Stagnation, petite progression ? La croissance française du 3ème trimestre attendue sans éclat
information fournie par Boursorama avec AFP 28/10/2026 à 08:46

( AFP / SEBASTIEN DUPUY )

Après un premier semestre de quasi-récession, l'Insee dévoile vendredi la croissance française du troisième trimestre, que les économistes voient stagner ou progresser très légèrement, à l'image de données moroses depuis l'été.

Comme la Banque de France, l'Institut national de la statistique (Insee) anticipe une croissance du Produit intérieur brut de 0,1% de juillet à septembre, après un recul inattendu de 0,2% au premier trimestre et une stagnation au deuxième.

"Relativement à la bonne tenue de ses voisins, l'économie française décroche", remarquait en septembre l'Insee dans sa note de conjoncture trimestrielle intitulée "Vigilance orange sur la croissance".

Cet été, la consommation des ménages, qui est en France le traditionnel moteur de la croissance, est restée terne. Elle a augmenté de 0,4% en juillet, principalement portée par les dépenses d'énergie liées à la canicule, avant de baisser de 0,5% en août. Le chiffre de septembre sera publié vendredi.

La production industrielle a elle reculé en juillet et en août. Et si la production manufacturière a légèrement augmenté en août, c'est "un rebond trop modeste pour annoncer une reprise", selon l'économiste d'ING Charlotte de Montpellier.

"Accumulation de signaux"

Elle voit dans ces chiffres une "accumulation de signaux" allant dans le sens "d'une nouvelle stagnation au troisième trimestre", anticipant une croissance annuelle d'au mieux 0,3% contre 0,5% pour le gouvernement, et 0,4% pour l'Insee et la Banque de France.

L'institut Rexecode anticipe 0,1% de croissance au troisièe trimestre, selon son économiste Anthony Morlet-Lavidalie.

Lui aussi remarque que l'industrie, "qui a tiré son épingle du jeu" en début d'année, "est en train de caler". Quant aux services, ils devraient afficher une croissance modérée, dit-il.

L'investissement des entreprises a selon lui vraisemblablement "souffert" cet été avec la hausse des taux d'intérêt. L'investissement des ménages devrait être resté "en souffrance" et celui des collectivités locales avoir subi le contrecoup des dépenses engagées avant les municipales.

Et "on ne trouvera pas grand-chose du côté de la consommation des ménages" pour soutenir la croissance estivale, confirme-t-il. Quant au commerce extérieur, "les données des douanes ne sont pas particulièrement bonnes".

En somme, "il n'y a pas de relais de croissance aujourd'hui dans l'économie française, pas de moteur", à part "quelques poches comme l'aéronautique ou les data centers", estime M. Morlet-Lavidalie.

"Pas loin du pic"

Le tout sur fond de hausse des prix, à cause de l'envol de ceux du carburant. L'inflation était ainsi de 3 % sur un an en septembre, plombant encore la consommation.

L'inflation d'octobre sera dévoilée vendredi également, de même que le PIB du troisième trimestre de plusieurs autres pays de la zone euro, dont l'Allemagne.

Pour Anthony Morlet-Lavidalie, cependant, "on n'est pas loin du pic, voire au pic" des prix actuellement. D'autant que "dans un contexte d'activité déprimée", les fabricants auront du mal à augmenter leurs prix de vente.

Le quatrième trimestre ne s'annonce guère meilleur pour la croissance.

Le gouvernement se débat pour faire adopter un budget qui ramène le déficit public de 5,4% du PIB estimé cette année à 5%, mais doit y caser de nouvelles mesures comme celles promises lundi aux lycéens et étudiants en colère, pour plus d'un milliard d'euros.

Le mécontentement social est à son comble. Les commerçants redoutent que de prochaines manifestations contre la vie chère donnent lieu en parallèle, comme le 17 octobre, à des pillages de magasins juste avant Noël.

L'économiste de S&P Joe Hayes constate que les perspectives d'activité à douze mois des entreprises sont tombées "au plus bas niveau depuis six ans et demi".

Ce retour du pessimisme "reflète les inquiétudes relatives aux élections présidentielles de 2027", qui "s'annoncent particulièrement tendues", remarque-t-il.

Quant à l'indicateur de confiance des ménages de l'Insee, il est tombé en octobre au plus bas depuis plus de treize ans, les Français se montrant particulièrement préoccupés à la rentrée de leur situation financière, et de la hausse du chômage.