"Sous-races", "tout sauf métis": à un procès de l'ultradroite, la haine raciste nue
information fournie par AFP 23/06/2026 à 20:56

à l'ouverture du procès d'admirateurs du nazisme, dont deux militaires, le tribunal a tenté mardi de cerner la personnalité cadenassée d'Hisham L., né de père marocain et de mère japonaise ( AFP / DAMIEN MEYER )

Il criait sa haine des "sous-races", aurait voulu être "tout sauf métis": à l'ouverture du procès d'admirateurs du nazisme, dont deux militaires, le tribunal a tenté mardi de cerner la personnalité cadenassée d'Hisham L., né de père marocain et de mère japonaise.

Six sympathisants de l'ultradroite la plus radicale, dont la haine raciste et antisémite a été mise au jour par l'enquête, sont jugés jusqu'au 3 juillet à Paris: âgés de 22 à 25 ans, cinq encourent dix ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste, soupçonnés d'avoir entretenu des projets violents contre les juifs, les musulmans, la communauté LGBTQ+ ou encore la gauche. Un ancien policier de 61 ans comparaît pour avoir vendu des armes.

Si leur idéologie ne fait aucun doute, les débats seront plus contestés sur les projets d'attentat qu'a réfutés Hisham L., 22 ans, qui comparaît détenu, le premier interrogé par le tribunal correctionnel.

Laconique, agacé, affichant son dédain pour le tribunal, il n'a "pas de commentaire" à faire sur les images projetées de symboles nazis ou d'ultradroite ou les dialogues nauséabonds retrouvés chez lui ou dans son téléphone.

Il rejette un "interrogatoire politique", répugne à répondre "à des inepties" ou à des questions "sans intérêt" qui relèveraient de ses "convictions personnelles", lui dont l'enquête a montré qu'il participait à des groupes intitulés "Nazi de France", "Division homophobe belgo-française" ou encore "Cellule anti-gauchiste NSF".

C'est ce jeune homme, dont la posture dans le box paraît parfois relever de l'autodestruction judiciaire, qui a déclenché les investigations: des gendarmes, appelés par son frère qu'il menaçait d'un couteau en juin 2023, ont retrouvé au domicile savoyard quelques grammes de TATP, un explosif, et des armes. Celles-ci, c'était pour "se rassurer", lui qui avait été agressé en 2022, dit-il, contestant tout projet d'attentat. Le TATP, il se l'était procuré "par curiosité".

Les armes avaient été fournies par un militaire, Aurélien K., qui envoyait par colis armement et munitions à des correspondants d'ultradroite avec qui il communiquait sur les réseaux sociaux, comme Hisham L.

"Haine envers moi-même"

Ce dernier était déjà dans le radar des autorités depuis qu'il avait menacé des promeneurs en forêt, vêtu d'une tenue du Ku Klux Klan. "Un canular", élude-t-il. Les saluts et les chants nazis dans les rues de Chambéry ? "Un détail", poursuit le prévenu. Et le terme de "bicot" ? "Un mot familier français".

Il concède sans fard avoir participé à des tags antisémites à Chambéry. "En tant qu'assistant", en fournissant du matériel et en prenant des photographies, relativise-t-il. A-t-il quelque chose contre les homosexuels ? "Sans commentaire", réplique-t-il.

L'insulte de "sous-races", qu'il pouvait adresser à son frère et sa sœur aînés, "c'est du français", "cela veut dire ce que ça veut dire", répond-il à la présidente.

"Vous-mêmes, vous considérez-vous comme une sous-race ?", insiste la magistrate qui s'efforce de comprendre, l'enjoint à se défendre. "Je ne réponds pas à cette question", répond ce petit homme sec, droit comme un piquet, sourcils froncés, qui se faisait appeler Sam plutôt qu'Hisham par une petite amie.

Durant l'enquête, sa mère a expliqué que son fils "aurait voulu être blanc". Le prévenu acquiesce: "Tout sauf métis", résume-t-il.

Quant à son père, il a été emprisonné dans un dossier de trafic de stupéfiants, "comme beaucoup de gens de sa communauté", relève Hisham L., qui, durant cette détention, avait été pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance (ASE), sa mère étant partie au Japon.

Il assure ne plus ressentir cette "haine pour les migrants" évoquée auprès des enquêteurs par sa mère. "Du mépris, c'est tout", dit-il.

Sur son évolution idéologique, il a "délaissé certaines thèses", en a "gardé d'autres", "pioche des idées de différents courants de pensée", "essaie d'être éclectique". Pense-t-il toujours que les peuples ne devraient pas se mélanger ? La réponse fuse: "Oui".

Juste avant qu'il ne soit reconduit dans sa cellule de Fleury-Mérogis, la présidente perce enfin cette cuirasse où elle a tant cherché une faille. Quand elle s'enquiert de son automutilation à l'avant-bras en détention, Hisham S. explique se l'être infligée parce qu'il ne supportait plus l'enfermement. Et aussi "par haine envers moi-même".