François Cuillandre, 71 ans, au caractère peu avenant.
"On voit qu'il prend plaisir à s'arrêter, à serrer la main, à bavarder et à taper la discut' au bistrot", décrit son ami, le juppéiste Maël de Calan, président (divers droite) du département du Finistère. "Vous passez cinq minutes avec Stéphane, vous avez envie de boire une bière avec lui".
- Enfant de la "fracture sociale" -
Candidat de droite dans une ville de gauche, M. Roudaut avait pris soin, dès son annonce de candidature, de pointer ses origines: une "famille de gauche", partagée entre CFDT et CGT, avec deux grands-pères ouvriers à l'Arsenal de Brest.
Son père sous-marinier meurt d'un cancer généralisé alors qu'il est âgé d'à peine 12 ans. Sa mère, qui ne travaillait pas, devient aide-soignante puis agent d'accueil à l'Arsenal. "Une période difficile", se souvient-il.
"Si je n'avais pas eu les APL (aide personnalisée au logement, ndlr), si je n'avais pas eu ma bourse universitaire, (...) je n'aurais pas fait d'études", souligne l'élu, marqué par la "fracture sociale" popularisée par Jacques Chirac en 1995.
Sa campagne pour conquérir Brest, centrée sur la sécurité, tenait cependant plus du Chirac de 2002. Se voulant "premier flic de la commune", il a notamment promis 150 policiers municipaux armés, dans la dernière grande ville de France à en être dépourvue.
Mais le candidat a aussi veillé à ne pas rebuter les électeurs de gauche, dont plusieurs figuraient sur sa liste. "On peut discuter avec lui, il est ouvert. Je n'ai pas l'impression qu'il soit dogmatique par rapport à son positionnement de droite", décrit l'ancien adjoint au maire socialiste Thierry Fayret, qui a voté pour lui.
"C'est un candidat un peu rond, lisse et sympathique, c'est indéniable", admet un élu de la nouvelle opposition de gauche, qui craint cependant beaucoup de casse sociale.
- Plébiscité à Gouesnou -
Diplômé de philosophie politique à la Sorbonne, adepte de course à pied et de foot, M. Roudaut s'était fait connaître dans le monde politique brestois en tant que maire de la petite commune de Gouesnou (6.500 habitants).
Après un passage dans l'opposition au conseil municipal de Brest (2008-2014), il déménage dans ce petit bourg à quelques kilomètres au nord de l'agglomération et en devient maire en 2014. Il est réélu, six ans plus tard, au terme d'un véritable plébiscite: 76% des suffrages au premier tour.
"C'était quelqu'un d'extraordinaire, proche des gens et qui sait écouter", souligne Jeanne, une Gouesnousienne de 73 ans, en sortant de la pharmacie. "Même l'opposition n'avait pas beaucoup de critiques!"
"Il était super, ils ont de la chance les Brestois", abonde Bertrand, 67 ans, qui promène son chien dans le bourg.
Le nouveau maire, qui s'est engagé à ne pas faire plus de deux mandats, assure ne pas avoir d'ambition nationale, contrairement à son mentor: "Moi, c'est Brest et rien que Brest!"